Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le perfectionnisme, un handicap valorisé

Émission du 6 mars 2008

Dans notre société ultraperformante, le mot perfectionnisme est souvent associé à la réussite, même à la gloire. On croit souvent que les gens qui accomplissent beaucoup de choses, qui connaissent du succès dans leur profession et qui gravissent les échelons sont perfectionnistes. Pourtant, il faut distinguer cette recherche de la rigueur et du travail bien fait, qui peuvent effectivement mener au succès, du perfectionnisme, qui est plutôt, dans le langage psychologique, un trait de la personnalité qui peut être envahissant et devenir problématique pour ceux qui en sont affectés. Les perfectionnistes peuvent bien réussir, mais cela se produit la plupart du temps au détriment de leur équilibre mental. Quand une personne est perfectionniste, ce sont tous les aspects de sa vie qui en sont touchés, que ce soit au plan personnel, familial, dans les amitiés, au travail et même dans les loisirs. Et selon Marie-Claude Pélissier, co-chercheure en chef au Centre d’études sur les troubles obsessifs-compulsifs à l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, les perfectionnistes sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense.

Selon Mme Pélissier, le perfectionnisme se définit comme une attitude visant à tout faire à la perfection. Pour y arriver, une personne se fixe des attentes de performances et de réalisations complètement irréalistes, ce qui engendre un sentiment d’insatisfaction quasi permanent. À l’extrême, les perfectionnistes risquent de souffrir de problèmes physiologiques et psychologiques importants, notamment le stress chronique et l’hypertension.

Comment reconnaître le perfectionnisme?
Le diagnostic arrive souvent par accident, selon Mme Pélissier. «Les gens consultent pour un problème particulier, comme un problème d’anxiété ou de dépression, et quand on tente d’en comprendre les motifs, c’est le perfectionnisme qui en ressort comme le premier facteur.»

Pour Gaétan Charland, le diagnostic est arrivé tard dans sa vie. Pourtant, plusieurs indices étaient présents. «Si on devait partir en voyage, par exemple, il fallait absolument partir à l’heure. Si je n’étais en retard ne serait-ce que de cinq minutes, j’étais stressé. Je commençais alors à imaginer des scénarios catastrophiques, comme rester coincé dans le trafic, bloqué aux douanes ou même rater l’avion!»

Son stress s’accompagnait souvent de symptômes physiques. «Si le plan ne se déroulait pas comme prévu, je ressentais des brûlements d’estomac. À ce point, je n’avais plus aucun plaisir à voyager», raconte-t-il.

Au plan professionnel, son caractère nuisait à ses relations de travail. Dans son désir de contrôle, personne à ses yeux n’était jamais à la hauteur de ses attentes. En tout, il a vu défiler dans son entreprise quatre associés qui ont démissionné les uns après les autres.

Les perfectionnistes se créent eux-mêmes leur stress, selon Gordon Flett, professeur de psychologie à l’Université York et spécialiste de la question. Ils s’imposent une pression interne impossible à supporter. «Quand on vit de cette manière, on ne vit pas en fonction de ses aspirations véritables, mais en fonction d’attentes que l’on s’imagine nécessaires à atteindre», selon lui.

Impacts du perfectionnisme
Il y a différents degrés de perfectionnisme, explique Marie-Claude Pélissier, où les manifestations touchent des attitudes bien particulières et ne posent pas de problème au plan psychologique. Certains chercheurs ont classé le perfectionnisme en sous-catégories. Parmi celles-ci, on trouve le perfectionnisme lié à l’organisation, où tout doit être extrêmement organisé (objets à leur place, listes de tâches au boulot, ordre dans la voiture, etc.).

 

Le cas le plus sévère concerne le perfectionnisme pathologique, où toutes les sphères d’activité d’une personne sont touchées. «C’est vrai particulièrement pour quelqu’un qui entretient des attentes irréalistes envers elle-même et les autres. On parle alors de perfectionnisme interne et externe, explique Mme Pélissier.

