Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'alcool: bon ou mauvais pour la santé

Émission du 9 décembre 2005

On attribue à l'alcool, et surtout à ses excès, de nombreux dommages pour la santé. Risques de cancer, maladies du foie, augmentation de la tension artérielle et risque d'arythmie cardiaque, etc., la liste est longue. En même temps, plusieurs études appuient la thèse qu'une consommation modérée d'alcool peut être bonne pour la santé, entre autres dans la prévention du cancer.

Du côté des bienfaits
Depuis vingt ans, beaucoup de recherches s'attardent sur les «bienfaits» de l'alcool sur la santé. Une tendance se dégage : l'alcool, lorsque consommé de façon régulière et modérée, protégerait contre les maladies cardiovasculaires.

À quelques exceptions près, les données épidémiologiques provenant d'au moins 20 pays d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Asie et d'Australie démontrent une fréquence des maladies coronariennes de 20 à 40 % inférieure chez les personnes qui consomment de façon modérée. Chez ces dernières, les taux de mortalité liés aux maladies coronariennes sont inférieurs à ceux observés tant chez les personnes qui consomment beaucoup que chez celles qui ne consomment pas. Ces effets bénéfiques s'observent chez les plus de 40 ans, soit au moment où augmentent les risques de développer des maladies cardiovasculaires. L'effet protecteur de l'alcool serait encore plus élevé chez les 60 ans et plus. Cependant, il est possible que cet effet ne se fasse sentir que chez les personnes qui ont un profil «cardiaque». Des études indiquent également que la quantité d'alcool nécessaire pour entraîner une diminution du risque de maladies coronariennes n'est pas importante – la consommation de un ou deux verres par jour est associée à une diminution du risque d'au moins 30 %.

Plusieurs études laissent entendre que le risque de développer le type de diabète sucré qui commence à l'âge adulte (diabète de type 2) est inférieur – peut-être du tiers – chez les consommateurs modérés que chez les abstinents. On n'a pas encore établi le mécanisme de cet effet apparent.

Les personnes qui consomment des boissons alcoolisées risquent moins d'avoir des calculs biliaires que les abstinents. Selon une étude parue dans l'American Journal of Epidemiology, l'alcool assure une protection contre les calculs biliaires. Dans les recommandations relatives à une consommation modérée d'alcool, il faudrait aussi tenir compte de l'effet bénéfique relativement aux calculs biliaires.

La quantité d'alcool consommée a également été associée à un risque moindre d'arthrite rhumatoïde chez les femmes.

De nouvelles recherches indiquent que l'alcool pourrait prévenir les ulcères d'estomac. Selon une étude publiée dans le British Medical Journal, l'alcool a un effet protecteur contre les bactéries H pylori – bactéries que l'on soupçonne maintenant être responsables des ulcères d'estomac.

Pour certains groupes de la population, selon certaines recherches, la consommation modérée d'alcool serait associée à une meilleure santé psychologique et à un meilleur état général de santé que l'est la consommation élevée ou l'abstention.

La consommation modérée d'alcool peut aider à maintenir une densité osseuse chez les post-ménopausiques. Les femmes qui ont consommé de l'alcool de façon modérée présentent une densité osseuse nettement plus élevée de l'échine lombaire que les femmes qui ne boivent pas.

Enfin, le vin rouge aurait peut-être des propriétés anti-cancérigènes. Plusieurs recherches ont tenté de démontrer la supériorité du vin sur les autres types d'alcool à cause de la présence d'antioxydants. Ce n'est pas exclus, mais les études ne sont pas encore définitives là-dessus.

Du côté des méfaits
Andrée Demers, sociologue de la santé et directrice du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention (GRASP) à l'Université de Montréal, croit que la perception selon laquelle les Québécois seraient de «bons» buveurs est peut-être exagérée. En fait, selon elle, on serait au bord du précipice en matière d'alcool. Les Québécois sont au nombre des plus grands buveurs à l'échelle du globe. Au palmarès, ils se situent juste derrière les Français. Ainsi, 82 % des Québécois de 15 ans et plus consomment de l'alcool; en France, le taux est de 90 % alors qu'au Canada, il est de l'ordre de 78 %. Aussi, les Québécois boivent plus souvent que les citoyens des autres provinces canadiennes même s'ils ne boivent pas autant.

Si plusieurs études montrent l'effet préventif de l'alcool sur les accidents cardiovasculaires, elles ne sont pas toujours pondérées par les risques d'accidents et de maladies que l'alcool peut causer comme divers types de cancer, la cirrhose du foie, etc. De plus, certains facteurs socio-économiques sont parfois mal contrôlés.

Rodrigue Paré, de la Maison Jean Lapointe, trouve qu'on insiste beaucoup sur les vertus «santé» de l'alcool, et pas assez sur les risques. Oui, l'alcool a un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires... mais il y a aussi beaucoup d'autres produits qui ont cet effet! Des études ont aussi permis d'observer un lien entre la consommation d'alcool modérée et régulière et l'incidence du cancer du sein, du cancer colorectal et de la cirrhose du foie. Il faut donc demeurer prudent et ne jamais «prescrire» l'alcool comme un traitement en bonne et due forme. D'autre part, l'alcool a aussi des effets néfastes. Avec seulement un ou deux verres, on remarque une augmentation des risques d'accidents.

Si la plupart des Canadiens boivent modérément et sans causer de méfaits, la consommation abusive d'alcool a des incidences sur un nombre excessivement élevé de personnes. On estime, en fait, que 4 ou 5 millions de Canadiens ont une consommation d'alcool à risque élevé, laquelle est associée aux collisions de véhicules automobiles, aux troubles causés par l'alcoolisation foetale et autres affections physiques, aux problèmes familiaux, au crime et à la violence.

M. Paré questionne les normes canadiennes, trop élevées pour s'avérer sécuritaires. À deux verres par jour, soit neuf consommations par semaine pour les femmes et 14 pour les hommes, on entre dans la zone du risque. Cela ne signifie pas qu'on devient dépendant, simplement qu'on est à risque de développer un problème. Un verre par jour, c'est la limite selon lui.