Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Jacques Hébert, l'art de se battre contre la délinquance

Émission du 21 février 2008

Jacques Hébert est travailleur social et professeur à l’École de travail social à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). C’est aussi un passionné d’arts martiaux depuis de nombreuses années. En 1999, il décide de s’attaquer aux problèmes de violence et d’agressivité chez les enfants et les adolescents. Littéralement! Il décide d’implanter auprès de jeunes d’un quartier défavorisé de Montréal, qui fréquentent l’école primaire Garneau ou l’école secondaire Pierre-Dupuy, un programme d’enseignement du karaté deux jours par semaine. Régulièrement, ces jeunes doivent affronter différentes formes de violence physique et psychologique, comme le taxage, les batailles, le vol, l’intimidation et même parfois la sollicitation sexuelle.

L’origine de ce projet remonte en fait à 1989. Cette année-là, Jacques Hébert défend une thèse de doctorat sur la prévention de l’agressivité juvénile auprès de jeunes difficilement atteignables par des moyens traditionnels. Il propose de jumeler deux disciplines : l’art martial et le travail social. Ces thèmes le touchent personnellement. Il a lui-même grandi dans un milieu ouvrier très dur, en Abitibi-Témiscamingue. «Ma propre trajectoire a été marquée par la violence, au plan familial et à l’école, aussi. J’ai choisi dans ma carrière d’aider des jeunes et leurs familles à se sortir du cycle de la violence.»

Selon M. Hébert, le karaté produit une influence positive marquante, autant chez les filles que chez les garçons. Pour les premières, l’apprentissage des techniques leur donne une plus grande confiance en elles et renforce l’affirmation de soi. «Avec l’entraînement, les filles délimitent une bulle psychologique, une sorte de barrière qui impose le respect face à l’agression. Dans le cas des garçons, l’art martial canalise leur énergie physique et motrice et favorise leur capacité d’attention, de mémorisation et de contrôle de soi.»

L’enseignement d’une technique de combat n’entraîne-t-elle pas justement l’effet contraire, soit d’exacerber des pulsions violentes? Faux, dit Jacques Hébert, pour qui une intervention efficace doit nécessairement combiner la maîtrise des techniques de combat et une éducation morale. Il déplore justement l’absence de réflexion philosophique dans beaucoup d’écoles d’arts martiaux au Québec. Elles ne misent que sur l’enseignement des outils techniques, dit-il. Des évaluations rigoureuses montrent que l’enseignement axé seulement sur cette dimension va plutôt augmenter les problèmes d’agressivité négative chez des jeunes délinquants. «L’art martial incarne bien plus qu’un sport. Le karaté reste une manière d’apprendre le contrôle de soi et surtout d’apprendre à vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres.»

Dans le dojo de Jacques Hébert, tous les jeunes souscrivent à des principes moraux clairement définis. D’abord, on leur enseigne la perfection du caractère, c’est-à-dire comment travailler son propre caractère et maîtriser ses pulsions. Ensuite, les jeunes apprennent à devenir loyaux dans leurs engagements envers eux-mêmes et envers les autres, de même que le respect de soi.

Les bénéfices de l’entraînement peuvent se faire sentir dans le quotidien. Ainsi, Jacques Hébert cite en exemple un jeune garçon qui, après avoir vécu une expérience traumatisante avec des voyous qui l’avaient terrorisé, avait peur d’aller à l’école, peur de s’affirmer et s’était refermé sur lui-même. Devenu adepte des cours de karaté, il s’interpose un jour dans une bagarre et réussit à la faire cesser en parant les coups de l’agresseur qu’il immobilise au sol, sans jamais porter de coups lui-même. Interrogé sur son intervention, il a simplement répondu qu’il devait faire respecter la victime, lui-même et aussi protéger la sécurité de son agresseur. «Pas mal comme réflexion, pour un jeune de 12 ans!»

Avec plus de 30 années d’expérience à côtoyer la délinquance, Jacques Hébert croit qu’au fond les enfants ne sont pas difficiles et que c’est plutôt leur environnement qui l’est. «Ils sont exposés à des milieux violents et ils sont forcés à réagir de différentes façons. Mon objectif vise à les impliquer dans des projets pour leur apprendre à se battre de manière constructive, à mordre dans la vie.»