Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Doit-on fluorer l'eau du robinet?

Émission du 22 novembre 2007

«Mon enfant développe souvent des caries. La fluoration de l’eau ferait-elle une différence?»

Notre expert : Docteur Michel Lévy, dentiste conseiller à l’Institut national de santé publique, auteur du rapport «Fluoration de l’eau : Analyse des bénéfices et des risques pour la santé», INSPQ, 2007.

La fluoration de l'eau peut-elle faire une différence pour les enfants qui ont déjà des caries?
Le fait que l'enfant a déjà des caries indique qu’il est à risque dans l'avenir. Ajouter du fluor dans l'eau réduirait son risque d'avoir des caries plus tard.

La fluoration peut même arrêter la progression d’une carie débutante et permettre à l'émail de guérir.

Quel impact aurait la fluoration de l'eau pour les Québécois en général?
Au bout de quelques années, on verrait une diminution de caries d'environ 25 à 40 %. Cette diminution serait importante chez les personnes défavorisées, les très jeunes enfants à risque de caries et aussi les personnes âgées. Ces dernières sont les personnes actuellement les plus sujettes à la carie.

Les Québécois prennent-ils soin de leurs dents?
Les enfants québécois ont 40 % plus de caries que ceux en Ontario ou aux États-Unis. Dans certaines garderies de Montréal, 70 % des enfants présentent déjà des caries. Le facteur le plus important est l'absence de fluor au Québec. Sept pour cent des Québécois boivent de l’eau fluorée par les villes, comparativement à 40 % des Canadiens, et plus de 65 % des Américains.

Nous avons atteint un plateau au Québec. Les études démontrent que des campagnes supplémentaires de sensibilisation à l’hygiène dentaire ne feraient pas de différence. Ce dont on a besoin, c’est une mesure communautaire, comme la fluoration.

Qu'est-ce que le fluorure?
Le fluorure est un sel. C’est le sel du fluor, lequel est un gaz. Le fluorure se retrouve partout dans la nature, dans les lacs, les rivières et l'océan.

Les bactéries de notre bouche produisent des acides. Sous leur effet, l’émail de nos dents, dont la composition est de calcium, se dissout plus facilement. Le fluorure empêche l'émail de se dissoudre parce qu’il remplace le calcium.

À peine un demi-million de Québécois boit de l'eau additionnée de fluorure. Pourquoi autant de municipalités sont-elles réticentes à en ajouter dans leur eau potable?
Il faut démontrer aux décideurs les avantages et les coûts de la fluoration. Pour une ville comme Montréal, par exemple, il en coûterait un à deux millions de dollars par année au maximum.

Annuellement, les Québécois dépensent en soins dentaires deux milliards de dollars. Une réduction de problèmes dentaires de 20 % diminuerait les frais de 200 à 400 millions de dollars par année. Selon une étude américaine, chaque dollar investi dans la fluoration permet d’économiser 38 dollars en soins dentaires.

Quels sont les risques reconnus concernant les niveaux de fluorure?
Les niveaux sont très faibles. Les risques sont donc nuls pour les adultes. Ils concernent plutôt les très jeunes enfants de trois ans et moins, qui peuvent développer de la fluorose. Ce sont des taches blanches qui apparaissent sur les dents, par exemple lorsque ces enfants avalent du dentifrice. On recommande d’utiliser le dentifrice en quantité minime. Les dentistes et les pédiatres ne devraient pas non plus prescrire des suppléments de fluorure aux enfants en bas âge, à moins qu’ils soient à risque de caries.

Le fluorure cause-t-il le cancer?
La majorité des études n'ont pas démontré que le fluorure causait le cancer. Deux études montrent une association entre le fluorure et le cancer. Ces études ont été mal menées : elles incluaient d'autres facteurs.

Certains pays européens ont cessé d’additionner du fluorure à l'eau. Le fluorure posait-il un danger?
Tous les pays européens ont des programmes de fluoration. Certains pays, notamment la France et la Suisse, ont finalement opté pour d'autres mesures, comme la fluoration du sel. L'Organisation mondiale de la Santé considère que la mesure la plus efficace constitue la fluoration de l'eau.

Quoi répondre aux opposants qui ne veulent pas se faire imposer cette mesure?
Le chlore qu’on ajoute à l'eau suscite la même question des droits individuels versus les droits collectifs. Si on n’ajoutait pas de chlore, des gens en tomberaient malades.

En santé publique, nous jugeons qu’ajouter du fluore pour éviter la maladie est une mesure collective dont le risque pour la santé est infime et les bénéfices sont très grands.

Ressources
Le rapport «Fluoration de l’eau : Analyse des bénéfices et des risques pour la santé», INSPQ