Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Syndrome métabolique: les dessous de la graisse abdominale

Émission du 27 mars 2008

Le surpoids est en train de devenir le problème de santé publique numéro un partout dans le monde, mais particulièrement en Occident, où les habitudes de vie se dégradent continuellement. Une alimentation déséquilibrée et la sédentarité en sont les principaux responsables. Nos connaissances sur le sujet deviennent beaucoup plus pointues. Les autorités sanitaires reconnaissent par exemple aujourd’hui que la petite bedaine, jugée normale au tournant de la quarantaine, cache en réalité plusieurs symptômes aggravants pour la santé. En 1998, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) les reconnaît et leur donne un nom : le syndrome métabolique. Selon les statistiques, un Canadien sur quatre en serait atteint. Le problème est sérieux et surtout insidieux. Les hommes sont les plus à risque d’en souffrir, mais il menace aussi les femmes dans la cinquantaine.

Comme son nom l’indique, le syndrome métabolique n’est pas une maladie en soi, mais bien un syndrome, c’est-à-dire qu’on estime qu’une personne en est atteinte lorsqu’elle présente plusieurs symptômes identifiés cliniquement qui, associés, sont dangereux pour la santé. Le tour de taille est le principal signal d’alarme de la présence du syndrome métabolique. Une personne bedonnante est plus à risque de développer le diabète de type 2 et de connaître une augmentation de triglycérides dans le sang et d’hypertension, toutes des prédispositions aux maladies cardiovasculaires. Selon le Dr Ian Janssen, chercheur et professeur adjoint à l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, il importe peu qu’une personne soit obèse ou non. Du moment où elle a un fort tour de taille, le risque qu’elle soit atteinte du syndrome métabolique est triplé.

Diagnostic du syndrome métabolique
Pour la Dre Élaine Letendre, chef du service de médecine métabolique au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) – Hôpital Notre-Dame, le diagnostic du syndrome métabolique doit comprendre au moins trois des critères suivants :

- Tour de taille augmenté. L’obésité abdominale est déterminée par le tour de taille d’un individu et diffère selon le sexe : supérieure à 88 cm (35 po) chez les femmes et supérieure à 102 cm (40 po) chez les hommes.
- Tension artérielle élevée : supérieure à 130 mm Hg/85 mm Hg.
- Niveau de sucre dans le sang élevé, à la limite du diabète, égale ou supérieure à 6,1 mmol/l ou 110 mg/dl. On la mesure grâce à un test effectué à jeun.
- Niveau de bon cholestérol (HDL) trop bas : inférieur à 1,0 mmol/l (39 mg/dl) chez les hommes et à 1,2 mmol/l (46 mg/dl) chez les femmes.
- Niveau de triglycérides (LDL) élevé : égal ou supérieur à 1,7 mmol/l ou 150 mg/dl.

La graisse abdominale
Pourquoi la graisse abdominale est-elle plus dangereuse que celle répartie ailleurs sur le corps? C’est que le tissu adipeux intra-abdominal est métaboliquement très actif et libère une grande quantité d’acides gras. Ceux-ci voyagent directement vers le foie et stimulent la production de sucre. Cette réaction favorise les dépôts graisseux dans les muscles et le cœur et provoque des désordres métaboliques comme l'insulinorésistance et la lipotoxicité. La graisse ne s’accumule pas de façon homogène partout sur le corps. Chez les femmes, on remarque surtout une accumulation de gras autour des fesses et des cuisses. À cet endroit, elle est sans danger pour la santé, contrairement à la graisse abdominale dans le cas du syndrome métabolique. À ce titre, les hommes sont plus à risque.

La résistance à l’insuline ou l’insulinorésistance est la première cause du syndrome métabolique. Le pancréas produit de l’insuline qui assure la régulation du taux de sucre dans le sang. Quand les cellules deviennent insulinorésistantes, elles n’absorbent plus bien le glucose, qui se retrouve alors en trop grande quantité dans le sang. Pour corriger la situation et maintenir un taux de sucre adéquat, le pancréas doit toujours produire plus d’insuline. Un jour ou l’autre, le pancréas n’arrive plus à compenser et le taux de sucre dans le sang devient trop élevé.

