Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le trouble de la personnalité limite (TPL)

Émission du 13 septembre 2007

Vivre avec le trouble de la personnalité limite (TPL)

Un jour ou l’autre, nous avons tous ressenti une bouffée de colère, un moment de déprime ou d’angoisse dans une situation donnée. Dans pareilles situations, notre mécanisme de régulation des émotions intervient pour les garder sous contrôle. Sauf que pour les personnes atteintes d’une maladie mentale bien particulière, le trouble de la personnalité limite, aussi appelé la personnalité borderline, ce mécanisme est déficient. Les émotions prennent alors toute la place dans leur vie avec une telle intensité que, pour elle et les proches, la vie devient un véritable cauchemar.

Au Canada, entre 1 % et 3 % de la population en souffrirait, avance le professeur à la retraite à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et psychiatre Pierre Doucet, reconnaissant au passage que cette maladie n’est connue que depuis une cinquantaine d’années seulement.

Comprendre la maladie
Comme son nom l’indique, le trouble de la personnalité limite est une maladie mentale située à cheval entre la névrose et la psychose, qui touche davantage les hommes que les femmes. Les manifestations de la névrose sont liées à l’angoisse, aux phobies, aux obsessions et aux maux imaginaires. Alors que les symptômes de la psychose touchent surtout à la perception de la réalité et se traduit par des problèmes relationnels importants.

L’état limite ou le trouble de la personnalité limite rassemble un cocktail de symptômes qui apparaissent le plus souvent à l’adolescence :


  • Problèmes relationnels
  • Incapacité à garder des amis
  • Anxiété
  • Changement d’humeur
  • Impression de tristesse, de vide
  • Accès de colère fréquents et imprévisibles


  • Instauration de relations de type amour-haine
  • Peur de l’abandon
  • Incapacité à gérer ses émotions
  • Image de soi instable
  • Attaques de rage
  • Automutilation
Source : D’AUTEUIL, Sandra et LAFOND, Caroline. « Vivre avec un proche impulsif, intense et instable », 2006, Montréal, Bayard Canada. 148 pages.

L’un de nos témoins cette semaine, Robert Labrosse, connaît bien le trouble de la personnalité limite. Il a accepté de nous expliquer la maladie et ses souffrances.

L’apparition des premiers symptômes
« Dès que j’ai commencé l’école, je me suis senti comme un chien dans un jeu de quilles. Je craignais beaucoup de m’intégrer dans le monde en société, j’avais peur des jeunes, des professeurs, bref, de l’inconnu. J’avais un sentiment de vulnérabilité, je ne me sentais pas prêt à affronter ce monde-là! »

Si les premiers signes de la maladie arrivent très tôt dans la vie, les manifestations les plus franches apparaîtraient plutôt à l’adolescence. Selon le Dr Pierre Doucet, cette période correspond à l’arrivée des premières grandes responsabilités de la vie où la demande émotionnelle est très forte.

Un point de vue partagé par Monique Bessette, psychologue et directrice de l’Institut Victoria, un centre spécialisé, entre autres, dans le traitement de cette maladie. « L’adolescence est une période où l’on doit affronter la séparation physique et psychologique de ses parents, de son milieu. On commence à expérimenter l’intimité des relations, l’autonomie en milieu de travail et à prendre des décisions sérieuses. »

Pour Robert Labrosse, ces difficultés se sont aggravées avec les années. Elles ont fait place aux crises et aux comportements déviants comme des accès de colère, l’infidélité et, surtout, l’accumulation des échecs professionnels. « Dès que je me sentais menacé ou pris dans un conflit, je ne réfléchissais pas et démissionnais. Je voulais fuir. »

Alors très vite s’installe un cercle vicieux, rajoute Mme Bessette. « Ce dont ces personnes ont le plus peur, c’est d’être rejetées, de se révéler, ou d’être traitées comme étant intrinsèquement inadéquates, voire repoussantes pour les autres. Elles adopteront des comportements pour se protéger qui, malheureusement, vont justement créer le rejet. »

Rongé de l’intérieur
Les personnes malades sont mal outillées pour affronter leur cascade d’émotions. À un moment donné, la pression devient trop forte. Les souffrances intérieures très intenses et difficiles à supporter comme le sentiment de se sentir rejeté, d’être inadéquat et de vivre constamment avec l’angoisse finissent par exploser.

Notre deuxième témoin, Rosalie Landry, a accepté de partager son expérience et de nous aider à comprendre comment vivre avec la maladie.

« J’ai toujours eu de la difficulté à entrer en contact avec les autres, se rappelle-t-elle. Je me suis toujours sentie inadéquate et coupable de ne pas être une personne ‘correcte’. » Toutes ces émotions la rongeaient intérieurement. Elle se sentait impuissante à les exprimer et à évacuer ce mal intérieur. Cette incapacité à les communiquer s’est alors traduite par de la colère et des pulsions violentes.

