Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Fécondation in vitro: concevoir à tout prix?

Émission du 7 février 2008

Auparavant, les couples infertiles qui voulaient avoir des enfants n’avaient pas beaucoup d’autres choix que de se tourner vers l’adoption internationale. Et encore, la situation n’était pas très courante. Aujourd’hui, la technologie médicale rend la fécondation in vitro (FIV) très accessible.

Il faut savoir qu’au pays, la fécondation in vitro n’est pratiquée qu’en clinique privée, et ce sont les couples qui en défraient tous les coûts. Dans le but d’améliorer les chances de concevoir avec succès dès la première tentative, on implante souvent plusieurs embryons à la mère. Avec pour résultat que le nombre de grossesses multiples a bondi au cours des dernières années, avec tous les problèmes liés aux naissances prématurées qui en découlent. Au Canada, le nombre de jumeaux et de triplés directement lié à la FIV a bondi de 35 %. Au Québec, la FIV est responsable de 30 % des grossesses multiples, contre 3 % seulement des naissances multiples de conceptions naturelles.

Le gouvernement devrait-il oui ou non financer les traitements de fécondation in vitro? Le débat fait rage présentement.

L’autre côté du rêve

François Bourdages et Caroline Amireault rêvent d’avoir des enfants. Lorsqu’ils décident de fonder une famille, leurs tentatives de concevoir restent infructueuses pendant sept ans. Inquiets, ils décident de consulter leur médecin pour passer des tests. Le verdict frappe, il y a un problème d’infertilité dans le couple. La nouvelle est difficile à prendre. Selon l’évaluation médicale, leurs chances de concevoir naturellement sont de 1 pour 2 millions. L’équivalent de gagner à la loterie! Deux solutions s’offrent à eux : l’adoption ou la fécondation in vitro (FIV).

Le couple opte alors pour la fécondation in vitro. «Nous n’avions aucun préjugé contre l’adoption. Mais nous voulions essayer au moins une fois d’avoir nos propres enfants à nous.» Pour réaliser leur rêve, la démarche sera longue et éprouvante.

Les hauts et les bas de la fécondation in vitro
Le Dr Pierre Miron est gynécologue-obstétricien et fondateur de la clinique de fertilité Procréa. Il travaille aujourd’hui à la clinique d’infertilité de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il explique les étapes de la fécondation in vitro.

En premier, on administre des médicaments à la mère pour stimuler l’ovaire à produire des ovules. Ensuite, ceux-ci sont prélevés par voie vaginale, sous anesthésie locale. Puis, la fécondation a lieu en laboratoire. Dans une éprouvette, les spermatozoïdes et les ovules entrent en contact. Finalement, deux à cinq jours après, les embryons sont fécondés et on les place dans la cavité utérine.

Caroline Amireault se rappelle toute la batterie de tests, d’injections et d’opérations à passer durant le premier mois et demi, avec des chances de réussite évaluées seulement à 25 ou 30 %. «Tu veux quand même te laisser flotter par cette réussite possible», dit-elle. Mais la première tentative est un échec. L’embryon est rejeté. Il faut recommencer. Coût de cette première intervention : 10 000 $. Aujourd’hui, après deux autres tentatives plus fructueuses, le couple Bourdages-Amireault a 3 enfants, dont deux jumeaux.

Un traitement agressif, la fécondation in vitro?
Laura Bergeron et son conjoint ont eux aussi essayé d’avoir des enfants naturellement. Après six mois de tentatives infructueuses, ils optent pour la fécondation in vitro.

Pour augmenter les chances de réussite en FIV, on implante souvent plusieurs embryons. C’est ce qui s’est produit pour Mme Bergeron et son conjoint. À la première tentative, elle reçoit cinq embryons. Les médicaments utilisés pour stimuler la production d’ovules provoquent des effets secondaires importants. «Dans mon cas, j’ai été très malade suite à une hyperstimulation ovarienne.», affirme-t-elle. Selon le Dr Miron, c’est un problème sérieux qui survient habituellement dans les jours suivant le transfert d’embryons. La patiente développe alors un ballonnement abdominal.