Un taux de sucre élevé augmente les risques de maladie cardiovasculaire, car il peut faire augmenter les taux de triglycérides. Les triglycérides sont déjà présents dans l’organisme et se trouvent aussi dans notre alimentation. Ils proviennent entre autres de la consommation de sucre et d’alcool. Les aliments préparés en restauration rapide sont particulièrement riches en triglycérides. On pense aux aliments riches en lipides (gras), dont les aliments frits ou qui contiennent beaucoup de gras et de sucre. Dans l’esprit des gens, explique la Dre Letendre, les gens qui présentent un taux élevé de triglycérides disent souffrir de problème de cholestérol. Pour elle, il faut surtout parler de problème de triglycérides qui, comme tous le gras, peuvent entraîner de l’hypertension. L’hypertension peut à la longue provoquer l’artériosclérose, c’est-à-dire un rétrécissement des artères et, éventuellement, leur blocage.

Les risques qu’entraîne le syndrome métabolique pour la santé ne se limitent pas aux maladies cardiovasculaires. En plus de constituer un facteur de risque du diabète, le syndrome métabolique est aussi associé aux trois grandes pathologies typiques des maladies coronariennes, comme l’angine de poitrine, l’infarctus et les accidents cérébrovasculaires (AVC). «Le syndrome métabolique est banalisé, parce qu’il est sous diagnostiqué, explique-t-elle. Il faut vraiment sensibiliser le corps médical à l’existence de cette problématique, à en comprendre la gravité et surtout à l’importance de la traiter. Surtout quand on sait la facilité avec laquelle le syndrome métabolique peut être renversé.» 

Couper dans la graisse… abdominale!
Les personnes à risque ont toutes les raisons d’être optimistes, puisque la graisse abdominale se perd beaucoup plus facilement que celle accumulée ailleurs dans le corps. La solution la plus efficace consiste à perdre du poids. Selon la Dre Letendre, pour la plupart des personnes à risque ou même diagnostiquées avec le syndrome métabolique, il suffit de perdre de 5 à 10 % de sa masse corporelle totale pour abaisser le taux d’insuline, diminuer la pression sanguine et, par le fait même, réduire les risque du diabète. Les gens avec un surpoids important devront faire des efforts supplémentaires pour ramener leur tour de taille dans la zone santé.

Selon La Dre Élaine Letendre, 30 % de notre poids est déterminé par des facteurs génétiques. Le reste est plus conditionné par des facteurs environnementaux, comme les habitudes alimentaires et l’activité physique. La perte de poids ne vise pas à répondre à des normes de minceur comme celles fixées par la mode, précise la Dre Letendre. Il faut surtout viser un poids santé. Le poids santé n’est pas une valeur absolue et commune pour tout le monde. Selon la nutritionniste et co-auteure du livre Mangez, Guylaine Guèvremont, certaines personnes sont naturellement plus enrobées que la moyenne. Pourtant, elles présentent un bilan de santé parfait.

Comment perdre les kilos en trop?
À l’évidence, la sédentarité et les mauvais choix alimentaires sont liés au surpoids. Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires et les nutritionnistes nous le font savoir à grand renfort de publicités et de campagnes de sensibilisation. Or, si une diète équilibrée est le passage obligé pour garder la santé, la grosseur des portions est aussi une donnée essentielle à tenir compte dans nos habitudes alimentaires. Récemment, plusieurs études ont fait valoir l’impact des portions dans le maintien d’un poids santé. 

Des chercheurs ont spécifiquement étudié nos comportements et notre rapport à l’alimentation. Le Dr Brian Wansink est professeur et chercheur en marketing nutritionnel à l’Université Cornell aux États-Unis. Il a publié en 2007 le livre Mindless Eating, qui fait autorité auprès des nutritionnistes. Dans son livre, il a passé au crible tous les facteurs environnementaux qui influencent notre façon de manger. Ses constats ont de quoi étonner.