« Quand quelqu’un me regardait de travers, j’avais l’impression d’être jugée, d’être rabaissée, j’explosais alors de colère », raconte Rosalie. Une colère dirigée surtout contre des objets, mais qui s’est vite retournée contre elle-même, par la suite. À 22 ans, Rosalie décide de s’enlever la vie en avalant une bouteille complète d’Aspirine.  La tentative échoue. C’est l’intervention de son père Ronald qui lui a sauvé la vie.

Une maladie encore méconnue
Les tentatives de suicide sont fréquentes chez les personnes souffrantes. L’autodestruction est l’une des manifestations caractéristiques du trouble de la personnalité limite. Selon le Dr Pierre Doucet, il faut interpréter ces signes comme des appels à l’aide, une manière extrême d’exprimer des sentiments intérieurs devenus insupportables. Et trop souvent, ce cri de douleur ne trouve pas écho chez les psychologues et les psychiatres, qui arrivent difficilement à poser le bon diagnostic. En fait, les spécialistes confondent fréquemment le trouble de la personnalité limite avec le trouble bipolaire.

« Même entre les spécialistes, ça nous a pris presque 30 ans à nous entendre sur la définition même de l’état limite, explique Pierre Doucet. Les symptômes varient selon les cas : certains sont plus névrotiques, d’autres plus psychotiques. Ces variations peuvent apparaître dans un même cas! Je me rappelle un conseil qui nous avait été donné un jour : quand le diagnostic change tout le temps, pensez aux troubles de la personnalité limite. »

Robert Labrosse peut témoigner des difficultés à trouver le bon diagnostic. Tout au long de sa vie, il a rencontré des psychologues, des psychiatres, visité des centres de crises et les urgences des hôpitaux, où il a essuyé des mauvais diagnostics et, à certaines occasions, des refus de traitement. « Robert, pas encore toi ici! », s’est-il déjà fait dire, à son énième visite aux urgences. Après 14 tentatives de suicide, Robert Labrosse se sentait épuisé et considérait toujours la mort comme la solution finale. Jusqu’au moment où, en 1996, le bon diagnostic tombe enfin : trouble de la personnalité limite. À ce moment-là, la frustration créée par l’isolement laissait la place à l’espoir de pouvoir enfin guérir.

Le bon diagnostic : la lumière au bout du tunnel
Quand on arrive enfin à mettre un mot sur leurs souffrances, les personnes malades ressentent d’abord la nouvelle comme un choc. Au départ, je ne comprenais pas trop la signification du diagnostic, témoigne Robert Labrosse. Je ne le considérais pas comme étant si sévère que ça, ajoute-t-il.

Ensuite, c’est le soulagement qui s’installe « Quand j’ai reçu la nouvelle, je n’étais pas enchantée, se rappelle Rosalie Landry. Mais enfin, ça me confirmait que je n’étais pas folle, j’allais enfin connaître les aspects de ma personnalité à travailler pour pouvoir guérir. »

Selon la spécialiste Monique Bessette, on a développé depuis 30 ans des thérapies adaptées au trouble de la personnalité limite, dont l’efficacité a été démontrée scientifiquement. « Des psychothérapies appuyées solidement par des théories scientifiques ont été développées et sont vraiment efficaces », affirme-t-elle.

De l’aide pour les proches d’une personne malade
Si l’espoir de guérison enlève un poids énorme aux personnes souffrantes, elle représente une bonne nouvelle aussi pour l’entourage des gens aux prises avec la maladie. Caroline Lafond le sait mieux que quiconque. Travailleuse sociale, responsable d’un groupe d’entraide et co-auteure du livre Vivre avec un proche impulsif, intense et instable, elle témoigne de la douleur des proches qui souffrent énormément de partager leur vie avec une personne malade.

« Ils arrivent dans les groupes d’entraide dans un état de grande détresse, explique Caroline Lafond. Je me rappelle une mère qui m’a dit, un jour, avoir l’impression d’être dans un chariot de montagnes russes, les yeux bandés, sachant qu’on va monter et descendre, mais ne sachant jamais quand ça va s’arrêter! »

C’est le cas de Denise L’Heureux, dont le conjoint s’est fait diagnostiquer le trouble de personnalité limite. « Mon mari a perdu une trentaine d’emplois dans sa vie », raconte-t-elle. Malgré l’instabilité émotive et financière, ce sont les frustrations et les souffrances qui ont été le lot de leur vie de couple, ces dernières années.

C’est son dévouement pour lui et surtout son amour qui a sauvé leur relation. « Il faut vraiment être dans l’amour, les écouter, ne pas les juger », dit-elle. Dans l’espoir qu’il se sente bien, libre et enfin en paix, rajoute-elle. C’est ça qui est le plus important!

Ressources
Association québécoise de l’organisation limite de la personnalité
www.personnalitelimite.org

Institut Victoria
http://www.institut-victoria.ca 

Livre Vivre avec un proche impulsif, intense et instable, 2006, Montréal, Bayard Canada. 148 pages.

Livre Trouble de personnalité limite et réadaptation – Tome 1, Éditions Ressources, avril 2007