Souvent, les couples ferment les yeux sur les risques possibles liés à la FIV. «Tu sélectionnes l’information que tu veux entendre, dit Laura Bergeron. À l’intérieur, tu te répètes que plus on implante un nombre d’embryons élevé, plus grandes seront mes chances d’avoir un bébé.» Dans son cas, les problèmes ne se sont pas arrêtés à ce problème d’hyperstimulation. Après avoir donné naissance à des jumeaux prématurément, ils sont tous deux décédés à quelques semaines d’intervalle, après avoir vécu aux soins intensifs de l’hôpital et subi des interventions chirurgicales majeures. Leurs chances de survie étaient en réalité quasi inexistantes.

Aux dires du Dre Annie Janvier, l’histoire de Mme Bergeron n’est pas un cas isolé. «Les cas de naissances prématurées dits «évitables» nous enragent comme médecins. Il faut alors s’occuper des parents en détresse qui se sentent coupables. On voit des bébés qui reçoivent des transfusions, sont branchés sur un respirateur, des bébés qui décèdent, présentent des séquelles ou nécessitent des traitements médicaux toute leur vie. Cela provoque une détresse morale qui affecte tout le monde, y compris les médecins et les infirmières.»

La situation inquiète plusieurs spécialistes. Pour eux, les grossesses multiples sont beaucoup trop risquées parce qu’elles hypothèquent sérieusement la santé des nouveaux-nés, en plus d’entraîner des coûts psychologiques pour les parents, et des coûts monétaires pour le système de santé. Selon la pédiatre en néonatologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Dre Annie Janvier, la moitié des jumeaux naissent avant terme. Dans le cas des triplés, les chiffres atteignent jusqu’à 90 %. En plus, la très grande majorité d’entre eux reçoivent des soins intensifs. En comparaison aux enfants nés à terme, le nombre de jumeaux atteints de paralysie cérébrale est multiplié par quatre. Pour des triplés, c’est 40 fois plus, sans compter les complications liées aux enfants de petites tailles, aux risques de pneumopathie et de troubles alimentaires. Un autre aspect du problème est le fait que, dans beaucoup de cas, la femme peut se retrouver avec plusieurs embryons fécondés, et qu’il lui sera alors proposé d’éliminer un ou plusieurs embryons, pour éviter de donner naissance à des quadruplés ou des quintuplés, des bébés dont la santé est encore trop fragile. Une décision lourde à porter pour les couples.

Les traitements en FIV coûtent très cher, en moyenne de 5 000 à 10 000 $ pour chaque essai. Selon le Dr Miron, «une large proportion des couples hypothèquent la maison pour réussir à avoir un enfant. À la troisième tentative, tout le monde veut y arriver. C’est aussi pourquoi on transplante trois embryons. Ce qui explique qu’on se retrouve ensuite avec des triplés!»

La solution : la fécondation in vitro payée par l’État?

Que faire pour corriger cette situation? Aujourd’hui, selon Dre Janvier, tous les pays qui autorisent les traitements de fertilité paient pour les FIV, à l’exception des États-Unis et du Canada. «Par ces mesures, la Suède, entre autres, a fait passer le taux de grossesses multiples en cliniques de 35 % à seulement 3 %.» Selon elle, l’État devrait imposer une politique de transplantation unique d’embryon et payer les traitements d’infertilité. La Dre Annie Janvier doit déposer au gouvernement dans les prochains mois un rapport allant dans ce sens.

Ceux, comme elle, qui souhaitent l’intervention du gouvernement considèrent que la pratique serait mieux encadrée, notamment en favorisant l’implantation d’un seul embryon par traitement. De plus, si les traitements de la FIV étaient remboursés, les femmes opteraient plus facilement pour un traitement moins agressif. De cette façon, on ferait diminuer le nombre de grossesses multiples et on économiserait, par le fait même, tout l’argent consacré aux soins intensifs dus aux naissances prématurées. D’un autre côté, plusieurs spécialistes se demandent si la conception d’un enfant est un droit absolu ou plutôt un privilège et si l’État doit intervenir, compte tenu justement des nombreux risques pour la santé. Pour eux, la conception assistée reste une décision qui revient aux couples et ils doivent en assumer les frais.

Ressources
Association des couples infertiles du Québec

Santé Canada – Liste des établissements de procréation assistée