La nutritionniste et journaliste au magazine Protégez-Vous, Stéphanie Côté, s’est penchée sur l’étude de M. Wansink. Le chercheur a évalué qu’à notre insu, nous prenons à tous les jours plus de 200 décisions liées à notre alimentation. «Essentiellement, son message se résume à prendre conscience de toutes ces décisions-là pour mieux choisir les aliments, surveiller les quantités et, en même temps, contrôler le poids et la santé de manière générale.»

Brian Wansink a, entre autres, dressé toute une liste d’éléments qui contribuent à nous faire manger plus. En tête de liste, on y trouve les amis, la famille, les couleurs, les textures et les formats et les circonstances, entre autres. «Une personne mange 35 % plus d’aliments quand elle partage son repas avec d’autres personnes. Plus le groupe est nombreux, plus grande est la gourmandise», précise Stéphanie Côté.

En fait, nous ignorons la plupart du temps nos signaux de satiété et mangeons très souvent de manière automatique. L’équipe du Dr Wansink l’a prouvé par une expérience tout aussi révélatrice qu’étonnante. Les chercheurs ont réuni plusieurs volontaires à qui on a servi des bols de soupe. Le groupe était divisé en deux. Dans le premier groupe, chacun recevait une quantité normale de soupe, soit 9 onces. On servait au deuxième groupe de la soupe dans un bol sans fond, relié par siphon à un chaudron qui ne se vidait jamais. Tous les participants devaient respecter la consigne de vider le contenu du bol au complet. Étonnamment, les gens au bol sans fond ont mangé de la soupe pendant 20 minutes sans s’arrêter.

L’ignorance de la satiété est maintenant reconnue comme l’un des principaux facteurs entraînant le surpoids. C’est pourquoi les nutritionnistes insistent aujourd’hui sur l’importance de réapprendre à reconnaître les signaux de la faim et de la satiété. La première étape pour y arriver consiste à inscrire ses habitudes alimentaires dans un journal de bord. Pour Guylaine Guèvremont, cela permet de prendre conscience de sa propre relation avec la nourriture et de réaliser quelles sont ses mauvaises habitudes alimentaires pour ensuite mieux les corriger.

Le journal de bord permet ensuite de se poser les bonnes questions sur ses habitudes alimentaires, explique la nutritionniste. «Est-ce que je mange par ennui ou pour me rassurer? Ces indications sont nécessaires pour réapprendre à reconnaître les signaux et les différentes sensations qui sont vraiment des indicateurs de la faim.» Pour y arriver, Guylaine Guèvremont suggère un truc facile. Il suffit de commencer par manger plus souvent des petites portions et à en laisser dans son assiette. Ensuite, la personne attend et observe si les signaux de la faim reviennent.

La silhouette de mannequin ne deviendra pas la norme, explique la Dre Letendre. Le message principal reste d’éviter d’accumuler de la graisse autour de la taille. Surtout avant d’atteindre la quarantaine, il faut absolument éviter de banaliser la petite bedaine et de réagir tout de suite. Comment faire? Les spécialistes de la santé, la clinique étasunienne Mayo en tête, suggèrent un changement radical dans les habitudes de vie. À commencer par intégrer entre 30 à 60 minutes d’activités physiques d’intensité moyenne dans les habitudes quotidiennes (marche rapide, jogging, vélo, etc.) Une perte de poids de 5 et 10 % de sa masse totale suffisent à réduire l’insulinorésistance. Le tout combiné à une alimentation saine et équilibrée qui tient compte aussi des quantités reste une approche efficace contre le syndrome métabolique.

Ressources
Extenso - Centre de référence sur la nutrition humaine
www.extenso.org

Équilibre - Groupe d'action sur le poids
www.equilibre.ca

Site du livre Mangez

Passeport Santé - Dossier sur le syndrome métabolique

National Cholesterol Education Program - Syndrome métabolique (en anglais)

Brian Wansink, Mindless Eating - Why We Eat More Than We Think