Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le bonheur

Émission du 21 octobre 2005

On a beaucoup étudié les facteurs responsables de la maladie mentale et de la délinquance. Aujourd'hui, un nouveau courant de la psychologie, la psychologie positive, se penche sur l'étude du bonheur : Qu'est-ce qui rend heureux ? Et son corollaire, comment être plus heureux ? Aux États-Unis, Martin Seligman, président de l'American Psychology Association, est au coeur des recherches. Dans son livre Authentic Happiness, il fait valoir l'importance de découvrir et de développer ses forces individuelles.

Léandre Bouffard

Au Québec, Léandre Bouffard, professeur retraité de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est bien familier avec la psychologie positive. « La notion de buts personnels, mise au point à l'UQTR, est très proche de celle de forces élaborées par Seligman. » Pour favoriser le bien-être, explique Léandre Bouffard, il faut développer ses forces. Seligman a élaboré une liste de 24 forces universelles, qui sont en fait des forces désirables du caractère. Parmi ces forces, on retrouve la justice, la bienveillance, le pardon, l'humour, la curiosité intellectuelle, la spiritualité, etc. Il appartient à chacun d'identifier ses propres forces et de les développer.

Léandre Bouffard a aussi traduit FLOW, le plus connu des livres de Mihaly Csikszentmihalyi, psychologue et professeur à l'université Claremont. « Son concept de FLOW, ou d'expérience optimale, décrit un individu qui vit un état intense de concentration et cet état lui procure du bonheur. Qu'il s'agisse de donner une conférence, de se défoncer sur une pente de ski ou encore de rencontrer un copain, si l'activité fait partie de ce que l'individu privilégie, si elle demande une concentration et si elle nécessite certaines habiletés, le bonheur est au rendez-vous.»

Il y a un facteur génétique au bonheur, c'est indéniable. Certains chercheurs parlent de 50 %; d'autres avancent 60 %. Mais on ne peut pas le démontrer. « Je ne pense pas que le facteur génétique agisse directement sur notre comportement. Pour moi, l'hérédité n'est pas une fatalité. C'est un potentiel de bonheur. L'individu peut apprendre des habiletés et développer des attitudes qui conduisent au bonheur. Par exemple, l'optimisme et la sociabilité sont deux facteurs liés au bonheur. »

Léandre Bouffard parle d'une enquête publiée par le magazine américain Fortune auprès des gens les plus riches dans le monde. Il s'est avéré que sur l'échelle du bonheur, ces fortunés avaient à peine quelques dixièmes de point de plus que les autres. « Ce qui procure le plus de bonheur, c'est le fait de réaliser des projets qui nous sont chers. Car lorsque je me réalise, je me développe et je fais du bien autour de moi. »

Alain Dagher

Alain Dagher est neurologue et professeur au Département de neurologie et neurochirurgie à l'Université McGill. Pour lui, relier le bonheur à des neurotransmetteurs est simpliste. Il y a tellement de paramètres qu'il est délicat de vouloir localiser le bonheur dans une zone spécifique du cerveau. Il ne nie cependant pas que la prédisposition au bonheur soit en partie dictée par l'hérédité.

Cela dit, on commence à comprendre les circuits que le bonheur emprunte dans le cerveau. Il existe différentes parties du cerveau qui s'activent lorsqu'on ressent du plaisir. À l'aide de scans, on peut même voir de quel type de bonheur il s'agit. Est-ce que ce sont des plaisirs liés à la nourriture, à la drogue ou au bien-être ? S'il y a sécrétion de dopamine, il s'agit d'un bonheur lié à l'accomplissement; s'il y a sécrétion d'opioïde, il s'agit d'un bonheur relié aux sensations.

Et le cerveau est activé par ce qui nous emballe et nous caractérise. Par exemple, si on installe un passionné de timbres dans un scanner et qu'on lui montre des images de timbres très rares, il réagira fortement. Par contre, si on montre les mêmes images à une personne qui ne s'intéresse pas aux timbres, le cerveau n'aura pas de réaction.

