Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le C. Difficile

Émission du 3 mars 2006

Une épidémie de la bactérie Clostridium difficile, ou C. difficile, a fait rage dans les hôpitaux du Québec en 2003 et 2004, faisant des centaines de morts. La vétusté des institutions, le manque de prévention, les lacunes au niveau de l'hygiène ont été mises en cause pour expliquer l'épidémie. Aujourd'hui, plus de deux ans plus tard, même si la bactérie continue de faire des victimes, le «virage en salubrité» pris dans les hôpitaux commencerait à porter fruit.

C. Difficile, un portrait

Clostridium difficile est une bactérie qui cause une forme de colite aiguë pouvant aller jusqu'à la mort. Dans la plupart des cas, la bactérie est contractée à l'hôpital; on parle alors d'une infection «nosocomiale». L'ERV (entérocoque résistant à la vancomycine) et le SARM (staphylocoque doré résistant à la méthicilline) sont d'autres exemples d'infections nosocomiales. Le C. difficile se propage par les gens qui ont la diarrhée et qui ne se lavent pas les mains. La bactérie agit en détruisant la muqueuse intestinale. Dernièrement, la maladie a gagné en gravité : elle est aujourd'hui plus sévère cliniquement, plus difficile à guérir et d'une durée plus longue. C. difficile fait partie de la flore intestinale de chaque individu. Mais la prise d'antibiotiques tue les microbes qui font concurrence au C. difficile. Dans un hôpital, les spores produites par la bactérie sont résistantes et peuvent durer jusqu'à quelques mois. On estime que 20 % des adultes et 64 % des nouveau-nés hospitalisés sont colonisés par le C. difficile. La bactérie pose problème dans 3 % des cas selon la Washington School of Medicine.

Voici quelques chiffres issus du rapport «D'abord, ne pas nuire», du Comité d'examen sur la prévention et le contrôle des infections nosocomiales (avril 2005) :

• Proportion de patients qui contractent une infection à l'hôpital : 10 %
• Nombre d'infections contractées chaque année : 80 000
• Taux de mortalité probable : 5 %
• Nombre de morts par an : 4 000
• Coûts pour l'État : 180 millions $
• Taux d'infections évitables : 30 %

Prévenir plutôt que guérir

Médecin retraité, Jacques Besson est aussi président de l'Association pour la défense des victimes d'infections nosocomiales. Il a siégé au sein de la Commission Aucoin, chargée de faire rapport sur la prévention et le contrôle des infections nosocomiales. M. Besson affirme que les mesures pour contrer les infections comme le C. difficile sont connues depuis longtemps mais peu appliquées au Québec. Jusqu'en 2000, le C. difficile était une infection facilement contrôlée et qui ne posait pas trop de problèmes. Mais la bactérie a eu le temps de muter et de devenir plus résistante au traitement parce que l'action du gouvernement a tardé. «Le problème au Québec, c'est qu'on n'a pas encore de système de surveillance et de prévention qui soit fiable. Et ce n'est pas une question de budget, c'est une question de priorité. Parce qu'en bout de ligne, ça coûte 3 à 4 fois moins cher de prévenir une infection nosocomiale que de la traiter.» En France, chaque hôpital est rattaché à un centre local d'infections nosocomiales où toutes les infections sont déclarées. Au Québec, seul le C. difficile est pour l'instant soumis à un système de surveillance. Le ministère de la Santé compte étendre ce système à deux autres bactéries : l'ERV (entérocoque résistant à la vancomycine) et le SARM (staphylocoque doré résistant à la méthicilline) dès l'an prochain. En outre, il n'existe au Québec aucune norme sur les produits désinfectants utilisés dans le contrôle de ces bactéries.

Manque de formation du personnel

Même si 29 hôpitaux ont diminué d'au moins 20 % leur taux d'infection depuis l'épidémie, il faudra attendre les mois qui viennent pour savoir si elle est véritablement derrière nous. M. Besson croit qu'on manque de personnel qualifié. «Quand nous avons fait le rapport, il y avait au total 13 infirmières qui avaient une véritable qualification. Il faudrait qu'il y ait un cours 101 en surveillance et en prévention dans les facultés de médecine. Il faudrait qu'il y ait un cours 101 pour la formation des infirmières et qu'elles fassent des études complémentaires.» Ramona Rodrigues est infirmière à l'hôpital Lakeshore et responsable pour la région de Montréal de l'Association pour la prévention des infections à l'hôpital et dans la communauté du Canada. «Normalement au Québec, on était 1 infirmière pour 140 lits. Ce n'est pas beaucoup pour faire de la prévention des infections. On est comme la police : si on n'est pas visible sur notre unité, les infirmières et les médecins ne suivent pas les règles de base au niveau des précautions à prendre entre chaque patient. Mais le ministre a mis beaucoup d'argent pour que le nombre de 1 infirmière pour 133 lits soit atteint.» Isoler les patients à risque
Pour contrôler l'épidémie, il est aussi important d'isoler les patients à risque. Selon Ramona Rodrigues, chaque patient qui entre à l'hôpital devrait être dépisté même s'il n'a pas de symptômes. «Et idéalement, les patients infectés devraient tous être en chambre privée, mais c'est impossible de démolir les hôpitaux et de les reconstruire. Alors, on choisit qui on va mettre avec qui. On ne peut pas mettre un patient infectieux avec un autre qui est sain. Mais comme on manque d'espace, ça arrive encore. Sur une unité, il y a 2 chambres en isolation et 4 ou 5 personnes à isoler.»

Contrôler l'usage d'antibiotiques

Autre condition pour freiner l'épidémie : contrôler l'utilisation des antibiotiques. En effet, le traitement aux antibiotiques modifie les niveaux normaux de bonnes bactéries dans les intestins et le côlon. Lorsqu'il y a moins de bonnes bactéries, C. difficile peut se multiplier et produire des toxines à l'origine de l'infection. Dans les hôpitaux et les établissements de soins de santé, les infections au C. difficile peuvent être limitées par l'usage prudent d'antibiotiques. (Source : Clostridium difficile : questions et réponses. Agence de santé publique du Canada.)

Relever l'hygiène

Enfin, il est aussi capital d'augmenter la fréquence de nettoyage des mains du personnel soignant. Particulièrement quand un patient souffre de diarrhée. «Dans les chambres de patients infectés, on lave la toilette 4 fois par jour au lieu de 2 fois par jour», raconte Ramona Rodrigues. «Le mode de transmission, c'est par contact. Il faut retirer gants et blouses avant de quitter leur chambre et se laver les mains avant de sortir. Certains hôpitaux qui n'avaient pas assez de lavabos ou de toilettes en ont rajouté. Des lavabos automatiques ont remplacé les lavabos classiques pour éviter que les mains soient contaminées à nouveau à la fermeture du robinet. «C'est en salle d'urgence qu'on a le plus besoin d'augmenter la fréquence de nettoyage. On essaye de regrouper les patients aussi, de les mettre dans un coin pour pratiquer l'isolement. Alors, on choisit des espaces où il y a des lavabos à proximité. Il faut aussi dédier des équipements à chaque patient. Parce que nettoyer les équipements entre chaque patient, ça prend du temps.»