Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les vertus du soya

Émission du 20 mars 2008

«Je sais que le soya peut nous protéger contre le cancer, mais combien faut-il en manger pour profiter pleinement de son efficacité?»

Notre expert cette semaine, Richard Béliveau, Ph.D., professeur, chercheur, directeur du Laboratoire de médecine moléculaire au service d’hémato-oncologie du Centre de cancérologie Charles-Bruneau de l’Hôpital Sainte-Justine et titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer à l’UQAM et auteur du livre Les aliments contre le cancer et Cuisiner avec les aliments contre le cancer.

Quels sont les effets protecteurs du soya contre certains types de cancer?
Le soya a la propriété de contenir des isoflavones, aussi appelées phytoestrogènes, qui sont des molécules d’oestrogènes d’origine végétale. Comme leur nom l’indique, elles jouent un rôle similaire aux hormones sexuelles féminines. Il y a certains types de cancer du sein et de la prostate qui sont hormono-dépendants, dont le développement est lié à la prolifération des hormones sexuelles, notamment de l’estrogène, une hormone habituellement présente en quantité normale dans le corps. Les estrogènes sont de puissants stimulateurs de la croissance des tissus et une trop grande quantité de ces hormones dans le sang peut provoquer une croissance incontrôlée des cellules cancéreuses, donc générer un cancer. Le principal effet anticancer du soya implique la participation des phytoestrogènes, dont le rôle est justement d’empêcher l’estrogène d’activer la multiplication des cellules cancéreuses. On parle alors d’un effet antiestrogénique, que l’on définit en pharmacologie comme étant un effet antagoniste de récepteurs, qui se résume à une réaction qui empêche la suractivation des cellules cancéreuses, donc le développement du cancer.

Quelles sont les preuves scientifiques à l’appui de l’effet protecteur et anticancer du soya?

Il faut rappeler qu’au Japon, où la consommation du soya est très répandue, les femmes ont 600 fois moins de chance de développer un cancer du sein que les Nords Américaines. Du côté des hommes, les Japonais sont 25 fois moins à risque que les Nord Américains de développer un cancer de la prostate. Quand les Japonais immigrent en Amérique du Nord, le taux de cancer du sein quadruple et le taux de cancer de la prostate décuple, dû simplement aux changements de leurs habitudes de vie. Les épidémiologistes croient que c’est la consommation plus importante de soya au Japon qui constitue un facteur de protection contre ces types de cancer.

Combien faut-il en consommer par jour pour profiter de leurs effets protecteurs?

Actuellement, les Occidentaux en consomment moins d’un mg par jour, alors que les Japonais en mangent entre 20 et 40 mg quotidiennement, soit par exemple entre une demi et une tasse de fèves de soya. L’ensemble des effets mesurés en clinique parmi la population humaine se détecte à partir d’une consommation quotidienne de 10 mg d’isoflavone, une composante végétale qui agit dans l’organisme à la manière des hormones naturelles que sont les oestrogènes. Idéalement, il faut viser une consommation moyenne évaluée entre 10 mg et 40 mg d’isoflavones par jour. Les études publiées cette année font état de l’effet dose-réponse du soya. Cela signifie qu’en doublant la quantité de soja consommée quotidiennement, on double aussi la réduction de l’incidence du cancer En pharmacologie, un tel effet représente une excellente nouvelle pour un produit donné.

Pourquoi bénéficie-t-on plus des bénéfices du soya si on en consomme en bas âge?
Les données les plus probantes ont surtout montré que ce sont les jeunes femmes qui consommaient du soya avant leur puberté qui avaient une incidence forte de réduction du cancer du sein.

L’effet protecteur est probablement associé à la montée des hormones sexuelles lors de l’adolescence. On sait aussi qu’un cancer prend des décennies à se développer, entre 20 et 30 ans en moyenne. Un cancer du sein qui se manifeste à 50 ans a commencé à se développer à 15 ans et c’est la même chose pour le cancer de la prostate. La majorité des cancers chez l’être humain sont d’origine monoclonale, c’est-à-dire qui sont causés par une seule cellule. Quand on commence à consommer du soya très jeune, avant la puberté, on réduit la montée des œstrogènes à la puberté, donc la sélection clonale des cellules précancéreuses qui vont à 40, 50 ans vous donner un cancer.

 

Quels sont les effets bénéfiques du soya si on en consomme plus tard dans la vie?
Les études faites ces dernières années aux États-Unis ont montré également une réduction de l’incidence du cancer chez la femme adulte qui consomme du soya. Il faut se rappeler que le soya n’est pas un remède miraculeux pour vaincre le cancer. Mais on évalue son efficacité à réduire l’incidence du cancer autour de 20 à 30 %, un taux de succès énorme et de loin supérieur à plusieurs médicaments contre le cancer.

Quelles sont les sources de soya qui permettent la meilleure protection contre le cancer?
Les Occidentaux ont surtout tendance à prendre des suppléments de soya ou bien à consommer des aliments à base de soya comme des hot-dogs de tofu. Ces derniers sont fait de farine de soya et ne contiennent qu’une quantité négligeable de phytoestrogènes si on compare à ce que contient la fève de soya entière. Il faut consommer du soya comme le font les Japonais ou les Chinois, soit sous forme de fèves rôties, semblables aux arachides, de fèves edamame, de fèves de soya entières bouillies et, bien sûr, sous forme de tofu. Contrairement à ce qu’on pense, le lait de soya n’est pas consommé en Asie. Il représente à peine 5 % de toute la consommation de soya. La concentration de phytœstrogène contenue dans le lait de soya correspond au dixième de celle contenue dans une fève rôtie. Donc, le lait de soya n’a aucune propriété anticancéreuse.

Pourquoi êtes-vous contre les suppléments d’isoflavones?
C’est la quantité de phytoestrogènes contenue dans les suppléments qui est problématique. On en retrouve des concentrations pouvant atteindre jusqu’à 100 mg par dose, l’équivalent d’une quantité de 4 à 5 fois supérieure à la consommation quotidienne des Japonais. À doses très élevées, les phytoestrogènes ont un effet pro-estrogénique, c’est-à-dire qu’ils pourraient favoriser l’apparition des cancers. Dans notre jargon, on dit toujours que c’est la dose qui fait le poison.

Pour trouver les meilleures sources de soya possibles, quelle est la règle à suivre?
Rappelez-vous de toujours rester proche de la source possible, c’est-à-dire de privilégier l’aliment brut plutôt que le supplément. Plus on s’en éloigne, plus on absorbe un produit dénaturé. Il ne s’agit pas de forcer la consommation de soya. Il fait partie d’une alimentation santé dont il faut tenir compte. Mais il ne faut pas réduire notre perception de la santé uniquement à la consommation de soya.

Ressources
Bibliographie Richard Béliveau
Richard Béliveau et Denis Gingras, Les aliments contre le cancer, Trécarré, 2005, 216 pages
Richard Béliveau et Denis Gingras, Cuisiner avec les aliments contre le cancer, Trécarré, 2006, 274 pages.

Page personnelle de Richard Béliveau