Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'architecture des villes et la santé

Émission du 13 janvier 2006

Une nouvelle hypothèse est apparue ces dernières années pour expliquer l'épidémie d'obésité : l'aménagement de nos villes et de nos banlieues. En effet, les statistiques les plus récentes montrent une corrélation entre surpoids et étalement urbain. Les banlieues de l'après-guerre présenteraient toutes les mêmes vices : l'usage unique du territoire pour l'habitation; une faible densité de résidences, de grands terrains; pas de lieux pour marcher. Avec le virage automobile des années 50, c'est comme si on cessait de penser aux humains. Les commerces qui avaient toujours été près des habitations s'éloignent. Les gens font désormais leurs emplettes en voiture. Le potentiel piétonnier
Marie Demers, épidémiologiste au ministère de la Science et de la technologie, a écrit «Walk for your life», un livre qui fait état du déclin de la marche à pied en Amérique du Nord. Elle place au banc des accusés : 1) les nouvelles banlieues caractérisées par des rues sans trottoir et mal connectées les unes aux autres; 2) les parcs mal éclairés et peu invitants; 3) les écoles situées loin des zones résidentielles; 4) l'absence de mixité de zones résidentielles et commerciales 5) l'absence d'un petit centre-ville de quartier. « En privilégiant la présence d'un petit centre-ville dans les quartiers et en misant sur un espace social habité et plus sécuritaire, les résidents seraient plus enclins à sortir, à faire leurs courses à pied. On assisterait à l'émergence d'une vie de quartier que l'on ne trouve pas de nos jours dans nos banlieues. Il faut redonner la ville aux humains, aux piétons. C'est quand même pas normal de ne pas pouvoir se rendre à pied là où on veut!» Afin de créer un environnement favorable à la marche, Marie Demers suggère donc :
- de modifier les lois de zonage pour permettre la mixité résidentielle et commerciale;
- de ralentir le trafic, avec des limites de vitesse, des dos d'âne, des ronds-points, des rues plus étroites, moins de sens unique, des stationnements obliques qui protègent le cycliste et le conducteur, des trottoirs plus larges et sans pentes, des voies cyclables pour pouvoir se rendre au travail à vélo;
- de réduire le nombre de places de stationnement réservées aux autos;
- d'aménager des squares urbains facilement accessibles, plus invitants et sécuritaires;
- de favoriser la marche à l'école pour les enfants. Avi Friedman
Avi Friedman, architecte et professeur à l'Université McGill, tient sensiblement le même discours : «Près de 65 % de la population québécoise habite en banlieue. Et les banlieues sont dessinées pour réduire l'activité physique au quotidien. Le matin, on va dans le garage, on sort la voiture, on roule jusqu'au garage du bureau et on s'assoit tout la journée devant l'ordinateur.» Ce n'est pas une surprise si les Canadiens ne marchent que 5 000 pas par jour, c'est la moitié de ce que marchent les Européens. Il faut donc changer le mode de vie et concevoir différemment les banlieues. Ici les banlieues ont une densité de moins de 10 maisons par acre; de grandes rues; pas de trottoirs; pas de commerce dans un quartier uniquement résidentiel et pas d'espaces verts sauf sa cour arrière. «Pis encore, pour économiser, depuis une dizaine d'années, on construit des rues sans trottoirs dans les banlieues modernes.» La banlieue idéale comprendrait un petit commerce dans chaque quartier; des espaces verts à proximité des habitations pour que les enfants puissent y jouer; une piste cyclable dans chaque ville; un espace pour jogger; un transport en commun efficace; des maisons avec des escaliers. Plus spécifiquement, Avi Friedman propose ce qui suit :
- augmenter la densité d'habitations pour permettre aux commerces de base de s'installer à proximité. On se déplacerait à pied pour acheter sa pinte de lait.
- augmenter la densité de population par kilomètre carré;
- permettre diverses formes d'habitation dans un quartier : maisons de ville, duplex, triplex, ce qui créerait un achalandage et, par conséquent, un accès à un service de transport en commun;
- plus d'espaces verts à proximité. Denis Jean
Denis Jean est urbaniste et coordonne le nouveau plan d'urbanisme de la ville fusionnée de Québec. Une préoccupation commune a guidé tous ceux qui ont planché sur ce plan : «le tout-à-l'auto» doit changer! Il faut redonner une vitalité aux communautés et limiter l'étalement urbain. «En favorisant la création de quartiers, les activités sont réparties sur tout le territoire et non plus seulement au centre-ville. Il faut partir des services et créer la masse critique alors qu'on fonctionnait à l'inverse jusqu'à présent.» Pour limiter l'utilisation du véhicule, il faut aussi améliorer le réseau piétonnier dans les quartiers. La règle de base : à 5 ou 6 minutes de marche, la population doit avoir accès aux services courants comme la banque, le dépanneur, la petite épicerie, le nettoyeur, le transport en commun, etc. Il faut également développer le réseau piétonnier et cycliste afin de redonner aux citoyens l'accès à des espaces de grande nature. Le corridor des Chemineaux, une ancienne voie ferrée qui relie différents territoires de la ville de Québec est, à cet égard, un grand succès. Pour justifier économiquement le développement d'un réseau efficace de transport en commun à Québec, chaque quartier sera composé de différents types de résidences convenant à toutes les bourses : complexes d'habitation, logements abordables, maisons de ville, condos, etc. Il y aura également une mixité de fonctions à l'intérieur d'un immeuble. Le commerce au rez-de-chaussée, par exemple, et le logement à l'étage. Le mélange commerce-résidence assurera une vitalité et une masse critique suffisante. Les rues seront aussi conçues différemment. «Nos infrastructures étant vieillissantes, on profitera de l'occasion pour les transformer selon nos nouveaux principes. C'est-à-dire construire des rues plus étroites et des bordures plus absorbantes comme en Europe, pour contrer le problème du ruissellement des eaux. Arboriser nos bordures. Faire des trottoirs plus larges et mieux adaptés aux piétons et aux cyclistes. Installer un système d'éclairage plus bas et plus convivial. Créer des îlots de stationnement pour les voitures d'un côté de la rue, et de l'autre, des stationnements pour les vélos.