Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les cellules souches, Saint-Graal de la médecine

Émission du 25 octobre 2007

Septembre 2002. Julie M. Ouimet et ses parents reçoivent un diagnostic dévastateur : la leucémie aiguë lymphoblastique. Sa mère, Nathalie Waskewicz, était atterrée: «Elle avait une leucémie extrêmement rare, elle avait un sous-type qui s'appelait le chromosome Philadelphie et on tombait à 5 % de chance de survie.» Son salut se trouve dans une greffe de moelle osseuse. Or, on ne trouve aucun donneur compatible… jusqu’à ce qu’une banque de New York confirme en décembre que la solution vient d’entrer dans leur registre. Le donneur n’est pas une personne prête à se faire ponctionner de la moelle dans les os du bassin. Il s’agit… d’un cordon ombilical! Aujourd’hui, Julie est guérie grâce à cette greffe qui a réussi in extremis.

Le sang de cordon est riche d’une matière précieuse : les cellules souches. Depuis 2004, environ 500 unités de cellules souches provenant de ce sang ont dormi dans un congélateur à -150 degrés chez Héma-Québec. Cette banque renferme plusieurs espoirs. Les cellules souches qu’elle contient peuvent aujourd’hui guérir la leucémie ainsi que certains cancers du sang, de la lymphe (lymphome) et des os (myélome). À plus long terme, ces cellules sont susceptibles de contribuer à d’autres traitements.

La cellule souche: une usine à matière première
Pour se régénérer, le corps fait appel à des cellules capables de produire de nouvelles cellules : les cellules souches. «C’est une cellule qui est capable de se diviser et de produire différents types de cellules et qui, en même temps, garde les caractéristiques d’une cellule mère. Donc, une cellule qui est capable de faire beaucoup d’autres cellules», résume l’hématologue Denis-Claude Roy.

Certains types de cellule souche se spécialisent dans la fabrication de cellules en particulier. Entre autres, les cellules souches hématopoïétiques créent de nouvelles cellules de sang. Elles peuvent ainsi recréer un système immunitaire endommagé par une leucémie ou une autre forme de cancer du sang.

Une bonne proportion des cellules souches se niche dans notre moelle osseuse. Le Dr Roy s’avère justement l’un de ceux qui débusquent les cellules souches. Il est le directeur du Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il y a près de trente ans, en 1980, cet hôpital réalisait avec succès sur une jeune cancéreuse la première greffe de moelle osseuse au Canada.

Depuis, quand un cancer du sang ou une leucémie ne répond pas aux traitements habituels (chimiothérapie, radiothérapie et médicaments), la solution consiste à trouver un donneur de moelle compatible. On investigue d’abord chez les frères et soeurs du patient puis, en cas d’échec, dans les banques québécoise, canadienne et internationales de moelle.

Le sang de cordon : le traitement de la dernière chance

«Il y a quelques années, on était confrontés à la situation qu’un enfant sur deux qui était en besoin de greffe ne pouvait se rendre à la greffe. La maladie progressait souvent avant qu’on n’ait identifié un donneur, ou on ne trouvait pas de donneur», déplore le Dr Martin Champagne, responsable des prélèvements et des greffes au CHU mère-enfant Sainte-Justine.

Depuis environ cinq ans, une possibilité s’est ajoutée : greffer les cellules souches provenant du sang de cordon ombilical, très riche en cellules souches. Une possibilité en fin de liste, car la greffe de sang de cordon met plus de temps «à prendre». À lui seul, le CHU Sainte-Justine a offert ce traitement de la dernière chance à 150 enfants. C’est 85 % de toutes les opérations de ce type au Canada. «Le sang de cordon demande une compatibilité moindre, avec des résultats aussi bons», se réjouit le Dr Champagne. «Il permet d’identifier un donneur compatible pour à peu près tous les enfants.»

