Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les commotions cérébrales, plus graves qu’on ne le pense

Émission du 21 février 2008

Toutes les quatre minutes au Canada, une personne est victime d’une commotion cérébrale. Les jeunes en sont les plus grandes victimes. Environ 20 % de toutes les commotions cérébrales surviennent dans la pratique d’une activité sportive. Le reste est imputable aux accidents de travail, de la route, sur les terrains de jeux, ou sont la conséquence d’un acte criminel.

En décembre dernier, l’Hôpital de Montréal pour enfants sonnait l’alarme. Chaque année, dans cet établissement à lui seul, on soigne plus de 1000 jeunes souffrant d’une commotion cérébrale. Le hockey et le football en sont les plus grands responsables, selon les spécialistes de l’établissement, suivis du rugby, de la planche à neige, du ski, du basketball et des activités sur roues. Pour ces spécialistes, les commotions cérébrales sont banalisées, surtout si elles surviennent à répétition.

La commotion cérébrale, un traumatisme grave

De son accident, Julien Brière ne se souvient plus de rien. Les images du match de soccer lui viennent d’une reprise vidéo. On le voit se faire frapper la tête, coincée entre le gardien de but qui repousse le ballon et la tête de l’adversaire. «De ce qu’on m’a raconté, je suis resté allongé inconscient environ 4 à 5 secondes, avant d’être secoué par des convulsions.»

 

Stéphanie Leclerc-Valade, sa sœur Catherine et leur entraîneure (nom à trouver), des joueuses de hockey sur glace, ont aussi subi des commotions cérébrales. Comme pour Julien, elles ne se rappellent pas clairement des événements, mis à part une perte de conscience momentanée. Dans le cas de Stéphanie, seul le souvenir des douleurs intenses au cou accompagnées de nausées lui est resté.

Le milieu sportif et médical commence depuis une dizaine d’années seulement à mesurer la gravité des commotions cérébrales et, surtout, à en comprendre les séquelles sur le cerveau. C’est ce que révèle une étude commanditée par le centre médical de l’Université de Pittsburgh, aux États-Unis. Même si les mentalités changent progressivement, les spécialistes se heurtent constamment à un mythe solidement ancré, à savoir qu’une jeune victime, robuste et en santé, ne subirait que peu de séquelles d’une commotion cérébrale.

Or, une commotion cérébrale ne représente ni plus ni moins qu’un traumatisme crânien. Lorsqu’un coup est porté à la tête ou à la mâchoire, la masse gélatineuse du cerveau se déplace d’un côté à l’autre de la boîte crânienne et interrompt momentanément le fonctionnement normal du cerveau. Les enfants subissent des séquelles encore plus marquées que les adultes, selon les spécialistes. Et trop souvent encore, les jeunes athlètes ont tendance à banaliser la gravité de la «commo», comme ils la surnomment souvent eux-mêmes.

Une opinion partagée par le Dr Dave Ellemberg, professeur en kinésiologie à l’Université de Montréal et l’un des auteurs de la plus vaste étude sur l’effet des commotions cérébrales chez les enfants. «Les entraîneurs sont de plus en plus sensibilisés à leurs impacts. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont surtout les parents et les joueurs qui n’en mesurent pas bien la gravité», selon lui.

Les symptômes
Selon la gravité de l’impact, le spécialiste dresse la longue liste des symptômes liés habituellement aux commotions cérébrales. À court terme, c’est-à-dire dans les heures suivant la commotion cérébrale, les victimes se plaignent surtout d’étourdissements, d’être confus par rapport aux lieux et au temps, d’une perte d’équilibre,de la nausée souvent accompagnée de vomissements, d’une perte de conscience ou non et de maux de tête.

D’autres symptômes persistent durant quelques jours suivant le traumatisme, notamment les troubles de sommeil, les maux de tête persistants, les problèmes d’attention et de mémoire. «Pour ces deux derniers, certains athlètes rapportent même en avoir gardé des séquelles six mois après l’accident», rajoute Dave Ellemberg.

La banalisation des commotions cérébrales s’explique en partie par l’absence de signes apparents, souligne le Dr Alain Ptito, chercheur en neuropsychologie et professeur à l’Université McGill. «Il est plus facile de constater l’inaptitude d’une personne avec un bras cassé comparativement à une victime de commotion cérébrale, où l’on ne voit rien du tout. Visuellement, la personne semble tout à fait correcte. Même les tests neurologiques traditionnels n’indiquent rien d’anormal.»

