Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les durs à cuires... de la maternelle!

Émission du 10 janvier 2008

« La maternelle, c’est la porte d’entrée à l’école. Je dois identifier rapidement certaines difficultés afin de permettre qu’on intervienne très tôt auprès de certains enfants.» Depuis 13 ans, Isabelle Laroche enseigne aux enfants de maternelle.  « C’est une période cruciale où il est encore possible de changer le parcours scolaire de certains jeunes en difficulté », poursuit-elle.

Les troubles de l’opposition, un facteur de risque
Chaque année, dans sa classe, Isabelle Laroche compte quelques enfants avec des problèmes de comportement : déficit d’attention, trouble de l’attachement, hyperactivité et troubles de comportement. Les enfants présentant un trouble de l’opposition sont en augmentation. « Ce sont des enfants difficiles à gérer. On les détecte parce qu’ils s’opposent à l’adulte de façon plus intense, plus dérangeante et surtout plus constante que la moyenne des tout-petits. Par exemples, ces jeunes refusent de s’asseoir à la place désignée, de faire l’atelier obligatoire, de partager ou de cesser leurs activités. À la moindre frustration, dès qu’on leur dit « non », ils explosent. » Selon le professeur en adaptation sociale de l’Université Laval, Égide Royer, on observe une recrudescence de ces comportements problématiques à la maternelle depuis quelques années, au point de s’en inquiéter. Leurs habiletés sociales sont souvent déficientes, ce qui les conduit à des comportements agressifs, comme arracher un jouet des mains d’un autre enfant sans égard à ses pleurs de façon répétitive.

Tout un défi pour les professeurs, qui en viennent à ne plus pouvoir leur apprendre quoi que ce soit, constate M. Royer. « La capacité de suivre les consignes environ 8 ou 9 fois sur 10 reste l’un des facteurs importants de réussite au primaire. L’opposition continuelle d’un enfant est un facteur de risque important qui peut entraîner des retards d’apprentissage. » Le trouble de l’opposition peut aussi être un prédicteur de problèmes plus graves.

La psychologue Florence Marcil-Denault poursuit dans le même sens. « Selon des études effectuées auprès d’adolescents délinquants et agressifs, les signes d’agressivité et de perte de contrôle de soi importantes surviennent dès l’école primaire.»

Pourquoi une augmentation du trouble de l’opposition?

Les troubles de comportement sont-ils le fruit de notre époque ou sont-ils simplement plus souvent diagnostiqués? Des collègues avec 35 ans d’expérience à la maternelle m’ont confirmé qu’il y en a toujours eus, rapporte Isabelle Laroche.  « La différence c’est que de nos jours, il est exceptionnel de vivre une année où on n’a pas à composer avec au moins un enfant aux prises avec un trouble de comportement grave. »

Égide Royer recense une augmentation de comportements agressifs chez les enfants de la maternelle. Pour chaque classe de 18 enfants, par exemple, au moins deux à trois d’entre eux nécessitent une intervention particulière. « La formation des enseignants n’a pas suivi l’évolution des difficultés de cette nouvelle vague de petits à problème, qui ont besoin d’être mieux encadrés en maternelle. Environ le quart des jeunes enseignants quittent le métier au cours des cinq premières années. Le principal stress est causé par l’enfant qui fugue, qui mord les amis, qui fait des menaces… Il n’en faut qu’un ou deux pour saboter une classe entière. »

Plusieurs spécialistes de l’éducation s’entendent aussi pour dire que l’éducation parentale a souvent un rôle à jouer dans le développement de ces problèmes à l’école. Ce que confirme Isabelle Laroche, elle-même mère. Elle avoue trouver la tâche parentale remplie de défis. « On peut déraper si on a laissé énormément de place à un enfant au point où celui-ci ne se bute jamais à un « non », au point où on doit toujours négocier avec lui. En fait, on remet entre ses mains le pouvoir de l’adulte.  Cet enfant a besoin d’un encadrement. Il a besoin d’une routine, de se faire dire « non ».

Des solutions : l’encadrement et la stimulation
Du haut de ses quatre ans et demi, le petit Justin manifeste un trouble de l’opposition depuis l’âge de 18 mois. Déjà, à cet âge, il ne pouvait supporter la frustration. C’est un enfant à qui on donne un pouce et qui ne prend pas un pied, comme la plupart des enfants, mais quinze!, témoigne sa mère, Marie Sylvain. « En contrepartie, on doit instaurer des limites très claires.»