Michel Abitbol

Michel Abitbol est le fondateur des clubs de rire du Québec. On en dénombre 8 dans la province et 12 au Canada. Chacun des ateliers dure 45 minutes. Ici, les participants découvrent qu'ils peuvent apprendre à rire sans raison. Qu'ils peuvent apprendre à simuler le rire. Avec de la pratique et du temps, le corps prend le dessus sur l'intellect. Une façon de faire qui va à l'encontre du cheminement normal de la vie. « En vieillissant, le rire devient plus cérébral. » Or, le participant découvrira tout au long des ateliers sa capacité à émettre un rire presque enfantin.

Apprendre à rire n'est pas dénué de sens. C'est mettre en perspective, prendre du recul par rapport aux événements dans nos vies, qu'ils soient dramatiques, stressants ou incontrôlables. Pour Michel Abitbol, « ça signifie prendre la vie avec légèreté, ou encore, mettre plus de légèreté dans sa vie. C'est aussi mettre de la gaieté, de la joie et s'employer à la diffuser. Car le rire a pour effet de propager l'énergie positive autour de soi. »

Les bienfaits physiques du rire sont clairement établis par les chercheurs. Michel Abitbol avance que le rire s'apparente au yoga. Lorsqu'une personne rit, peu importe qu'il s'agisse d'un rire forcé ou authentique, les réactions physiques sont les mêmes : le diaphragme va masser les intestins, l'estomac et tout le système digestif. Il renforce le système immunitaire, libère la cage thoracique et sécrète de l'endorphine. Enfin, le rire remplit une double fonction : il est à la fois calmant et euphorisant.

Outre l'apprentissage du rire sans raison, le participant s'emploie à adopter une attitude et un comportement joyeux pour mieux habituer son corps à cette manière d'être. Puis, il comprend qu'il doit diffuser cette joie intérieure aux autres. « Le bonheur doit se partager. Quand on commence à diffuser la joie, inévitablement on rayonne, on amplifie la lumière. C'est comme une bougie qui sert à allumer une autre bougie. La joie c'est la même chose. »

Alain Stanké

Concepteur et animateur des Insolences d'une caméra, Alain Stanké est aussi écrivain, auteur de 267 ouvrages, journaliste et éditeur. À 70 ans passés, il garde cette capacité de s'émerveiller à chaque instant de la vie. La philosophie du bonheur chez Alain Stanké se résume à trois mots : « C'est de vivre! » À deux reprises, à l'âge de 5 ans, puis 10 ans, il échappe à la mort. « J'ai compris que je devais vivre chaque journée comme si c'était la dernière de ma vie. »

En fait, poursuit Alain Stanké, on est tous en quête de bonheur. On veut tous être heureux. Malheureusement, plusieurs ont l'impression qu'ils ne seront heureux que lorsqu'ils auront obtenu ce qu'il leur manque. « Nos sociétés de consommation nous dictent continuellement ce message. En bout de ligne, on finit par croire que si on avait cette chose, on serait heureux. Or le bonheur ne s'achète pas. Ça se vit. Ça se désire! Ça me fait penser à une blague. C'est un gars qui monte avec une femme. Devinez quand est-ce qu'il est le plus heureux ? Lorsqu'il monte l'escalier. »

Et il poursuit : « C'est nous qui faisons notre propre bonheur en apprenant, entre autres, à apprivoiser les imprévus. Et pour être heureux, il faut choisir de diriger sa vie plutôt que de la subir. Or cette attitude exige nécessairement de se connaître, de savoir ce que l'on veut, et aussi ce que l'on ne veut pas.»

Autre clé du bonheur pour Alain Stanké : « Ne rien prendre au sérieux. Ou alors prendre les événements avec un grain de sel. Car l'essentiel est d'apprendre à rire de soi et d'en rire avec les autres. Et puis, faire rire les autres. Pour moi, faire rire quelqu'un c'est une source de bonheur! » Ses plus grands cobayes ? Ses enfants. «Je les faisais beaucoup rire. Et s'ils résistaient, je poursuivais jusqu'à ce qu'ils craquent. J'ai sans doute appris ça de mes parents. Mon père était un joueur de tours et ma mère rigolait sans arrêt. »

Enfin, le bonheur pour Alain Stanké c'est aussi s'émerveiller. « Le bonheur, c'est quelqu'un qui se trouve en présence d'un serpent venimeux dans une pièce. S'il ne veut pas mourir, il doit rester alerte à tous les instants. Et le fait de vivre en état d'alerte à tout moment signifie, pour moi, de ne jamais perdre le sens de l'émerveillement. »