Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La douleur chronique

Émission du 27 janvier 2006

La douleur chronique touche un Canadien sur cinq et plusieurs personnes gravement atteintes songent sérieusement à mettre fin à leurs jours. Aujourd'hui, les spécialistes considèrent la douleur comme une maladie, une maladie complexe dont les causes sont multiples. Mais dans beaucoup de cas, la douleur n'est pas bien diagnostiquée et elle est rarement bien traitée, faute de ressources.
Les mythes de la douleur
Quand on souffre de douleur, il faut combattre des préjugés très tenaces. Pourtant, pour être soignée adéquatement, la douleur doit d'abord être reconnue comme une maladie en soi et être prise au sérieux. Mythe 1 : Un bon patient ne se plaint pas.
Le patient est en droit de recevoir un traitement à sa douleur. Le fait de ne pas soulager la douleur peut avoir de graves conséquences sur le processus de guérison, entre autres, des complications supplémentaires, une durée de séjour prolongé à l'hôpital, une plus grande incapacité et une possibilité que la douleur se chronicise. Mythe 2 : Les médecins savent l'intensité de la douleur ressentie par leurs patients.
La douleur est subjective et seule la personne qui souffre peut en mesurer l'intensité. Les patients doivent poser des questions et signaler leur douleur. S'ils en sont incapables (s'il s'agit d'un enfant ou d'une personne âgée), la famille doit prendre le relais. Mythe 3 : On peut développer une dépendance aux analgésiques.
Les analgésiques administrés aux patients qui souffrent de douleur n'entraînent pratiquement jamais de dépendance. Il existe une variété de traitements pour soulager la douleur, y compris un grand choix de médicaments et de techniques non pharmacologiques comme la relaxation et la chaleur. Mythe 4 : La douleur n'est pas une maladie, c'est un symptôme.
La douleur chronique est de plus en plus reconnue comme une maladie du système nerveux plutôt que comme un symptôme de quelque autre désordre.
Le manifeste de la douleur chez le patient
La Société canadienne de la douleur a publié un «Manifeste de la douleur chez le patient». Celui-ci invite les patients à faire valoir leur DROIT de recevoir un traitement efficace contre la douleur. Manon Choinière, chercheuse à l'Institut de cardiologie de Montréal et professeur au département d'anesthésie de l'Université de Montréal, en est une des instigatrices. En décembre 2004, elle a mené un sondage auprès des départements d'anesthésie du Québec. Elle a trouvé qu'environ 4 500 patients étaient en attente d'une première évaluation de leur état et près de 3 000 attendaient depuis 9 mois ou plus. L'enquête a montré à quel point les ressources pour le traitement de la douleur sont limitées au Québec. La douleur est invisible
Un des problèmes de la douleur, c'est que sa cause est souvent invisible. Serge Marchand, chercheur au Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke, explique : «En médecine, on apprend à soigner des maladies. Si un patient souffre de diabète, on lui donne de l'insuline; si sa jambe est fracturée, on pose un plâtre. Mais souvent, la source de la douleur est invisible. Elle remonte peut-être à une fracture, mais la fracture est réparée et n'est plus visible aux rayons X. Pourtant la personne a encore mal. Si le patient continue de se plaindre, et qu'on ne voit pas de raison à son mal, il commence à être un «mauvais» patient, un fardeau qu'on soupçonne d'avoir un problème psychologique.» Et pourtant, la douleur est la plus fréquente de toutes les maladies. Il est donc impératif d'apprendre aux étudiants en médecine qu'une douleur peut exister même si on ne reconnaît d'emblée sa cause.
La chronicisation de la douleur
Il est prouvé scientifiquement qu'il faut traiter la douleur le plus tôt possible avant qu'elle ne se chronicise. Car la douleur finit par laisser une trace, une mémoire dans le cerveau. On estime que pour 100 patients qui ont mal, 5 % auront encore mal un an plus tard. Ce n'est que 5 %, mais c'est un 5 % lourd à gérer, dispendieux et qui en bout de ligne représente des personnes qui doivent vivre dans une souffrance insoutenable tous les jours. Il est donc impératif de PRÉVENIR la chronicisation de la douleur, mettre en place un protocole pour réduire la douleur, notamment après une opération. Est-ce qu'on traite mieux la douleur qu'avant?
On est certainement mieux équipé qu'avant pour traiter la douleur. La recherche en ce domaine est dynamique. On connaît l'importance des armes pharmacologiques et non pharmacologiques. Cela dit, on ne traite pas encore adéquatement la douleur. Serge Marchand : «Une personne qui souffre de douleur va passer 15 minutes avec le médecin. Ce n'est pas assez long. De plus, les étudiants en médecine ne reçoivent pas de formation sur le traitement de la douleur à l'université. Il n'y a pas de cours sur la douleur. On l'aborde par la bande, en étudiant les autres maladies, et ce n'est pas suffisant. En France, les étudiants ont des cours qui portent entièrement sur la douleur.»