Une pilule une petite granule

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Diffusion terminée

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Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

La prescription de tendresse du Dr Clown

Émission du 17 janvier 2008

Jamais Melissa Holland n’avait envisagé un jour devenir… clown, encore moins dans un hôpital! L’histoire commence en Écosse, où elle s’était rendue enseigner l’art dramatique. Elle se retrouve avec une classe d’enfants difficiles. L’expérience tourne vite au cauchemar. Elle décide de trouver un nouveau travail et trouve par hasard une petite annonce qui recrute des clowns pour un projet d’animation dans un hôpital. Elle est embauchée.

À son retour au Canada, Melissa Holland cherche un organisme semblable pour continuer à travailler. Elle rencontre Olivier-Hugues Terreault lors d’une formation de clowns-thérapeutes au sein du programme torontois Fools for Health. Avec lui, Melissa Holland fonde Dr Clown en 1999. Aujourd’hui, les 23 clowns de l’organisme dérident les adultes et les enfants malades des hôpitaux, des CHSLD et des établissements de soins palliatifs de Montréal et de Québec. «Notre mission est d’apporter la joie, de diminuer le stress chez les patients et de leur offrir une qualité de vie, affirme-t-elle. »

L’art d’entrer en contact
Son personnage, Dr Fifi-se-pense-bien, est une petite fille qui aime jouer et être en compétition, se croit bonne en tout et se fâche quand elle découvre que ce n’est pas le cas. Elle trouve ainsi mille façons d’entrer en contact avec les personnes qu’elle visite. Parfois en solo, parfois avec son partenaire de tournée, elle chante, danse, joue de la flûte, complimente, fait la conversation. Avec les personnes âgées atteintes de démence ou de maladies comme l’Alzheimer, elle prend un soin attentif et patient à leur faire flatter un ourson, par exemple. Ou encore, elle repose sa tête doucement sur leur épaule.

« Dans le cas des aînés, il faut les approcher plus lentement pour ne pas les brusquer », explique Melissa Holland. « On utilise davantage le langage corporel et les blagues visuelles, car plusieurs d’entre eux sont durs d’oreille. Avec les enfants, nous interagissons sur le mode du jeu. Les personnes âgées préfèrent raconter l’histoire de leur vie. Nous leur demandons donc des conseils: le secret d’une longue vie, par exemple, ou la façon de dénicher un amoureux. Ces gens sont riches de conseils, très vivants et aiment entrer en contact avec nous. »

L’art d’être clown se trouve dans la capacité de vivre le moment présent, estime Mme Holland. « Quand on porte le nez, la seule chose qui compte, c’est la personne devant nous et l’attention qu’on lui donne. »

 « Dès que je mets le nez, Fifi entre en fonction. Ce nez de clown me protège des  émotions trop intenses. Il me permet aussi d’entrer plus facilement en contact avec les patients », dit-elle. « Ce qui ne m’empêche pas de ressentir quand même des émotions, particulièrement au contact d’enfants très malades que je connais bien, surtout quand je sais qu’ils vont partir.»

Les prestations sont toujours improvisées et exigent beaucoup d’attention. Les clowns ménagent leur disponibilité et limitent leur travail à un maximum de deux jours et demi par semaine. Le travail de clown à l’hôpital est très exigeant physiquement et émotionnellement, explique Mme Holland, qui agit aussi comme directrice des programmes de l’organisme. « Si on travaillait cinq jours par semaine, le résultat serait une épidémie de clowns en épuisement professionnel.»

Il faut aussi vivre avec l’idée que certains patients avec qui s’est développée une relation vont disparaître. « C’est difficile d’aller dans un endroit en sachant parfaitement qu’on n’y verra plus une personne qu’on a longtemps connu. »  Mais la fonction de clown thérapeute compte aussi des moments joyeux, par exemple quand des clowns se mettent à jouer de la musique et qu’ils voient un patient taper du pied ou esquisser un demi-sourire. « Il est arrivé que notre effet surprenne même les familles qui n’avaient pas vu leur proche s’éveiller depuis longtemps… Dans ces moments-là, je trouve mon travail plus utile que jamais, et je sais que c’est nécessaire de continuer à faire le clown.»

Ressources
Dr Clown
www.drclown.ca