Si un perfectionniste s’estime incapable de pouvoir réaliser une tâche à la perfection, la plupart du temps il préfère laisser tomber plutôt que de l’entreprendre, ce qui peut entraîner un sentiment d’échec. «Quand on n’a pas le contrôle sur une activité et qu’on ne peut la réaliser aussi bien qu’on le voudrait, les perfectionnistes comme moi font de l’évitement. On préfère tout simplement l’abandonner plutôt que de risquer une critique négative si on ne réussit pas selon nos critères de perfection», précise Gaétan Charland.

On parle alors d’évitement cognitif. Selon Marie-Claude Pélissier, «Face à l’échec ou à l’incapacité d’atteindre ses objectifs, un perfectionniste se justifie toujours par des excuses. Pour lui, la réussite n’est possible qu’une fois les conditions idéales réunies. Et tant qu’elles ne seront pas en place, il ne pourra y arriver.»

Perfectionnisme – inné ou acquis?
Plusieurs spécialistes relient le développement du perfectionnisme à la fois à la génétique, à l’environnement et au modèle familial. En fait, le perfectionnisme découlerait d’une série de facteurs qui remontent surtout à l’enfance. La famille peut jouer un rôle si les parents étaient perfectionnistes ou très exigeants, explique Gordon Flett. Il peut y avoir aussi des facteurs culturels qui s’ajoutent ainsi que des facteurs liés à l’emploi dans le cas des adultes. Selon le spécialiste, certaines données suggèrent un lien avec la génétique. Le perfectionnisme pourrait être transmis, ce qui expliquerait qu’il serait très répandu dans la famille. «Habituellement, si le père ou la mère est perfectionniste, il y a une plus grande probabilité pour que l’enfant le soit.»

C’est le cas de Valérie Payeur, qui se rappelle avoir toujours été perfectionniste. «Je dirais qu’on l’est ou on ne l’est pas. Dans mon cas, je le suis depuis mon enfance, où mes comportements se reflétaient dans toutes mes activités. Ils ont suivi jusqu’à ma vie d’adulte. Dans l’accomplissement d’une tâche, je m’oblige encore à aller juste un peu plus loin. Toujours en faire plus risque de devenir un problème, parce qu’on n’a plus le goût de lâcher prise. Mais on n’est pas outillé pour y arriver.»

L’accumulation des insatisfactions et les périodes d’angoisse et de stress répétées l’ont poussée à consulter Phobie Zéro, un organisme de soutien pour les personnes aux prises avec des troubles anxieux. «Jusque-là, j’avais toujours survécu grâce à mon tempérament, dit-elle. Mais, à un moment donné, mes angoisses commençaient à miner ma confiance et à m’épuiser. J’étais devenue malheureuse, je ne pouvais plus continuer à fonctionner de cette façon.»

Au plan personnel, sa prise en charge l’a outillée afin d’apprendre à relâcher la pression sur elle et sur les autres. Une démarche tout aussi importante pour préserver ses deux jeunes enfants du modèle perfectionniste auquel ils sont confrontés. «Pour moi, c’est très important qu’ils ne développent pas une attitude perfectionniste poussée, explique Valérie Payette. C’est pourquoi j’apprends à relâcher la pression et j’essaie de doser mon attitude en conséquence envers eux.»

Les perfectionnistes ont une pensée très rigide. Ils s’imaginent être les seuls à savoir comment faire mieux que quiconque. «En général, le perfectionniste entretient des idées fixes sur la manière de faire les choses. Il a également une idée très précise du résultat final, explique Marie-Claude Pélissier. De sorte qu’il devient très difficile de changer ces attitudes-là. D’ailleurs, le perfectionniste ne comprend pas pourquoi les autres ne partagent pas ses idées.»

