Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le cancer du sein

Émission du 8 novembre 2007

Renée Claude Riendeau est une survivante. «Je suis une amazone!  Elles se coupaient le sein gauche pour mieux tirer à l’arc…”  La réalisatrice de 36 ans vit désormais avec une prothèse au sein gauche. Il y a plus d’un an, on lui découvrait une tumeur –un carcinome in situ de 8 centimètre- qui commençait à se répandre. Renée Claude n’a pas hésité à passer sous le bistouri.

Le cancer du sein est une maladie dévastatrice. Chaque année au Canada, on découvre 22 000 nouveaux cas. Et chaque année, 5 000 femmes perdent le combat.

Au cours des dernières décennies, les spécialistes de ce cancer, les femmes et leur entourage ont bâti ce qui est devenu un modèle. Modèle de prise en charge des femmes qui en souffraient. Modèle de mobilisation sociale. Le cancer du sein est devenu le parent riche de la recherche, des soins, de la prévention. Résultat: « Dans les années 60, le pronostic était d’à peu près 60 % de chances de guérison », rappelle le Dr Pierre Dubé, chirurgien oncologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. « Les chances d’être guérie pour une femme aux prises avec un cancer du sein sont maintenant de 80 à 85% ».

Des avancées médicales

Le programme de dépistage mis en place en 1998 (une mammographie préventive tous les deux ans pour les femmes de 50 à 70 ans qui le désirent) et les campagnes de sensibilisation ont fait entrer cet examen préventif, ainsi que l’auto-examen, dans la culture. La technologie même de la mammographie a fait un bond prodigieux, selon le Dr Dubé : «La mammographie nous permet maintenant de diagnostiquer des lésions beaucoup plus petites et plus précoces. En fait, on est capable de diagnostiquer des lésions précancéreuses, avant même qu’un cancer soit installé et soit donc plus difficile à traiter. »

Devant les progrès des examens comme la mammographie, la Société canadienne du cancer annonçait récemment qu’elle ne recommande plus l’auto-examen des seins comme méthode de dépistage, car il peut causer un faux sentiment de sécurité. Certaines femmes ne se fiaient qu’à cette étape et n’allaient pas consulter, alors que c’était nécessaire. Seuls l’examen clinique et la mammographie sont des moyens très sûrs de détecter le cancer. C’est pourquoi la Société encourage les femmes à se soumettre régulièrement à ces examens. Les femmes trouveront toujours un avantage à être à l’affût de changements qui peuvent se produire, mais elles doivent voir un médecin dès qu’un doute s’installe.

Finalement, avoir la radiothérapie dans leur arsenal a permis aux médecins de traiter avec des chirurgies moins invasives: « Il y a vingt ans, au Québec, on faisait des mastectomies radicales, c’est à dire l’ablation complète du sein, dans 40 à 70 % des cas, dépendemment des régions. Maintenant, une femme sur dix a une ablation complète du sein. »

Le support, un facteur de guérison

La chimiothérapie, la médication et la chirurgie ont connu des percées importantes. Mais la plus palpable se trouve probablement dans la prise en charge des femmes.  Je me suis rendu compte, il y a une dizaine d’années quand j’ai commencé la pratique, qu’on s’occupait passablement bien de la maladie des femmes, mais qu’on ne s’occupait pas d’elles», raconte le Dr Dubé.

C’est pourquoi, avec la psychologue Anne Sabourin, il a fondé en 2003 le Regroupement des professionnels pour la santé du sein (RPSS).  Cet organisme informe sur la maladie et les traitements possibles, mais aussi sur les façons de gérer les aspects qui y sont liés: par exemple, le stress qui suit l’annonce d’un diagnostic, de traitements ou d’une chirurgie.

