Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Le docteur Pavel Hamet, chercheur passionné et médecin de coeur

Émission du 6 mars 2008

Quand il est arrivé au Québec en 1966 dans le cadre d’un programme d’échange pour les étudiants en médecine,  le docteur Pavel Hamet a été séduit par Montréal et son dynamisme. C’est sa passion de la recherche qui l’amène ici. «Quand j’étais en Tchécoslovaquie, j’aimais tellement le travail en recherche que je dormais dans le laboratoire». Mais les fonds manquent dans son pays. «Dès qu’on demandait de l’argent, on se faisait promettre des fonds dans le prochain plan quinquennal. En bonne administration communiste, cela voulait dire jamais. Alors moi qui voulais tellement faire de la recherche, j’ai décidé que ce qui n’était pas possible à Prague serait réalisable à Montréal.» C’est le docteur Jacques Genest, directeur de l’Institut de recherche clinique de Montréal, qu’il vient tout juste de créer, qui le prend sous son aile et lui offre une bourse.

Son premier grand intérêt, c’est d’abord l’hypertension. En 1975, il crée son propre laboratoire sur les mécanismes de l’hypertension au même institut «C’est le fléau numéro 1, l’hypertension. C’est une maladie qu’on est parfaitement capable de soigner. Et c’est le même fléau dans les pays industrialisés qu’en Afrique. Alors ça unit l’humanité.»

La génétique arrive plus tard dans sa vie. Il s’y intéresse surtout parce qu’elle peut avoir un impact sur des maladies communes, qui peuvent toucher tout le monde. «Il faut accumuler les connaissances entre la génétique et notre environnement pour comprendre ce qui nous rend malade. Ce n’est pas seulement les gènes, ou seulement l’environnement, mais l’interaction des deux.» Le docteur Hamet oriente donc ses travaux vers la génétique, qui permettra, selon lui, de faire de la médecine préventive. Il adopte une approche multidisciplinaire : biologie moléculaire, épidémiologie, génomique. Son rêve est de développer une médecine à la carte pour chacun d’entre nous. «La médecine est la même pour tous. Par exemple, si vous souffrez d’hypertension, on va vous dire de ne plus manger de sel. C’est la même règle pour tout le monde alors qu’en réalité c’est votre bagage génétique qui vous rend sensible au sel et tout le monde n’a pas cette prédisposition. Moi, je rêve d’une médecine sur mesure pour chaque personne. Grâce à la génétique, on va pouvoir faire une médecine préventive individuelle. Par exemple, on va pouvoir offrir à des personnes qui possèdent des gènes de prédisposition à certaines maladies des traitements préventifs qui leur conviennent parfaitement et non pas le même traitement que tout le monde, avec ses effets secondaires, avec souvent son inefficacité.»

À l’heure actuelle, malgré toutes les avancées de la science, il est encore difficile de trouver le bon traitement pour une personne qui souffre d’hypertension. Dans un cas sur deux, le médicament qu’on administre n’est pas efficace. Les médecins ont encore beaucoup de difficulté à trouver les bonnes combinaisons thérapeutiques pour chaque patient. C’est beaucoup de tâtonnements et de temps perdu à chaque fois.

En 2005, le docteur Hamet a annoncé la création d’une banque de données génétiques qui va permettre d’établir des traitements mieux ciblés pour les hypertendus. C’est une avancée majeure parce que cela va permettre de créer des molécules sur mesure pour des groupes ethniques, des familles ou même de simples individus. «Avec cette banque nous avons deux millions d’informations sur chaque personne, vous rendez-vous compte de ce qu’on peut faire dans le domaine de la prévention avec toutes ces informations!»

Cette prévention individualisée, qui représente le dernier rêve qu’il veut réaliser avant de prendre sa retraite, serait vraiment un changement majeur en médecine, selon lui. Mais sa retraite n’est pas pour demain. «Déjà jeune, j’étais très inquiet de m’ennuyer dans la vie.»  Aujourd’hui, plus de 40 ans après son arrivée ici, le docteur Hamet cumule les postes et les honneurs! Il est rattaché au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) où il est directeur de la recherche, chef des Services de médecine génétique, membre des Services d’endocrinologie et directeur du Laboratoire de médecine moléculaire. Il est également professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

 «Ce qui m’allume beaucoup comme chercheur, c’est de voyager et de retrouver au bout du monde des spécialistes qui ont étudié ici et qui sont devenus des chercheurs importants à Tokyo, en Suisse, et ailleurs. Quand je retrouve ces gens qui sont mordus par les mêmes intérêts que moi, qui se posent les mêmes questions très pointues sur la génétique, cela me rend heureux, car ensemble nous pouvons faire avancer la science et, à l’avenir, nous pourrons mieux traiter les maladies et mieux guérir les humains.»

Parmi les récompenses qui l'honorent, mentionnons :


  • Le «Harry Goldblatt Award » de l’American Heart Association pour ses réalisations dans le domaine de l’hypertension artérielle (1990)
  • La Bourse de scientifique émérite de la Société canadienne de recherches cliniques et le Prix de distinction honorifique de la Société canadienne de cardiologie (1996)
  • La Médaille d’excellence en médecine, décernée par L’Actualité médicale en 2000.
  • Le prix Wilder-Penfield, la récompense la plus prestigieuse en médecine accordée par le Gouvernement du Québec (2001)