Les conjoints sont souvent les premiers à en subir les conséquences. Line St-Pierre a dû s’adapter au comportement perfectionniste de son conjoint, Gaétan Charland. «Il y a souvent un décalage entre ses attentes et les miennes», souligne-t-elle.

Les symptômes physiques liées au perfectionnisme
Si la recherche de la perfection entraîne des symptômes psychologiques sérieux, les manifestations physiques ne sont jamais bien loin. Pour Marie-Claude Pélissier, une personne qui exige d’elle-même la perfection doit investir beaucoup de temps et d’énergie pour y arriver. Elle aura tendance aussi à ruminer sur la manière dont les choses devraient se passer. «Dans les cas sérieux, les perfectionnistes vont rencontrer des problèmes de sommeil, d’anxiété et sont même à risque de dépression. À un moment donné, il va se créer un écart entre ce que la personne pense pouvoir atteindre et ce qu’elle observe réellement. Elle commencera alors à se sentir inadéquate ou inférieure à ses attentes.» Selon le psychologue Gordon Flett, poussé à l’extrême, le perfectionnisme est mauvais à bien des égards. En plus des problèmes déjà mentionnés, on retrouve divers effets secondaires comme les maux de tête et les maux d’estomac. Des études récentes ont également démontré un lien possible avec l’hypertension.» Aussi, un grand nombre de perfectionnistes éprouvent un sentiment d’infériorité. Ils peuvent même souffrir de problèmes de l’alimentation, une forme de perfectionnisme lié à l’apparence, continue le psychologue. «En allant trop loin, on se met soi-même en danger.»

Pour Gaétan Charland, tout commentaire négatif avait un impact dévastateur. «Sur une échelle de Richter, mes réactions se sont toujours situées aux niveaux 6, 7 ou 8. Derrière ces réactions, il se cache aussi beaucoup de souffrances, explique-t-il, qui me rendent dans un état d’inconfort et d’anxiété proche de la panique.» Selon lui, il faut avoir vécu des crises de panique pour réellement s’imaginer quelle douleur on peut ressentir. J’avais une peur terrible de perdre la raison et même de mourir.»

Comment guérir le perfectionnisme?
Une évaluation psychologique permet de déceler la présence de comportements perfectionnistes et d’en évaluer le degré. Selon Marie-Claude Pélissier, à partir du moment ou l’on a identifié le perfectionnisme, on peut examiner avec la personne les avantages et les inconvénients d’être perfectionniste. Ensuite, elle en mesurera les impacts sur sa vie. Et à la lumière de sa réflexion, elle décidera si elle a envie de continuer de la même façon ou de changer ses comportements.

Êtes-vous perfectionniste?
Faites le test. Si vous répondez oui à toutes ces questions, vous devriez peut-être chercher de l’aide.
1. Vous ne pouvez arrêter de penser à une erreur que vous avez faite.
2. Vous êtes très compétitif et ne pouvez tolérer de faire moins bien que d'autres.
3. Vous voulez faire les choses très bien ou pas du tout.
4. Vous demandez la perfection aux autres.
5. Vous ne demandez pas d'aide si cette demande peut être perçue comme une lacune ou une faiblesse.
6. Vous persistez à une tâche longtemps après que les autres aient quitté.
7. Vous vous faites un devoir de corriger les gens quand ils se trompent.
8. Vous êtes grandement conscient des demandes et des attentes des autres.
9. Vous êtes très soucieux de ne pas faire de fautes devant des gens.
10. Vous remarquez les erreurs partout.
Source: PsychoMédia

Ressources
Centre d’études sur les troubles obsessionnels-compulsifs et les tics

Clinique d’anxiété de Montréal
http://www.psyanxietemontreal.com

Phobie-Zéro, Fédération québécoise du trouble obsessif-compulsif

Gordon L. Flett - Chaire de recherche du Canada en personnalité et en santé

Gordon L. Flett - Bibliographie (en anglais seulement)