Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Daniel Germain, fondateur du Club des petits déjeuners du Québec

Émission du 1er novembre 2007

Parfois, avant de décrocher le téléphone, le fondateur du Club des petits déjeuners du Québec lève les yeux. Des sourires d’enfants affichés sur son mur lui rappellent le fondement de son action. À une période où il se sentait l’ego enfler, Daniel Germain avait d’ailleurs tapissé une pièce entière de photos d’enfants, dont celles de ses deux filles. «C’était l’endroit où, lorsque je me perdais, j’allais me rebalancer.»

Chaque matin dans plus de 200 écoles du Québec, 15 000 enfants se remplissent le ventre pour être mieux disposés à apprendre. Daniel Germain, le premier, a rêvé à cette idée. Véritable success story de l’entraide, le Club des petits déjeuners est partenaire du Programme alimentaire mondial de l’ONU depuis 2005. Pour son implication, Daniel Germain a été décoré de l’Ordre national du Québec en juillet dernier.

Et pourtant l’homme de 43 ans rappelle à quel point il était mal lancé dans la vie : «je me considère comme un ancien bum de Verdun qui a fait un tournant de 180 degrés». Les poings prêts à cogner et l’esprit intoxiqué par la drogue dès le primaire. Une adolescence passée dans diverses familles d’accueil après le divorce des parents, un secondaire cinq à peine terminé, un emploi de manoeuvre alors qu’il rêve de politique. «Ce que j’ai surtout formé, c’est mon instinct de rébellion et de revendication, et une colère sur laquelle je ne pouvais pas mettre de mots». Un séjour en prison pour trafic de drogues le réveille. «J’étais un leader, mais un mauvais leader. J’avais rien devant moi mais, en même temps, j’avais tous ces rêves-là.»

Pour son implication, Daniel Germain a été décoré de l’Ordre national du Québec en juillet dernier

Il a vingt-cinq ans. Il file au Mexique. Il est frappé au coeur par la misère la plus extrême: 50 000 enfants fouillant les détritus pour manger. «Je n’oublierai jamais les yeux de ces enfants dans les bidonvilles de Mexico. Ça m’a transformé. Plus jamais je n’ai été capable de me fermer les yeux et de faire semblant que je n’avais rien vu lorsque quelqu’un venait à moi.» Les cinq années suivantes, l’ex-délinquant organise des missions au Mexique et à Haïti avec des ONG et des églises. «Si on est vraiment honnête, ceux qui reçoivent le plus, c’est nous autres. On reçoit des leçons de vie et de courage exceptionnelles. On reçoit des images qu’on voudrait oublier mais qui nous gardent sensibles à l’injustice.» Il revient, convaincu de la nécessité “de faire ce qu’on peut” pour le Québec. Il fonde le Club des petits déjeuners en 1994. 

Pour apprendre à parler à ses semblables, le «tough» de Verdun s’est prêté à une longue thérapie. Aujourd’hui, Daniel Germain rencontre les grands de ce monde pour les rallier à sa cause. En 2005, à la demande de l’ONU, il organise une marche à Montréal en faveur des enfants issus de milieux défavorisés. L’année suivante, sa première conférence Promesse du millénaire de Montréal attire entre autres Bill Clinton, l’économiste Jeffrey Sachs et l’actrice Mia Farrow. Germain vise à faire de ce rendez-vous annuel le «Forum de Davos de l’humanitaire». «On a besoin des gens qui ont des rêves caches», assure-t-il. «Les dernières grandes idées vont provenir de gens comme moi, des gens ordinaires qui ont une idée extraordinaire.»

 

Ressources
Club des petits déjeuners du Québec - Site officiel
www.clubdejeuners.org