Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Bébé arrive, couple dehors!

Émission du 31 janvier 2008

«Pourquoi les couples de notre génération se séparent-ils autant? Pourquoi on n’arrive pas à tenir notre vie familiale ensemble, quand les enfants entrent dans notre vie? Des belles histoires, on en trouve. Je connais des gens de mon âge qui ont des enfants, et vivent toujours ensemble. Pourquoi eux ont-ils réussi à le faire, alors que moi j’ai échoué? »

Hélène Laviolette s’est longtemps posé la question, quand son couple s’est brisé après 12 ans de vie commune. Le constat est lourd, mais son cas est loin d’être isolé. Il s’inscrit même dans une tendance à long terme, si l’on se fie à une étude réalisée conjointement en 1999 par l’Université de Montréal et l’Institut national de la recherche scientifique qui prédisait qu’un enfant sur quatre à naître après l’an 2000 connaîtrait la séparation de ses parents avant l’âge de 6 ans.

Pour la travailleuse sociale Jacqueline Labrie, l’horloge biologique pousse plusieurs trentenaires à vouloir des enfants rapidement. « Je veux avoir un enfant avant l’âge de 30 ans. Qu’est-ce qu’en pense le conjoint, ce n’est pas très important. Pour les futurs parents, il faut concrétiser son rêve d’avoir un enfant d’abord. Ils veulent s’arranger avec les conséquences après. »
 
Le premier test arrive parfois même avant la naissance. Marc Dupont, qui vit lui aussi séparé de son ex-conjointe, se rappelle avec une franchise désarmante avoir perdu le désir sexuel plus la grossesse avançait. « Quand elle est tombée enceinte, j’ai vu son corps se déformer. À un moment donné, elle avait dû prendre près de 40 livres. Je ne la trouvais plus belle du tout et j’ai trouvé ça difficile après. »

Pour Hélène Laviolette, une femme enceinte cherche surtout du réconfort. « Tu souhaiterais recevoir de l’attention physique, que ton copain te colle dans ses bras et te colle sur lui. J’aurais aimé juste avoir un peu plus de soutien de mon conjoint. Dans mon cas, ça m’a manqué énormément », raconte-t-elle.

Savoir définir les rôles
À l’époque des familles nombreuses, les grands-parents, les oncles et les tantes servaient de modèles parentaux, selon Jacqueline Labrie. Aujourd’hui, les couples dans la trentaine en sont beaucoup plus dépourvus. Pour la psychanalyste et professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Irène Bleton, l’arrivée du bébé provoque un véritable tremblement de terre dans la vie d’un couple. « Toute la vie du couple change et se transforme, sans qu’il soit préparé. Les femmes deviennent souvent mères sans recevoir beaucoup d’appuis de la famille ou de l’entourage. On ignore ce que s’est que d’avoir un bébé. La plupart des femmes qui accouchent ne viennent pas de familles nombreuses. Elles s’attendent souvent à ce que le conjoint soit compréhensif et qu’il prenne soin d’elle. Mais en même temps elles attendent aussi qu’il fasse bouillir la marmite, s’occupent de l’enfant! Ça fait beaucoup pour un seul homme! »

« Tout ce que je faisais était incorrect. Quand je changeais les couches, ce n’était pas correct. Quand je donnais à boire, ce n’était pas correct non plus, dit Marc Dupont. C’était comme si elle jouait un autre rôle. Elle était passée de ma petite conjointe modèle à mère de famille. Et j’ai eu beaucoup de difficulté à l’accepter. »

Malheureusement, la transformation du rôle de conjointe à celui de mère s’accompagne fréquemment d’une perte de désir sexuel, explique Mme Bleton. « Aux soins à donner à l’enfant et aux préoccupations pratiques s’ajoute la fatigue. Elles ne ressentent plus le besoin et le désir d’être active sexuellement. »

Les difficultés d’un couple sont amplifiées par l’arrivée d’un enfant, précise Mme Bleton. Le lien se fragilise et le couple casse. Pour Hélène Laviolette, « les tensions qui étaient présentes quelque temps avant les deux grossesses ont continué de prendre de l’ampleur . Il n’était plus possible de retourner en arrière. J’ai laissé tomber. On en était rendu là, les chicanes devenaient incessantes. »

Quand on se dit trop de choses blessantes, quand on s’est trop fait mal, explique Jacqueline, c’est impossible d’oublier. « Quand on arrive à ce stade-là, le désengagement est déjà amorcé », continue-t-elle.

Guerre ou paix?
C’est justement pour éviter la guerre qu’Hélène Laviolette a décidé de se séparer. Pour elle, c’était le meilleur moment de le faire, avant que la relation ne se détériore trop. « Il nous reste encore de l’affection et du respect. On ne s’aime peut-être plus comme couple, mais encore comme parent. »

« Des parents me racontent avoir survécu au divorce de leurs propres parents, dit Mme Labrie. Ils pensent que leurs enfants vont aussi s’en sortir. L’idée d’une séparation sans conséquences sur les enfants commence malheureusement à passer de génération en génération. »

Mais si les parents les mieux intentionnés limitent l’impact de leur séparation au maximum, les enfants sont toujours écorchés au passage. Cependant, on ignore encore jusqu’à quel point ils en sont affectés. La question est de plus en plus étudiée depuis les années 1970. Or, les conclusions restent ambiguës. Certaines études en minimisent les effets. D’autres soulignent plutôt que les enfants vivent des perturbations au moment de la rupture et même longtemps après. Concernant les enfants plus jeunes, une étude réalisée il y a une dizaine d’années aux États-Unis souligne que les enfants de moins de quatre ans vivent plus d’insécurité suite à la séparation de leurs parents. Mais il faudra encore poursuivre la recherche avant de pouvoir conclure de façon définitive. La plupart des spécialistes s’entendent toutefois sur le fait qu’il vaut mieux se séparer que de poursuivre une vie familiale en crise perpétuelle.

Si c’était à refaire…
Les parents s’engagent souvent dans la parentalité en en connaissant mal les implications et les difficultés. En plus, la société d’aujourd’hui n’invite pas au dépassement des difficultés, selon Irène Bleton. Et les futurs parents ne devraient pas trop idéaliser la famille. « Le couple devra démontrer beaucoup de maturité affective pour dépasser certaines difficultés. Les épreuves déjà présentes avant la naissance de l’enfant testeront si cette maturité-là est présente ou non.»

«Si les choses étaient à refaire, je miserais beaucoup plus sur la communication avec ma conjointe, avance Marc Dupont. J’aurais aimé avoir à 30 ans l’expérience que j’ai accumulée aujourd’hui. »

Pour Hélène Laviolette, quand le couple est trop plongé dans ses soucis, il n’a plus de recul. Il faut aller chercher un regard et un avis extérieur. Par exemple, un thérapeute ou un médiateur peut vous aider à replacer les choses en perspectives et à vous poser les questions fondamentales à la survie de votre couple. « Est-ce que vous vous aimez toujours? Si c’est le cas, êtes-vous prêts à faire les démarches pour redémarrer votre vie de couple? Ou bien restez-vous simplement ensemble pour l’amour de vos enfants?» .
 

Ressources
Centre de toxicomanie et de santé mentale - Thérapie de couple

Guide d'information sur la thérapie de couple