Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'obésité, à qui la faute?

Émission du 18 septembre 2008

Conséquence? Les personnes obèses se sentent de plus en plus ostracisées, pointées du doigt, jugées comme irresponsables... On parle beaucoup du problème de l’obésité, mais rarement de la souffrance de ceux qui en sont atteints. L’obésité est devenu un lourd fardeau à porter.

«J’ai l’impression que la société considère les personnes obèses comme des paresseux, des gens qui n’ont pas de volonté, qui ne se prennent pas en main et se laissent aller», témoigne Geneviève Hélie, qui se décrit plutôt comme une jeune femme dynamique et fonceuse, en dépit de son surplus de poids.

Pendant de nombreuses années, le regard des autres a miné sa confiance en elle, au point de se faire envahir par la culpabilité. Se faire «traiter de grosse» - littéralement, et ce, à répétition – n’est pas bon pour l’ego de quiconque! Avant d’entreprendre une psychothérapie, Geneviève avait oublié qu’elle était, après tout, quelqu’un de bien…

«Le regard des autres nous affecte plus à certaines périodes de notre vie», pense Luce Moreau. À l’adolescence ou comme jeune adulte, on veut vraiment correspondre à une certaine image. Dans les magazines, c’est très rare de voir des mariées rondes! Je suis devenue très mince à cette époque-là. Mais même à 145 livres et à 5 pi 8 po ½, j’étais encore considérée comme de forte taille parce que j’avais une bonne largeur d’épaule!»

Pose-t-on un regard différent sur les hommes? D’aussi loin qu’il se souvienne, Camillo Zacchia a toujours eu un problème de poids. Mais, dans sa famille, être bien en chair était plutôt associé à un signe de bonne santé! «Mes parents ont vécu la Deuxième Guerre mondiale, ils ont connu les privations. Pour eux, la nourriture représentait la bonté de la vie! Alors quelqu’un qui n’en manquait pas était quelqu’un de bien! Mais ce qui était bon dans le passé est devenu un problème aujourd’hui.»

De fait, nous vivons à une époque de surabondance; l’offre de nourriture s’étale partout, en vitrine comme dans les magazines, tandis que le diktat de la minceur demeure... À l’épicerie, l’étalage des publications parle de lui-même…«Consommez, mangez, mais soyez mince! C’est un message contradictoire! Il ne faut pas se surprendre que les femmes soient mal dans leur tête!», s’exclame Louise Mercure, psychologue spécialisée en troubles alimentaires.

Conséquences? Le recours aux régimes draconiens et à l’entraînement physique excessif pour brûler toutes ces encombrantes calories… Plus souvent qu’autrement, les pertes de poids sont limitées, et surtout temporaires. Contre la culpabilité, il n’existe aucune pilule miracle qui fonctionne…

De la génétique à la pollution
Aujourd’hui, de plus en plus de spécialistes de la santé reconnaissent que l’obésité n’est pas qu’un problème individuel, mais aussi un problème social. Qu’on se le dise, nous vivons dans un monde… «obésogène». Notre mode de vie encourage, d’une part, la sédentarité et, d’autre part, la surconsommation de nourriture.

L’influence de la génétique est aussi un facteur souvent négligé, estime Angelo Tremblay, professeur-chercheur en physiologie et nutrition à l’Université Laval. «Indépendamment de leur mode de vie, certaines personnes vont pouvoir rester minces, alors que d’autres vont maintenir un niveau naturel de corpulence, ce qui correspond à leur poids santé.»

Les chercheurs explorent également de nouvelles hypothèses, dont celle… du manque de sommeil! «Depuis quelques décennies, on dort moins, explique Angelo Tremblay. Ce qui semble avoir un effet sur le contrôle de l’appétit, sur le niveau de certaines hormones qui affectent notre désir de manger. Résultat : La personne qui dort peu a peut-être plus faim et mange peut-être davantage, favorisant ainsi un surplus de poids.»

Autre piste de recherche : l’impact de la pollution. Les polluants chimiques stockés dans nos graisses nuiraient au bon fonctionnement des hormones qui régulent la dépense énergétique. D’ici à ce qu’on comprenne mieux les mécanismes de l’obésité, ceux qui en souffrent plaident pour une plus grande acceptation. Et peut-être pour un peu de soutien… «Pourquoi a-t-on développé l’idée de bourrer tout le monde, de remplir tous les plats?, questionne Camillo Zacchia. Si les trios, les spéciaux, toutes les portions qu’on recevait étaient plus raisonnables, ça nous aiderait beaucoup!»

Faudrait-il réglementer l’offre de malbouffe? Après tout, la diminution du tabagisme n’est-elle pas directement liée à la création d’un environnement sans fumée? «Perdre du poids, et le maintenir, c’est plus difficile que d’arrêter de fumer, tranche Louise Mercure. Manger, c’est un geste qu’on doit poser tous les jours. Le contrôle est donc moins facile… et il y a la notion de plaisir, celui de manger.» D’où l’importance d’un message axé sur le plaisir et la santé, plutôt que la privation.

«Se dire qu’il faut maigrir, c’est une pression négative, poursuit la psychologue. Mais si j’essaie de m’améliorer, de me sentir bien… Si je marche un peu plus, je suis bien dans ma tête, je suis bien dans mon corps. Je serai mieux avec MOI. Et non pas pour faire plaisir à mon chum, à la société, à mon patron, à mon médecin… »

C’est le chemin qu’a entrepris Geneviève Hélie: «Il y a la vie aussi, pas seulement mon problème de poids!, s’exclame-t-elle. Ça m’a pris du temps pour comprendre que je pouvais être heureuse!»

Les Québécois font le poids
- depuis 25 ans, les Québécois ont gagné 10 kilos en moyenne
- plus de la moitié (57 %) des adultes ont un problème de poids
- un adulte sur cinq (22 %) est obèse
- un sur trois (35 %) a un surplus de poids

Ressources
Coalition québécoise sur la problématique du poids
www.cqpp.qc.ca/socioculturel.asp