C’est pourquoi Héma-Québec, responsable du Registre de donneurs de cellules souches, y a inclut une banque publique de sang de cordon. Lors d’accouchement, des hôpitaux comme Sainte-Justine et le Centre hospitalier de St-Mary prélèvent le sang du cordon ombilical avec l’autorisation de la mère. D’autres établissements comme le Centre Mère-enfant du CHUQ et l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec l’offriront bientôt.

Les cellules souches : les défis et les prochaines avancées médicales
Partout dans le monde, les chercheurs tentent de réaliser les promesses qu’on fonde sur les cellules souches : régénérer le cerveau et ainsi guérir l’Alzheimer et le Parkinson, recréer un foie pour remplacer celui affecté par un cancer, etc. Les cellules souches qu’on croit capables de ces miracles ne sont pas prélevées dans le cordon ombilical lors de la naissance. Ces cellules souches, dites embryonnaires, sont cueillies dans les premiers jours de la création d’un embryon, à une étape où elles sont les plus polyvalentes qui soient. En raison de la controverse morale qu’elle suscite, la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’avance qu’à petits pas.

À moyen terme, c’est le traitement de maladies chez l’adulte qui constitue le prochain défi.   «L’objectif, c’est d’appliquer le traitement avec des cellules souches à des maladies neurologiques, cardiaques et articulaires comme l’arthrite», précise le Dr Roy.

Des études visent aussi actuellement à associer deux cordons pour obtenir suffisamment de cellules souches, sans que les deux différents systèmes immunitaires des cordons ne se combattent l’un l’autre. Chaque année, l’hôpital, Maisonneuve-Rosemont réalise des greffes de cellules souches chez 160 adultes pour traiter des maladies mortelles comme la leucémie, les lymphomes et les myélomes. Toutefois, le sang de cordon est rarement utilisé dans ces greffes. Il ne fournit pas assez de cellules souches pour refaire un système sanguin chez un individu de plus de 50 kilos.

Le Dr Roy, quant à lui, «cultive» des cellules souches: «On est actuellement prêts à débuter un essai clinique où on va utiliser des cellules souches poussées en laboratoire pour être greffées à des gens. Dans quelques mois, on devrait être capables de commencer une telle étude.»

Les banques privées de sang de cordon : une bonne assurance?
Devant les percées médicales que fait miroiter la recherche sur les cellules souches, des banques privées de sang de cordon offrent désormais aux couples d’entreposer cet «or liquide» pour environ vingt ans, moyennant 3 000 $.

Le Dr Martin Champagne est sceptique : «Si vous mettez le sang de cordon de côté pour le bénéfice de votre propre enfant, on estime que les chances qu’il l’utilise sont inférieures à une sur 50 000.» Sans compter qu’on ignore parfois si ce sang entreposé contient suffisamment de cellules souches, s’il est exempt des cellules cancéreuses qu’on veut justement annihiler et s’il a été conservé de façon appropriée. Le Dr Champagne insiste : «Quand on essaie de vous vendre la médecine du futur, le fait qu’on va guérir son insuffisance rénale, son Alzheimer, ça, c’est la médecine Star Wars. Est-ce que ça va arriver? On le souhaite tous. Mais, pour l’instant, ce n’est rien de concret.»

Le Dr Denis-Claude Roy abonde. Selon lui, un don à une banque publique comme Héma-Québec a une application plus immédiate puisque tous ceux qui en ont besoin peuvent y avoir accès.

Le Dr Marc Yvan Arseneault, gynéco-obstétricien de l’Hôpital LaSalle, permet à la banque privée Lifebank de présenter de la publicité dans sa clinique. Il concède toutefois que «les chances que l’enfant lui-même en ait besoin sont probablement minces. On pense que ce sang-là sera plutôt utile à ses frères et à ses soeurs, voire à ses parents, si ces gens-là venaient à développer une maladie guérissable par une transplantation.»

Ressources
Information sur les cellules souches

Héma Québec, Registre des donneurs de cellules souches et banque publique de sang de cordon
www.hema-quebec.qc.ca

Société canadienne du cancer www.cancer.ca

Lifebank, banque privée de sang de cordon www.lifebank.com

Information sur les banques privées de sang de cordon, texte de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada