Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Syndrome du stress post-traumatique. Êtes-vous à l'abri?

Émission du 17 janvier 2008

« La population perçoit les policiers comme des gens en uniformes qui donnent des contraventions et interviennent à l’intérieur de périmètres de sécurité », explique le policier Réjean Galarneau. « Mais derrière cette façade, chaque policier est un être qui peut être ému par ce qu’il voit. »

Aujourd’hui recyclé dans l’enseignement, ce policier dit avoir adoré les 31 années actives comme policier. Et pourtant, il ne compte plus les interventions qui l’ont marqué. « J’ai déjà vu un bébé de six mois laissé à lui-même à côté de sa gardienne décédée. J’ai recueilli un garagiste brûlé au troisième degré par l’explosion d’un réservoir d’essence. J’ai extrait d’un sac-poubelle la tête de Valérie Gignac, cette jeune policière assassinée. J’ai participé à l’intervention après la tuerie de Polytechnique. Je garde l’image des jeunes femmes gisant par terre, ensanglantées. J’ai vécu des prises d’otage, des fusillades, le désamorçage de bombes. Notre entraînement professionnel nous prépare à affronter ces événements de façon quotidienne. Mais avec l’accumulation, ils deviennent lourds.»

Au cours d’un entraînement en mode réel, un éclat d’explosifs de 60 centimètres transperce les genoux de Réjean Galarneau. «En apparence, je n’avais rien de cassé. C’est par la suite qu’on a découvert d’importantes déchirures aux muscles des genoux. À la suite de l’accident, je suis devenu plus nerveux.  Physiquement, je n’étais plus le même. J’avais des douleurs partout. Je me sentais vulnérable quand je marchais sur la rue. » Il s’inscrit en physiothérapie pendant un an, sans succès. Un jour, il explose en larmes. Son médecin lui annonce le diagnostic: syndrome de stress post-traumatique (SSPT).

La réaction crée le syndrome
« Le syndrome de stress post-traumatique est un ensemble de symptômes qu’une personne développe à la suite d’un événement traumatique qui a menacé son intégrité, explique le psychologue Stéphane Guay, directeur du Centre d’étude sur le trauma de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine. Personne n’est à l’abri d’un événement traumatique. Un accident d’auto, une agression, un incendie ou un viol peuvent faire craindre pour sa propre vie.  « Ce n’est pas le type d’événement qui provoque la naissance du syndrome, précise le Dr Guay, mais la réaction des gens face au traumatisme. Seulement de 10 à 15% des personnes exposées développent des séquelles post-traumatiques. Dans leur cas, elles vivent l’événement avec une immense détresse et un sentiment d’horreur et d’impuissance. »

Le Dr Nicolas Bergeron est psychiatre au CHUM et président de Médecins du monde. Il vivait à New York au moment de l’attaque terroriste contre le World Trade Center. C’est la tragédie qui l’a amené à s’intéresser au SSPT. « La gravité de l’expérience et l’intensité de l’exposition à l’agent stressant déterminent en partie la formation d’un SSPT. La perception subjective de cette expérience joue un rôle encore plus grand, explique le spécialiste. La capacité d’une personne d’absorber l’onde de choc est aussi un facteur important. Certaines personnes sont plus fragiles, surtout les femmes, les victimes d’un trauma antérieur et celles avec un trouble psychiatrique.»

Trois groupes de symptômes

Chantal Bilodeau avait une solide carapace lorsque le syndrome l’a frappée. La caissière de banque avait vécu une trentaine de vols à main armée lorsqu’en 1992, un voleur non masqué est entré dans sa succursale. « Il m’a braqué l’arme au visage et il me criait des noms. Il m’accusait d’avoir déclenché le système d’alarme. J’étais sûre que c’était fini pour moi.» Elle qui avait toujours réussi à surmonter l’épreuve lors des vols précédents était maintenant incapable de retourner travailler. « J’étais très chamboulée. J’étais craintive. Je me disais qu’il allait revenir et qu’il allait tirer cette fois-là.»

Selon le Dr Bergeron, la majorité des gens développent des symptômes qui vont s’estomper rapidement au cours des premières semaines après un événement traumatique. « Mais si les symptômes durent plus d’un mois, on présume alors que la personne souffre du SSPT», conclut le Dr Bergeron.

