Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition
Diffusion :
jeudi 20 h
Rediffusion :
mercredi 14 h 30
Durée :
60 minutes

Du 10 avril au 6 septembre 2014

Le portrait

Dr Alain Vadeboncoeur, urgentologue et auteur de théâtre

Émission du 20 mars 2008

Le docteur Alain Vadeboncoeur est un homme-orchestre. Chef de l’urgence à l’Institut de cardiologie de Montréal, président des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, bassiste et pianiste dans ses loisirs, c’est aussi un amateur de jazz et un passionné de la langue française. Quand il n’occupe pas l’avant-scène de l’urgence, il lit et écrit, surtout. Il vient tout juste de terminer l’écriture d’une pièce de théâtre, Sacré-Cœur, en collaboration avec son copain d’enfance, le comédien et metteur en scène Alexis Martin. Rien d’étonnant, l’œuvre de fiction se déroule à l’urgence, avec comme personnage principal… un urgentologue.

Il s’est bien sûr inspiré de sa propre expérience. Son «métier principal», il le décrit comme une médecine de la phase aiguë, des premières minutes ou des premières heures de certains états critiques. «Dans une pratique normale, on est en terrain de connaissance. Le médecin peut prendre un peu de temps pour parler et examiner son patient. À l’urgence, on n’a que 5 à 10 minutes pour prendre un ensemble de décisions complexes et cohérentes pour sauver une vie», explique-t-il.

L’idée de pratiquer la médecine n’a pas été pour lui une vocation précoce. Au moment d’arrêter son choix de cours universitaire, il hésitait entre les mathématiques et la médecine. À peine quelques minutes avant l’échéance des inscriptions, il tranche pour la médecine. Un métier dont il dit aujourd’hui retirer beaucoup humainement, depuis toutes ces années où il entretient un contact quotidien avec la détresse humaine et les gens en crise, ce qui lui a donné le désir de transposer ces histoires au théâtre.

L’idée d’écrire cette pièce, une intrigue tissée autour de la mort,commence par une anecdote personnelle. Un jour, il assiste à un spectacle dans lequel joue Alexis Martin. Dans une scène, un personnage meurt. Le Dr Vadeboncoeur est estomaqué : ce n’est pas comme ça qu’on meurt, se dit-il! «On se rappelle la mort de personnages célèbres, surtout la phrase poussée dans le dernier soupir qui reste immortalisée dans l’Histoire. Pourtant, les choses ne se passent pas comme cela, surtout dans les cas de mort subite. Le langage s’arrête brusquement. Autrement, quand les patients sont très malades, les fonctions s’éteignent graduellement et le patient perd toute relation avec son environnement. La mort est plutôt terne quand on la considère de ce point de vue-là. Surtout comparé aux scènes spectaculaires auxquelles le cinéma nous a habituées!». Pour le Dr Vadeboncoeur, sa pièce est un travail de mémoire, une manière d’immortaliser les événements vécus en 18 ans de pratique.

Il s’intéresse aussi au rapport qu’entretiennent les Occidentaux avec la mort. Avant, on exposait la personne décédée chez elle, dans son environnement, dit-il. Aujourd’hui, la mort est beaucoup trop médicalisée. À l’hôpital, on ne permet pas aux proches de vivre ce moment extrêmement intense. Il se rappelle entre autres d’une famille qu’il a côtoyée qui tenait à assister aux manœuvres de réanimation de leur père mourant. Durant l’intervention, ils ont pu se familiariser avec la mort et avoir ainsi l’occasion de faire la transition, de la personne en santé chez elle jusqu’au patient admis à l’hôpital puis enfin à la personne décédée. Une expérience déterminante pour cette famille qui a tenu à remercier l’équipe de l’urgence en envoyant des fleurs.

La médecine reste avant tout un métier d’observation, souligne Alexis Martin. Une position privilégiée pour observer la physique des corps, mais aussi le langage et le discours. «Quoi de mieux pour un écrivain, quelle nourriture incroyable pour écrire!»

Ressources
Pièce Sacré-Cœur
Présentée du 25 mars au 19 avril, à l’Espace libre
www.nte.qc.ca