Meilleurs diagnostics

Or, les impacts des commotions cérébrales sont de mieux en mieux compris grâce aux travaux notamment des docteurs Ellemberg et Ptito. Ils font partie du contingent mondial d’experts qui utilisent un scanner à résonance magnétique fonctionnelle pour mesurer les séquelles à long terme sur le cerveau. Parmi les constats des études, les commotions cérébrales sans perte de conscience restent tout aussi graves que celles avec perte de conscience, avance le Dr Ellemberg. Pourtant, les joueurs eux-mêmes ou les parents ont tendance à nier le problème s’il n’y a pas perte de conscience et à vouloir retourner au jeu le plus rapidement possible. Les risques de subir une seconde commotion cérébrale avec des séquelles plus graves à court et à long terme en sont grandement augmentés.

«Dans les deux situations, on peut maintenant démontrer que les séquelles sont les mêmes et affectent principalement les fonctions du cerveau, explique le Dr Ellemberg. On parle alors de perte ou de ralentissement de la mémoire, de l’attention et de la concentration dont les impacts se font sentir dans la vie de tous les jours, même sur la performance au jeu.»

Dans le cas d’un retour au jeu trop rapide, la vigilance est amoindrie, les réflexes sont moins bons. Surtout si les séquelles de la première commotion ne se sont pas complètement résorbées, indique le Dr Ellemberg. Un athlète devient susceptible d’être victime de commotions cérébrales à répétition, avec comme risque de ressentir les symptômes de façon plus marquée et surtout permanente. Parfois, la gravité des dommages force même un athlète à abandonner sa carrière.

Séquelles sur le cerveau mieux comprises
Les récentes méthodes diagnostiques surveillent précisément les réponses neurophysiologiques à la suite d’une commotion, une première médicale. À l’aide d’électrodes placées sur le cerveau, les spécialistes mesurent l’activité électrique des régions du cerveau afin d’évaluer l’ampleur des dommages.

On a souvent pensé à tort que le cerveau des enfants était malléable, qu’il pouvait mieux récupérer à la suite des commotions cérébrales. Or, c’est tout à fait le contraire selon le Dr Ellemberg. «Les études suggèrent même la présence de dommages encore plus importants au cerveau des jeunes athlètes que chez celui de l’adulte. Pire, les effets de la commotion seraient plus long et les déficits plus importants.»

Le scanner par résonance magnétique fonctionnelle a révélé une surprise à l’équipe du Dr Ptito. Après avoir subi une ou plusieurs commotions cérébrales, certains sportifs se plaignent de souffrir de dépression. Le Dr Ptito a observé dans leur cerveau un pattern d’activation similaire à celui des patients souffrant de dépression majeure dans la population en général.

Tout récemment, le Dr Ellemberg a terminé une étude sur des athlètes retraités dans la cinquantaine et la soixantaine et ayant subi une commotion cérébrale dans la vingtaine. On a comparé ces athlètes à d’autres du même âge qui n’en ont jamais été victime. Les conclusions sont étonnantes. On a remarqué un vieillissement anormal de certaines fonctions cognitives chez les premiers, dont l’attention et la mémoire. Malheureusement, les séquelles d’une commotion peuvent ainsi persister jusqu’à 30 ou 40 ans après l’accident.

Certaines recherches laissent croire à l’apparition prématurée de la maladie d’Alzheimer chez certaines personnes commotionnées, explique Alain Ptito. Jusqu’à 15 % de la population est plus prédisposée à subir des traumatismes crâniens, comme des commotions cérébrales, avec des symptômes persistants.

Prévention
En ce qui concerne la prévention, on a fait de grands progrès, notamment du côté de la Ligue nationale de hockey (LNH) et de la Ligue nationale de football (LNF). Maintenant, continue-t-il, il faut sensibiliser les enfants.

On a mis sur pied des protocoles standards qui prescrivent notamment le retour au jeu au minimum une semaine après la fin des symptômes. Une meilleure convalescence exige un repos de nature cognitive et physique. Selon le Dr Ellemberg, il faut prendre congé des jeux vidéo et même de l’école, pour éviter d’activer le cerveau et les neurones.

On conseille au sportif de faire un retour au jeu très progressif. «Au hockey, par exemple, on recommence en faisant les exercices sans effort majeur, à commencer par la marche, tout en accélérant progressivement jusqu’à la course. On peut aussi pratiquer sans équipement. Si les symptômes réapparaissent, c’est le signe de ralentir à nouveau», suggère Alain Ptito.

Ressources
Les effets à long terme des commotions cérébrales

Combattre les commotions

Étude conjointe Université de Montréal - Hôpital Sainte-Justine sur les commotions cérébrales. Demande de candidats âgés de 6 à 25 ans faisant partie d'une équipe sportive.

Contact: Marie-Claude Poirier
514-343-6111, poste 1 5380
marie-claude.poirier@umontreal.ca

Pour commander le kit sur les commotions cérébrales
Contact: Traumatologie, programme de commotion cérébrale et de retour au sport
Université McGill
514-412-4400, poste 23310

Kit disponible en ligne
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