Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le cerveau créatif et le vieillissement

Émission du 11 octobre 2007

En vieillissant, on peut non seulement conserver ses facultés intellectuelles mais les développer. L’une des choses qu’on ne savait pas mais que de nouvelles études tendent à démontrer, c’est que le cerveau vieillissant continue à créer de nouvelles connexions neuronales. Et plus il y a de connexions dans le cerveau, meilleure est la santé cognitive et, par extension, la créativité. Les exemples de gens connus qui ont accompli une œuvre importante à un âge avancé sont nombreux. Albert Einstein a publié sa théorie de la physique unifiée alors qu’il avait 74 ans; Stradivarius a créé de nouveaux violons jusqu’à sa mort à 93 ans; Freud et Carl Jung ont écrit des ouvrages majeurs alors qu’ils avaient plus de 80 ans.

Créativité et vieillissement, de quoi parle-t-on?

Le cerveau humain compte en moyenne 15 milliards de neurones, les cellules du cerveau responsables de nos activités intellectuelles. Aussi, plus on a de neurones, plus le cerveau traite l’information rapidement. Selon le psychiatre et gérontologue américain Gene Cohen, des études récentes montrent qu’entre 50 et 70 ans, le cerveau génère de nouveaux neurones et multiplie le nombre de branchements par neurone. En gardant le cerveau actif, les cellules nerveuses augmentent aussi leur taille et leur épaisseur.

Même en vieillissant, le cerveau réagit aux exercices mentaux, comme les muscles à l’entraînement. «Notre comportement influence directement les réactions biologiques et notre créativité à mesure que nous vieillissons», explique le Dr Cohen. L’activité cérébrale stimule aussi une enzyme qui accroît la mémoire et stimule la pensée.

Louis Bherer est professeur au Département de psychologie de l’UQAM et associé à l’Institut de gériatrie de Montréal. Pour lui, la créativité, c’est la capacité à relever un défi ou à résoudre un problème de diverses façons, que ce soit pour le jardinage, la comptabilité ou un projet artistique. L’animateur de radio Jacques Languirand incarne bien cette définition : «J’aime la difficulté car elle est associée à la créativité, dit-il. La création est toujours une occasion de relever un défi. Pour réussir, je dois faire plus de liens, plus de connexions.»

La créativité est peu étudiée parce qu’elle tourne autour de concepts flous et difficiles à quantifier. Selon Louis Bherer, les recherches classiques sur le déclin des fonctions cognitives après 50 ans sont biaisées négativement. Les études récentes montrent au contraire que le cerveau décline moins vite qu’on ne le pensait. «Ce n’est pas vrai que le cerveau rapetisse, s’atrophie et qu’il y a une perte massive de cellules, explique-t-il. Certains neurones vont se débrancher ou rapetisser, mais ils peuvent être réactivés au moyen d’activités ou d’exercices mentaux et intellectuels.»

Le Dr Cohen affirme que le corps et le cerveau vieillissent différemment. «Il est clair, lance-t-il, que nos capacités cérébrales et notre potentiel créatif ne diminuent pas avec l’âge comme le font d’autres parties de notre corps.»

Mais certaines parties du cerveau vieillissent plus rapidement que d’autres. La mémoire à court terme, par exemple, vieillit plus vite que la mémoire à long terme, qui est peu affectée par le temps. Il y a donc lieu, avec l’âge, de ne pas négliger la mémoire à court terme et de la maintenir au moyen d’exercices mentaux. Car la créativité utilise les deux formes de mémoire. En outre, les gens qui restent alertes sur le plan de la mémoire manifestent un moins grand déclin des fonctions cognitives.

Potentiel créatif dans la seconde moitié de la vie

Selon le Dr Cohen, la créativité se manifeste de différentes façons dans la seconde partie de la vie.

Manifestations créatives

Âge 
Expression créative

La phase de réévaluation de la quarantaine (de 40 à 60 ans) 
L’expression créative se manifeste par une crise ou une quête à entreprendre. Cette phase stimule la réflexion et entraîne une forte volonté de créer quelque chose de significatif.

La phase de libération (de 60 à 70 ans)
 L’expression créative se résume en une seule phrase : «Si je ne le fais pas maintenant, quand vais-je le faire?» À cet âge, les gens s’autorisent le droit à l’erreur. Ils ont acquis une bonne image d’eux-mêmes et se laissent peu influencer par la perception des autres. Cette attitude psychologique et émotive favorise l’expression créatrice par de nouvelles expériences, rendues possibles à la retraite.

La phase «résumé» (70 ans et plus)
Durant cette période, la créativité s’exprime par le désir de comprendre l’histoire de sa vie et de transmettre en héritage la sagesse acquise. Autobiographies, philanthropie, bénévolat, implication communautaires en sont des manifestations caractéristiques.

La phase «encore» (80 ans et plus)
L’expression créative comprend l’implication dans des activités communautaires ou personnelles pour laisser une impression forte et durable.
 

Maintenir et améliorer sa santé créative

Il est donc faux de penser que le cerveau ne peut pas évoluer - et créer - à un âge avancé. Voici comment améliorer sa santé créative :

1) Entretenir sa santé physique : L’activité physique augmente la circulation sanguine au cerveau et stimule les protéines et les molécules responsables de garder les neurones en santé. L’exercice physique réduit également le stress, la dépression et améliore l’humeur. Pour garder sa vitalité cognitive, pratiquez des activités physiques de moyenne intensité au moins 30 minutes, trois à cinq fois par semaine. Il faut aussi bien s’alimenter.

2) Stimuler l’intellect de façon soutenue : L’entraînement mental permet au cerveau vieillissant de générer de nouvelles connexions entre les neurones, en réponse aux stimulations. La plasticité du cerveau (sa capacité d’adaptation) est maintenue en faisant des activités comme des exercices de mémoire, des mots croisés, des casse-tête, etc. Ne pas craindre de sortir de sa zone de confort et augmenter le degré de difficulté.

3) Augmenter ses liens sociaux : Les interactions sociales stimulent les fonctions cognitives.

Des personnes qui vieillissent bien

Monique Nadeau n’a pas peur des défis. À 78 ans, elle décroche un doctorat en histoire de l’art. Elle n’a jamais remarqué de déclin de ses fonctions intellectuelles et en cela renverse l’image négative trop souvent colportée que les personnes vieillissantes finissent par perdre la raison. Jacques Languirand accueille lui aussi l’inconnu de bon gré. De tous les métiers des communications, M. Languirand vient de pondre 30 heures d’émission sur la foi d’Albert Einstein. «Sans le doute, il n’y a pas d’élan», se plaît-il à dire. Jean-Marie Dumesnil affirme, quant à lui, qu’à 65 ans, il se sent en pleine possession de ses moyens. «Je me donne avec la même énergie. Et avec mon expérience et mes connaissances, je pense faire les choses beaucoup mieux. Par exemple, je suis capable de plus de concentration et j’ai plus de facilité à décoder des textes pour aller droit au but.»

Ressources
National Institute on Aging, de la National Institute of Health (NIH)
www.nia.nih.gov

COHEN, Gene D. The Creative Age: Awakening Human Potential in the Second Half of Life. New York, Quill, 2000, 374 p.

COHEN, Gene D. The Mature Mind: The Positive Power of the Aging Brain. New York, Basic Books, 2005, 232 p.

BERGMAN, Catherine. Il faut rester dans la parade! : Comment vieillir sans devenir vieux, Montréal, Flammarion Québec, 2005, 320 p.