Révéler sa maladie à son petit Émile de cinq ans désarçonnait Renée Claude Riendeau.  « La psychologue du RPSS a passé une heure avec moi pour m’expliquer comment le dire à mon petit garçon”. De même, elle a profité des conseils de relaxation, de méditation et de visualisation du regroupement. « Ça permet de te mettre dans un état d’esprit où tu deviens un membre de l’équipe avec les chirurgiens. J’étais très sereine quand je suis partie en chirurgie. »

« C’est maintenant démontré que quand le stress est bien contrôlé, quand la patiente comprend bien, elle va mieux tolérer les traitements et va certainement mieux s’en tirer », atteste le Dr Dubé.

Le cancer du sein: une cause qui se “vend” bien
Une fois en rémission, Renée Claude Riendeau et son associé Bernar Hébert ont tiré de leur documentaire “L’art du nu” un calendrier dont les profits vont entièrement au RPSS.

Au Canada, le cancer du sein récolte la plus grosse part des fonds investis annuellement dans la recherche spécialisée, soit 38 millions de dollars. À lui seul depuis trois ans, l’Hôpital juif de Montréal a amassé 25 millions grâce au “week-end pour vaincre le cancer du sein”, une somme qui a servi à équiper son Centre de cancer Segal de deux nouveaux laboratoires.

Pourquoi le cancer du sein est-il l’objet d’une si grande mobilisation? Le Dr Pierre Dubé pointe un facteur: « Même atteintes d’un cancer de stade avancé, ces femmes-là peuvent survivre de nombreuses années. On a certainement là une énergie que d’autres n’ont pas pour se battre pour la cause.»

Le cancer du sein –et son ruban rose- est devenu le numéro 1 du marketing social, le marketing des idées et des causes. Selon Patrick Beauduin, vice-président création convergente chez Cossette Communications: “Le sein est la symbolique parfaite de la maternité, de ce qu’est la femme, de ce qu’est l’enfant, de ce qu’est la vie. Greffez là-dessus le monstre du cancer, vous avez la symbolique parfaite pour mobiliser l’opinion.”

Le directeur général de la Société de recherche sur le cancer, Gilles Léveillée, se réjouit qu’on ne répugne plus aujourd’hui à utiliser des techniques commerciales pour vendre une cause. Il en voit les effet dans le palmarès de la sympathie envers les cancers: « Le cancer du sein, qui touche la femme, est en première place. La leucémie, qui touche les enfants, est en deuxième place. Et pourtant, le tueur numéro 1 qui est le cancer du poumon est très loin derrière. »

Ce cancer, pour lequel on recense annuellement autant de nouveaux cas que le cancer du sein (22 000), ne récolte que 7 millions de dollars pour la recherche spécialisé, soit plus de 5 fois moins. Et son taux de mortalité est de 84%.

Des cancers nobles, d’autres moins?
Du même souffle, M. Léveillée se désole pour les trop nombreuses victimes des autres cancers, particulièrement ceux qui arrivent au bas du fameux palmarès : le cancer de la prostate (également 22 000 nouveaux cas par année), le cancer de la vessie, du col de l’utérus, le cancer colorectal (10 000 nouveaux cas), des cancers « qui sont hors-normes, hors-la-loi, tabou », déplore-t-il.

« Parler des selles molles, parler des fissures anales, c’est tabou et c’est dramatique pour les gens qui ont un cancer colorectal. Lorsque Jackie Kennedy est morte d’un cancer colorectal, on a parlé d’une “longue maladie”, même pas du cancer. Il n’existe pas de groupe de solidarité du cancer colorectal au pays, alors qu’il y en a des centaines pour les victimes du cancer du sein.»

Récemment, l’agence Cossette s’est associée au cancer colorectal. Elle a réalisé bénévolement une campagne télévisée en faveur du dépistage avec le chanteur Boule Noire quelques mois avant sa mort. Peut-être l’exemple de la mobilisation autour du cancer du sein fait-elle des petits…

Ressources
Réseau canadien du cancer du sein
www.cbcn.ca

Fondation québécoise du cancer
www.fqc.qc.ca

Société canadienne du cancer
www.cancer.ca

Société de recherche sur le cancer
www.src-crs.ca

Regroupement des professionnels pour la santé du sein (RPSS)
www.rpss.ca