Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les électrochocs

Émission du 2 décembre 2005

Depuis son introduction en psychiatrie en 1938, l'utilisation des électrochocs a suscité la plus vive des controverses sur les plans social et scientifique. Dans les années 1950, ils ont été utilisés dans les asiles psychiatriques pour maîtriser des comportements jugés déviants. Certaines formes de thérapies par électrochocs étaient employées dans des projets de recherche qui, aujourd'hui, ne seraient plus acceptables. Ce qui nourrit encore notre perception négative à leur égard. Aussi, leur utilisation a fortement diminué au cours des années 1960, malgré les améliorations apportées à cette thérapie. Cependant, depuis une quinzaine d'années, on observe une recrudescence de cette technique. Au Québec, les séances d'électrochocs sont passées de 4 000 en 1988 à 8 119 en 2003. Même si elles ont doublé en quinze ans, les séances d'électrochocs sont moins fréquentes au Québec que dans les autres provinces canadiennes et à peu près semblables aux taux des autres pays occidentaux.

La technique
Dès le milieu des années 50, on n'administre plus les électrochocs à froid. On fait une anesthésie générale, on administre un relaxant musculaire (curarisant), on oxygène le patient, on surveille les signes vitaux et on envoie des impulsions électriques très courtes (1-2 secondes). On ajoute aussi la technique unilatérale (les électrodes d'un seul côté de la tête) pour diminuer les effets indésirables.

Les indications
Les électrochocs sont une forme de traitement acceptée et efficace lorsqu'on a affaire aux formes graves de dépression. Les électrochocs agiraient même plus rapidement et efficacement que les médicaments. Cependant, le risque de rechute est élevé si les électrochocs ne sont pas combinés à d'autres traitements. En effet, aucune étude ne prouve l'efficacité des électrochocs pour des traitements d'entretien sur des périodes prolongées. On recommande donc les électrochocs aux personnes souffrant de dépression majeure et qui ne réagissent pas aux médicaments et à la thérapie, et aux patients suicidaires. En cas de schizophrénie et de manie, on peut y recourir de façon très limitée. Pour des raisons d'urgence vitale, les électrochocs restent un traitement de choix pour la catatonie.

Les risques
Le traitement par électrochocs est aujourd'hui une méthode jugée sécuritaire. Cependant, il faut savoir qu'ils peuvent provoquer des complications cardiovasculaires. Bien qu'aucune étude n'ait montré une atteinte des structures cérébrales chez l'humain, il y aurait de légers changements structurels à l'hippocampe, similaires à ceux observés à la suite de convulsions épileptiques. Les électrochocs ont aussi des effets négatifs sur les fonctions cognitives, quoique ces effets disparaissent rapidement, ou au bout de quelques mois. Cependant, un certain nombre de patients subissent des effets permanents sur la mémoire antérieure (événements passés), sans que les études ne puissent préciser ce risque.

Il y a donc controverse entre les défenseurs et les détracteurs des électrochocs, qui est alimentée en partie par l'insuffisance de données probantes sur les modes d'action, l'efficacité et les risques . L'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) conclut qu'il faut donc poursuivre les recherches pour accroître les connaissances sur l'efficacité versus les risques et mettre en place des mesures de contrôle de la qualité. Il faut porter une attention particulière au processus d'information et de consentement du patient. Les risques des électrochocs sont associés à ceux de l'anesthésie. Les risques de décès existent, mais ils ne sont pas plus élevés que dans le cas d'un autre traitement.