Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Gros et en santé

Émission du 30 septembre 2005

L'obésité constitue bel et bien un facteur de risque pour la santé. Les recherches scientifiques sont nombreuses à le démontrer. Mais entre surplus de poids et obésité morbide, il y a beaucoup d'espace pour la nuance... et pour la santé.

Le mythe de l'obésité
Paul Campos, auteur de The Obesity Myth, a reçu une volée de bois vert à la sortie de son livre en mai 2004 parce qu'il remettait en cause certaines conclusions d'études sur l'obésité. Son livre a le grand mérite de poser le problème de l'obésité en des termes nouveaux : ce ne serait pas les kilos en trop qui affecteraient la santé, mais la sédentarité.

La notion de l'IMC
Au centre du problème, il y a la notion de l'indice de masse corporelle (IMC). Avec un IMC de 25, on a un surplus de poids; à 30, on est obèse. Avec cette mesure, on évalue qu'une personne sur quatre est obèse au Canada ! Mais avec un IMC qui se situe entre 25 et 30, les choses sont beaucoup plus compliquées qu'elles ne paraissent. D'autres facteurs doivent être pris en compte pour évaluer la santé : ceinture abdominale, taux de sucre, taux de cholestérol. Les habitudes de vie, la sédentarité et le tabagisme font aussi une différence quant aux risques de développer une maladie liée au poids. Ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui ont un surplus de poids, mais qui ne courent pas plus de risques que la moyenne de développer le diabète, de l'hypertension ou une maladie cardiovasculaire.

Diane Lesage
Diane Lesage est un exemple de personne qui a un surplus de poids mais qui jouit d'une excellente santé physique : pas de cholestérol, ni d'hypertension, ni de diabète. Cependant, Diane a désespérément cherché à maigrir pendant des années. Échec après échec, elle se sent prise au piège et commence à douter. Aujourd'hui, elle milite au sein de Corps-Accord. « Parler de poids comme seule mesure d'évaluation de la santé décourage les gens. Ça les conduit à ne pas faire d'activité physique, à laisser tomber, à baisser les bras. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on peut être en santé, peu importe notre poids. »

Marie Watiez
Psychosociologue de l'alimentation, Marie Wattiez propose aux adultes qui la consultent une conception globale de la santé. Son but est de développer une relation harmonieuse entre le corps et la nourriture. C'est en imposant un modèle de minceur pour tous que l'on contribue le plus à l'augmentation de l'obésité. La minceur et les restrictions alimentaires font appel au contrôle, notion très prisée dans notre société. On finit par confondre esthétisme et santé : « Comme la grosseur est associée à la laideur, c'est donc qu'elle est mauvaise pour la santé ». Mais dans plusieurs cultures, comme les cultures hispaniques, les rondeurs sont admises et l'obsession du poids n'existe pas. L'obésité nous amène à nous interroger sur notre société. En effet, l'obésité se voit, elle dérange, elle est un indice que quelque chose ne tourne pas rond.

Lyne Mongeau
Lyne Mongeau, conseillère scientifique à l'Institut national de la santé publique du Québec, dénonce le manque de nuances dans l'opinion publique. Il faut d'abord distinguer entre surplus de poids et obésité. Et il faut discerner l'obésité comme problème individuel et comme phénomène social, qui est un réel problème de santé publique. Des données fiables indiquent qu'aujourd'hui un Canadien sur quatre est obèse. On ne peut nier l'ampleur de la catastrophe qui nous attend lorsqu'on regarde l'augmentation du poids moyen dans la population.

Un problème qui se pose, c'est de vouloir définir l'obésité à partir de l'IMC. Il y a des gens dont l'IMC est de 27 et qui ont une masse musculaire importante, mais qui sont en parfaite santé. À l'inverse, certains hommes ont un IMC de 25 mais un tour de taille généreux; ceux-ci sont plus à risque de développer des maladies cardiovasculaires. Il est donc très difficile de tenir un discours public cohérent auprès d'un pourcentage important de la population, ceux dont l'IMC se situe entre 25 et 30.