Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La migraine, sous-diagnostiquée et sous-estimée

Émission du 18 octobre 2007

La migraine touche entre 10 et 15 % de la population au Canada, mais plus de la moitié de ces personnes ne seraient pas diagnostiquées. C’est énorme, surtout quand on sait que l’Organisation mondiale de la santé considère la migraine comme l’une des maladies les plus invalidantes qui soient. Invalidante parce que les gens qui sont migraineux vivent souvent plusieurs épisodes de migraines par mois, des épisodes qui peuvent les laisser incapables de fonctionner pendant plusieurs heures ou même plusieurs jours. On dit que les migraineux vont gâcher en moyenne 1,3 année de leur vie à cause des migraines.

Symptômes de la migraine
Le type de migraine le plus commun est la migraine sans aura.
L’International Headache Society a établi ces critères pour obtenir un diagnostic de migraine :
- Le patient doit avoir souffert d’au moins 5 crises de migraine;
- La migraine non traitée dure normalement entre 4 et 72 heures;
- La migraine présente au moins 2 de ces caractéristiques :


  • douleur d’un côté de la tête
  • douleur pulsatile (élancements)
  • douleur modérée à sévère
  • douleur qui augmente à l’exercice

- La migraine est accompagnée de nausées et ou de sensibilité à la lumière et au son.

La migraine peut aussi être précédée d’une aura, c'est-à-dire de points brillants qui scintillent dans le champ de vision pendant une quinzaine de minutes avant le déclenchement du mal de tête. Le malade est alors averti d’une crise imminente.

Les causes

Selon le Dr Michel Aubé, neurologue à l’Institut neurologique de Montréal et spécialiste de la migraine, le cerveau des migraineux produirait moins de sérotonine, ce neurotransmetteur fondamental qui inhibe l’expression des fonctions du cerveau, qu’elles soient motrices, émotionnelles, etc. Par conséquent, le cerveau migraineux est hyperexcitable; il suffit d’un petit stress pour déclencher une réponse. « Les migraineux sont souvent intolérants aux stimuli sensoriels, explique le Dr Aubé, que ce soit à la lumière, au son, à certaines odeurs, et cela, même quand ils  ne souffrent pas de migraines. »

Trois fois plus de femmes que d’hommes sont touchées par la migraine. Une des explications avancées est que le cerveau des femmes retiendrait moins bien la sérotonine, particulièrement au moment des règles, lorsque le taux d’œstrogène chute.

Les migraineux sont souvent intolérants aux stimuli sensoriels, que ce soit à la lumière, au son, à certaines odeurs, et cela, même quand ils  ne souffrent pas de migraines.

Enfin, la migraine serait héréditaire : les personnes dont les parents ont souffert de migraines ont plus de risque d’en être affectées.

Les traitements
Connaître les déclencheurs
Le traitement le plus efficace contre les migraines est encore de connaître les facteurs qui déclenchent un épisode migraineux, puis de les éliminer. Le Dr André Bellavance, neurologue à la Clinique des maux de tête de la Rive-Sud de Montréal, croit qu’on peut ainsi éviter la moitié des migraines.

Entre 15 et 20 % des migraines sont déclenchées par certains aliments : les stimulants comme le café et le chocolat, les nitrites contenus dans les charcuteries, les aliments qui contiennent de la levure, du glutamate monosodique ou des sulfites.

Les facteurs environnementaux, comme le changement de température, de pression atmosphérique, une exposition à la lumière ou à une odeur forte, peuvent aussi déclencher une migraine. Les changements hormonaux sont associés aux migraines chez les femmes.

Mais le plus grand déclencheur est le stress et il n’est pas toujours facile de le bannir de nos vies. Louise Houle a 40 ans et a des migraines depuis l’âge de 20 ans. Mais c’est en 2001, à la suite du décès de ses parents, d’une rupture amoureuse, d’un déménagement et d’un changement d’emploi qu’elles sont devenues plus fréquentes. «C’est comme de la musique heavy metal dans la tête. On a l’impression que le cerveau va exploser. On ne s’endure plus», dit-elle. Même les changements dans les habitudes de vie, l’heure des repas, du coucher, peuvent suffisamment stresser le cerveau pour déclencher une migraine.

Les médicaments
La migraine résiste généralement aux analgésiques ordinaires de type Aspirin ou Tylenol. L’ibuprofène (Motrin, Advil) peut parfois réussir à calmer une migraine légère. Mais il faut les prendre dès l’apparition des premiers symptômes pour qu’ils soient efficaces.

L’ergotamine est aussi prescrite pour contrer la douleur de la migraine. Elle agit en rétrécissant les vaisseaux sanguins dans le cerveau.

Au début des années 90, une nouvelle artillerie de médicaments est apparue. Les triptans, qui imitent l’action de la sérotonine et provoquent la constriction des vaisseaux sanguins. Près de 95 % des migraineux y répondent bien. Le Dr Bellavance déplore toutefois que les médecins de famille ne les prescrivent pas d’emblée : «Les triptans ont révolutionné le traitement de la migraine. Ils sont la clé dans la serrure. Malgré tout, il reste plusieurs médecins qui préfèrent essayer tous les autres traitements avant de les prescrire. C’est déplorable.»

Les triptans présentent bien sûr quelques effets secondaires mineurs, comme des nausées ou de la faiblesse musculaire, mais leur véritable point négatif est qu’on ne peut consommer plus d’une douzaine de cachets par mois. Au-delà de ce nombre, les triptans peuvent déclencher des maux de tête. «Je dépassais parfois les 10 à 12 comprimés, explique Louise Houle, parce que je ne voulais pas me taper de migraine au travail.» C’est pour cette raison qu’elle s’est tournée vers d’autres types de traitement : les bêta-bloquants et les inhibiteurs calciques pour améliorer l’irrigation sanguine, les antidépresseurs, les anticonvulsivants, la vitamine B2, mais en vain. Aujourd’hui, elle reçoit des injections de Botox.

Bien connu de l’industrie cosmétique, le Botox est aussi utilisé contre les migraines pour relâcher les muscles du cou et de la tête qui ont tendance à se raidir lors d’une migraine. Un côté du cou devient alors hypertrophié. «J’ai des patients qui souffrent de migraines depuis 15 ou 20 ans raconte le Dr Bellavance. Ils ont essayé les injections de Botox et ça les a soulagés». Toutefois, le Botox n’est pas efficace dans tous les types de migraines.

Médecine alternative
L’efficacité des méthodes alternatives n’a pas été prouvée scientifiquement, mais certaines techniques sont efficaces pour réduire le stress, une cause importante des migraines :


  • Techniques de relaxation, notamment le biofeedback. Endossé par l’Association médicale canadienne.
  • La grande camomille. Santé Canada autorise l’allégation selon laquelle la grande camomille peut prévenir les migraines.
  • Le pétasite : Quelques études font état de résultats prometteurs pour la réduction de la fréquence des migraines.
  • Suppléments de 5-HTP. Cet acide aminé est utilisé par notre organisme pour fabriquer de la sérotonine. Son usage est cependant controversé en automédication.
  • Suppléments de magnésium
    - Massothérapie
    - Médecine traditionnelle chinoise : Reconnu par l’OMS, l’acuponcture aurait une action sur la sérotonine.
    - Ostéopathie : En présence de problèmes musculaires, notamment au cou.

Ressources
Centre d’information pour les personnes atteintes de troubles neurologiques

American Headache Society

Réseau canadien des céphalées