Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le coma - Prisonnier du corps

Émission du 27 septembre 2007

Le coma fascine et fait peur. Quand une personne qu’on aime se trouve plongée dans le coma, c’est qu’il est arrivé quelque chose de grave et on ne sait ni quand ni comment elle va en sortir.

En grec, le terme «coma» signifie «sommeil profond». Mais contrairement au sommeil normal, on ne peut pas réveiller la personne qui est dans le coma. Chez un comateux, toutes les fonctions «relationnelles» comme la conscience, la sensibilité et la mobilité sont abolies; ne subsistent alors que les fonctions végétatives ou automatiques comme la digestion, la sudation. Le patient comateux est inconscient, il ne bouge pas, ne réagit pas quand on le touche ou quand on lui parle. Il ne ressent ni la douleur ni le froid. Le coma n'est pas grave en soi mais peut le devenir par sa durée ou son évolution vers la chronicisation ou la mort.

Les causes du coma
La grande majorité des gens qui vivent un coma ont été victimes d’un traumatisme crânien, à la suite d’un accident de la route ou d’une chute. Au Québec, quelque 12 000 personnes par année sont victimes d’un traumatisme crânien, des jeunes hommes 3 fois sur 4.

Causes du traumatisme crânien

Adutes
Enfants

Accidents de la routes 45 %
Chutes  35 %

Chutes  30 %
Sports, loisirs domestiques  29 %

Accidents de travail   10 %
Accidents de la route  24 %

Sports et loisirs domestiques  10 %
Autres causes 12 %

Agressions physiques   5 %

Cependant, toutes les personnes qui subissent un traumatisme crânien ne sombrent pas nécessairement dans le coma. Il faut que le tronc cérébral ou les deux parties du cerveau aient été endommagés. Si un seul hémisphère est touché, la victime ne perdra pas conscience.

Le coma peut aussi survenir à la suite d’une maladie comme l’hypertension artérielle, le diabète, une intoxication à l’alcool ou à la drogue ou une tumeur au cerveau.

Enfin, le coma peut être provoqué. Les médecins vont induire un coma pour soulager les personnes qui souffrent énormément, un grand brûlé par exemple, et leur permettre de mieux récupérer.

Conscient ou pas?
Les personnes qui sont dans le coma sont-elles capables de recevoir et de traiter de l’information? La communauté médicale en débat toujours. Même si des personnes ayant vécu des comas affirment le contraire, la plupart des spécialistes s’entendent pour dire qu’elles n’ont conscience de rien. Si un patient semble réagir à la voix d’un proche par exemple, c’est par réflexe.

Le jeune Mathieu St-Onge a subi un traumatisme crânien sévère qui l’a plongé dans un coma profond pendant 16 jours. Il ne se souvient plus de ce que sa mère lui racontait à son chevet. Mais il croit se souvenir de la berceuse qu’elle lui chantait tous les jours.

Jacinthe Baribeau est neuropsychologue à l’Université Laval et chercheure au Centre Fernand-Seguin. Elle dirige l’étude Projet-coma. Selon elle, l’ouïe est le sens le plus solide chez l’humain et il est fort possible qu’un comateux puisse entendre. L’ouïe est en effet peu endommagée lors d’un traumatisme crânien.

Jean-François Beauchemin souffrait d’atroces douleurs abdominales et les médecins ont décidé de provoquer un coma pour le soulager. Lui non plus ne se souvient pas de ce que sa conjointe lui racontait, mais il a des souvenirs limpides de ses rêves. «Je voyais des paysages lunaires,dit-il, je voyais des animaux sauvages mourir devant moi ou dans un état de décomposition avancé, des images d’horreur reliées à la mort, à la désolation, à la solitude». Des rêves possiblement attribuables aux drogues qu’on lui administrait pour le maintenir dans ce sommeil artificiel. Encore à ce jour, Jean-François Beauchemin demeure convaincu qu’il s’apprêtait à mourir, qu’il était en fait plus mort que vivant.

Émerger d’un coma
Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des patients se réveillent d’un coma. Après deux, trois, quatre, six semaines selon les cas, le cerveau se désengorge, les fonctions réflexes réapparaissent, le patient commence à bouger les doigts, puis les paupières. Il se réveille. La longueur du coma semble proportionnelle à l’importance des lésions cérébrales subies, à l’âge de la personne et à son état de santé général avant le traumatisme.

Jean-Pierre Lupien est président du Regroupement des associations des personnes traumatisées cranio-cérébrales du Québec. Selon lui, la personne qui a subi un traumatisme crânien aura des séquelles pour le reste de ses jours : problèmes de mémoire et de concentration, grande fatigue, troubles cognitifs et troubles de comportement.

Après 16 jours dans le coma, Mathieu St-Onge a dû réapprendre à marcher et à parler. Il souffre de problèmes de mémoire et de concentration. Mais un an après son accident de voiture, il a passé avec succès son permis de conduire.

Pour Jean-François Beauchemin, les séquelles sont surtout psychologiques : «Ça tout changé. Je ne pense plus de la même façon, je n’écris plus de la même façon, je ne suis plus en relation avec les gens de la même façon. Je me sens plus simple que je l’étais. Je me suis rapproché de ce que l’on appelle l’essentiel.»

Ressources
Regroupement des associations des personnes traumatisées cranio-cérébrales du Québec
www.raptccq.com

Livre «La fabrication de l’aube», Jean-François Beauchemin, Québec Amérique, 2006