Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Serge Marchand, spécialiste de la douleur

Émission du 13 septembre 2007

Dans son laboratoire de l’Université de Sherbrooke, Serge Marchand observe les réactions de sa patiente, dont le bras est submergé dans de l’eau glacée. Le directeur de la seule chaire québécoise de recherche sur la douleur Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue – Université de Sherbrooke (UQAT-UdeS) ne manipule pas des outils de torture, mais bien des électrodes et des électrocardiogrammes pour comprendre les mécanismes physiques et psychologiques de la douleur et pour mieux la traiter. Son acharnement à soulager les souffrances - littéralement - lui a été inspiré des patients aux prises avec des maux de dos chroniques. Alors étudiant, le jeune chercheur ne comprenait pas pourquoi ces gens souffraient le martyr et ne trouvaient aucun traitement approprié pour les soulager.

C’est que notre système de santé ne prend pas assez la douleur au sérieux, avoue-t-il. « Contrairement à une fracture, par exemple, les douleurs chroniques sont invisibles, donc difficiles à identifier et à soigner ». Pour Serge Marchand, la douleur est encore trop considérée comme un problème d’ordre psychologique plutôt que physiologique. « Je n’aimerais pas me présenter à l’hôpital avec une douleur terrible, en souffrant le martyr et d’avoir en plus l’impression de ne pas pouvoir convaincre le médecin de ma douleur parce que je ne peux pas la montrer! ».

Heureusement, ses travaux ont permis de comprendre l’origine à la fois physiologique et psychologique de la douleur. « Je suis fasciné par le fonctionnement de nos mécanismes naturels de freinage de la douleur, lance le chercheur Marchand. Mes recherches me permettent de croire que certains patients développent des douleurs chroniques parce que leur mécanisme est dysfonctionnel, ce qui ne fait qu’augmenter toute forme de douleur! »

Ces nouvelles connaissances, en plus de celles liées au rôle des prédispositions génétiques dans la régulation de la douleur, sont extrêmement prometteuses, particulièrement pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. Elles permettront surtout d’humaniser la médecine et les soins en général, souhaite Serge Marchand. Actuellement, quand un patient souffrant d’une douleur chronique se présente devant un médecin, il y a deux approches possibles, explique-t-il. Soit que le médecin ne trouve rien et considère la douleur de son patient exagérée ou comparable à celle des maux de tête, de dos, etc. Ou bien il se dit « Je n’ai rien trouvé, mais il y a peut-être quelque chose à faire et je vais m’intéresser à la traiter. »

Des expériences ont démontré qu’en administrant une dose importante d’analgésique avant, pendant et après l’opération, cela suffit à maintenir la douleur au minimum durant l’opération. Mieux, elle l’empêche de devenir chronique, explique-t-il. Au Québec, alors qu’une personne sur trois développera une douleur chronique postopératoire, c’est ce scénario qu’il faut privilégier, soutient Serge Marchand.

En bout de piste, ses recherches ne poursuivent qu’un objectif : améliorer le mieux être des patients. « Pour y arriver, il faut changer la façon de faire dans le milieu médical. Il faut donner envie aux médecins de trouver des façons de soulager le patient, malgré la complexité et les difficultés à traiter les douleurs. De leur donner le goût d’essayer, de trouver de nouvelles méthodes de traitement, de foncer, résume Serge Marchand. Si je réussis cela, je considérerai alors que tout ce que j’ai fait dans ma carrière valait vraiment la peine. »

Ressources
Chaire conjointe de physiopathologie de la douleur (UQAT – UdeS)
http://www.usherbrooke.ca/recherche/chaires/autres/marchand.html