Les experts classent les symptômes en trois catégories. « Il y a des réactions de réviviscence, c’est à dire qu’on revit l’événement en flash-backs ou à travers les cauchemars », rapporte Stéphane Guay. « La personne peut avoir également des réactions d’évitement, soit en refusant de parler de l’événement ou de retourner sur les lieux. Finalement, il y a le groupe des symptômes dits d’hyperactivation psychologique, notamment l’hypervigilance. Ainsi, la personne demeure constamment aux aguets, dans l’expectative que l’événement se produise à nouveau. Elle éprouve donc de la difficulté à se concentrer et à s’endormir. Elle est parfois irritable. La personne a développé une réaction de survie dysfonctionnelle. Elle vit comme si elle était encore en danger alors qu’elle ne l’est plus. »

Six mois après l’événement, Chantal Bilodeau vivait toujours des cauchemars dans lesquels son agresseur la braquait à répétition. « Je me sentais constamment suivie dans la rue. Je supposais que le voleur, toujours en liberté, allait finir par me retrouver et me tuer pour avoir trop parlé. » Elle ne pouvait plus supporter la vue de l’argent, trop associé au vol. Elle a finalement reçu un diagnostic de SSPT et on l’a affectée à un autre travail, sans contact direct avec l’argent.

Le soutien: la clé de la réadaptation
« Mon conjoint de l’époque ne comprenait pas pourquoi je pleurais si souvent et pourquoi c’était urgent pour moi d’arrêter de travailler en succursale. Pour lui, j’avais été capable de passer à travers plusieurs autres vols auparavant », se rappelle Mme Bilodeau. « Si j’avais eu un bras cassé ou une blessure par balle, les gens auraient compati. Mais on subit les effets du stress post-traumatique à tout moment, même si on ne le voit pas.»

Un conseil du type «il faudra que tu en reviennes » n’est d’aucun secours pour les personnes traumatisées, explique le médecin-psychiatre Pierre Bleau. « Ces gens ont véritablement l’impression de perdre le contrôle de leurs émotions, de leur hypervigilence et de leurs périodes de reviviscence», fait remarquer le Dr Bleau, directeur du Programme des troubles de l'anxiété du Département de santé mentale du CUSM.

Il est donc important au cours des premières semaines de soutenir un proche qui a vécu une expérience traumatisante et d’en reconnaître la charge émotive, conseille le Dr Guay. Un tel soutien pourrait empêcher un stress de se transformer en SSPT. Selon lui, il faut éviter de s’improviser thérapeute. « La meilleure attitude, c’est de laisser venir à soi la personne et de l’écouter de façon empathique, sans la forcer à parler ». Si par la suite la personne développe des problèmes spécifiques, il faut l’encourager à consulter.

La thérapie cognitivo-comportementale
Réjean Galarneau et Chantal Bilodeau ont tous deux consulté un psychologue. « J’ai pleuré pendant toute l’heure et demie qu’a duré mon premier rendez-vous. Je crois que j’ai évacué toutes les émotions que j’avais gardées à l’intérieur de moi liées aux vols précédents. Jusque-là, je n’avais jamais pleuré. » 

À la première étape de la thérapie cognitivo-comportementale, il faut reconnaître les réactions et identifier les émotions vécues, selon le psychologue Stéphane Guay, qui utilise cette forme de thérapie. « À la deuxième étape, le thérapeute travaille avec le patient à diminuer par lui-même les réactions physiologiques d’anxiété grâce à des techniques de relaxation ou de respiration, notamment. La troisième étape compte l’ingrédient le plus actif de la thérapie. On expose alors le patient aux stimulis associés à l’événement, dont le souvenir à lui seul génère une grande détresse. Le thérapeute aide alors le patient à raconter progressivement l’histoire jusqu’à ce que ce dernier soit en mesure de le faire sans en vivre intensément les émotions. Puis, accompagnée par le thérapeute, la personne retourne sur les lieux ou dans des situations que son traumatisme la poussait à éviter. »  Après une thérapie cognitivo-comportementale, de 60 à 70 % des patients composent mieux avec le traumatisme et voient leurs symptômes disparaître.  De 10 à 20% de ces personnes rechutent à plus long terme, précise M. Guay. « C’est pourquoi la recherche doit tenter de trouver de meilleurs traitements. »

Aujourd’hui, Chantal Bilodeau éprouve encore du mal à fréquenter les succursales bancaires. Réjean Galarneau, quant à lui, s’estime libéré des symptômes. « Tout le monde est susceptible de vivre un syndrome de stress post-traumatique. Des collègues en ont probablement vécu, mais n’en ont jamais parlé. »

Peur de passer pour un faible? Le Dr Bergeron se fait rassurant. « Ce n’est pas une question de faiblesse personnelle. Les réactions post-traumatiques font parties de la nature humaine. Elles servent à s’adapter à une certaine onde de choc.» Selon lui, nous sommes tous capables d’absorber des évènements traumatisants.Toutefois, au-delà d’un certain degré, le traumatisme dépasse tout simplement les capacités humaines.

Ressources
Association canadienne pour la santé mentale
www.cmha.ca

Centre d’Étude sur le Trauma

Fondation des maladies mentales
www.fondationdesmaladiesmentales.org