Elle et son conjoint ont finalement trouvé un programme d’intervention dans le bureau de la travailleuse sociale Claire Leduc. Justin consulte maintenant depuis 10 mois. « On pourrait dire que pour un tiers des enfants,  l’éducation se fait très facilement, selon Mme Leduc. Un autre tiers se situe dans la moyenne et le dernier tiers présente des difficultés particulières. Pour ces derniers, un encadrement serré est nécessaire pour les aider à se maîtriser. » Quel est leur profil ? Il y a plus de garçons que de filles, ce sont des enfants très éveillés intellectuellement. De plus, ils sont kinesthésiques, c’est-à-dire qu’ils ont un grand besoin de bouger. Il faut répondre à leur besoin de bouger et à celui d’apprendre et d’être stimulé, affirme Mme Leduc. « Je conseille souvent aux parents de les placer en pré-maternelle, ce qui réduit souvent les problèmes de moitié. Et il faut être très conséquent dans notre discipline.»

Être autoritaire ou avoir de l’autorité?

Plusieurs parents manquent aujourd’hui de repères dans l’éducation de leurs enfants. Après des années marquées par l’autoritarisme, on a vu une libéralisation de l’éducation dans les années 70, qu’on a voulu plus permissive et plus axée sur le développement de l’autonomie de l’enfant. « On ne transmet plus le sens des valeurs, de la discipline, de l’organisation, de la volonté et de l’effort depuis deux générations.  Il est donc difficile pour les parents d’aujourd’hui de transmettre cet héritage à leurs enfants. » estime Claire Leduc. C’est surtout pour ces parents que la travailleuse sociale et son équipe offrent le cours de « parents entraîneurs » : « Il faut les aider à structurer leur intervention. Ils doivent aussi apprendre à agir de façon appropriée pour aider leurs enfants à bien capter le message. Nous proposons une autorité démocratique dans laquelle un parent communique affectueusement avec son enfant en le rassurant constamment sur le fait qu’il l’aime, mais en exigeant aussi de lui un certain nombre de comportements.  De cette façon, on rétablit un équilibre du pouvoir. L’enfant n’est plus un empereur et les parents jouent leur rôle de parents. »

Florence Marcil-Denault fait la distinction entre une approche autoritaire et avoir de l’autorité, ce qui est encore trop confondu, selon elle. « On donne aussi de l’amour en imposant des limites et des conséquences aux gestes répréhensibles. On est souvent tenté de déléguer ce travail difficile à l’école. Plus encore si les deux parents ne sont pas souvent à la maison. Pas facile de punir son enfant quand on ne dispose que de quarante-cinq minutes avec lui. Il faut voir les bienfaits à long terme d’imposer une saine autorité, une façon d’éduquer cohérente et constante. »

L’école, quant à elle, ne peut résoudre les problèmes de ces enfants seule, encore moins si l’on considère le manque de ressources disponibles.  « Nous avons du service dans nos écoles, mais à la façon d’une salle d’urgence qui hiérarchise les cas , estime Isabelle Laporte. On trouvera une bonne équipe pour aider un enfant avec de gros problèmes. Mais le filet d’aide qu’on crée ensuite autour de l’enfant n’est pas suffisamment serré. » Des programmes qu’on pourrait implanter dès la maternelle impliquent l’ajout d’un deuxième intervenant dans le groupe, dont on ne dispose pas actuellement, déplore Égide Royer. De même, on n’instaure pas certains programmes déjà existants de prévention: «Nous vivons actuellement un problème d’éthique. Nous savons comment prévenir ces problèmes de comportements, mais nous ne pouvons agir. Il faudra un jour se décider à le faire. »

Ressources
PUBLICATIONS – ÉGIDE ROYER
Comment être le bon parent d’un élève difficile, 135 pages.
Le chuchotement de Galilée : permettre aux jeunes difficiles de réussir à l’école, 180 pages
Comme un caméléon sur une jupe écossaise : comment enseigner à des jeunes difficiles sans s’épuiser, 180 pages.

Claire Leduc, travailleuse sociale
www.parententraineur.com

Portail scolaire sur les troubles de comportement
www.comportement.net

Troubles de l’opposition, Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre
www.comportement.net/top6/opposition.PDF