Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Jacinthe Ouellette, la nourricière des démunis

Émission du 27 septembre 2007

Jacinthe Ouellette tend une salade niçoise à un itinérant qu’elle appelle par son prénom. «Nos clients, on les connaît. La plupart du temps, ce sont des personnes seules, en manque de contact. Le Chic Resto Pop devient un lieu de référence pour eux.»

Installé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, le Chic Resto Pop sert 1300 repas complets chaque jour aux personnes les plus démunies.

Jacinthe Ouellette sait ce que c’est que d’être pauvre. Après son divorce, au début des années 80, elle se retrouve avec deux garçons sur l’aide sociale. Son allocation est à peine suffisante pour payer le loyer. Elle n’arrive plus à nourrir correctement sa famille. L’idée lui vient de s’associer avec sa sœur, elle aussi mère monoparentale. Chaque mois, chacune contribue 100 $ pour l’achat et la préparation de repas. «J’achetais des produits de base et tout ce qui était nécessaire pour faire des repas nourrissants. Avec un poulet, je pouvais facilement faire deux ou trois repas, sans jamais oublier les fruits et les légumes. C’était la seule manière d’arriver à tout payer», explique-t-elle.

Jacinthe Ouellette suscite très vite l’intérêt des femmes du quartier qui l’invitent à partager son savoir-faire au carrefour communautaire. «J’ai dû surmonter ma honte d’être pauvre avant d’accepter d’en parler publiquement, se rappelle-t-elle. Sans le savoir, ma sœur et moi lancions les cuisines collectives au Québec!»

Le Chic Resto Pop entend parler d’elle et lui offre un poste d’aide-cuisinière. Elle finit par s’occuper d’approvisionnement et de collecte de fonds. «Je n’avais aucune expérience pour ces tâches-là, raconte-t-elle, j’ai vraiment appris sur le tas.»

De fil en aiguille, Jacinthe Ouellette impose sa marque. Chez elle comme au restaurant, c’est la nutrition qui compte. Elle tient à servir de la viande, des légumes et des féculents tous les jours. «Je me suis toujours dit qu’on pouvait être pauvre et bien manger.»

Mais Jacinthe Ouellette veut aussi aider les gens à se prendre en charge. C’est pour cette raison que les clients du Chic Resto Pop doivent débourser 3 $ pour prendre un repas. «Notre mission vise vraiment à sensibiliser nos clients à bien budgéter pour pouvoir venir manger deux fois par jour plutôt qu’une seule fois.»

Je me suis toujours dit qu’on pouvait être pauvre et bien manger.

Le Chic Resto Pop prépare aussi des repas pour quatre écoles défavorisées du quartier. «Nous leur servons d’exemple de réussite dans le travail. Il faut briser les modèles de dépendance à l’aide sociale qui se perpétue souvent de génération en génération. » Par le biais de sa division Produits du terroir, l’organisme prépare également des repas congelés, vendus au comptoir, ou livrés aux domiciles des personnes à mobilité réduite, surtout les personnes âgées.

Au fil des ans, des activités de formation spécialisée en restauration et en éducation à l’enfance se sont greffées aux services existants. Pour accueillir sa soixantaine d’employés, le chic Resto Pop a récemment emménagé dans une église d’une superficie de 33 000 pieds carrés. Des délégations de plusieurs pays sont aussi venues voir de plus près l’expérience du Chic Resto Pop pour s’en inspirer.

Ressources
Documentaire «Au chic Resto Pop» réalisée par Tahani Rached, 1990. Office national du film