Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

La détresse dans le champ

Émission du 18 septembre 2008

Le taux de détresse psychologique est deux fois plus élevé chez les agriculteurs que dans le reste de la population, selon une étude menée à l’Université Laval en 2006. Comment expliquer ce phénomène? Et, surtout, peut-on les aider? C’est ce à quoi se consacre Maria Labrecque-Duchesneau, qui a fondé il y a 7 ans «Au Cœur des familles agricoles».

«Quand on vient du rang, on s’aperçoit de tous les silences qu’il peut y avoir. Il fallait que je réagisse», raconte Maria Labrecque-Duchesneau.

Mère Maria, comme on l’appelle, a grandi dans un milieu agricole. Avant de lancer son organisme de soutien, dont les services sont totalement gratuits, elle a travaillé à soutenir la relève agricole, soit le transfert de la ferme d’une génération à l’autre. À priori, elle devait s’occuper surtout de questions financières. Dans les faits, les familles lui parlaient de bien d’autres choses que d’argent…

L’augmentation des coûts de production, les pertes de revenu, bref, la pression économique est telle qu’elle bouleverse toute qualité de vie. On travaille cent heures semaine et on n’a tout simplement pas le temps d’être malade, voire simplement triste. Maria Labrecque cite le cas de cette femme retournée travailler le lendemain de son accouchement. La campagne bat elle aussi au rythme effréné de la ville, où tout ne va jamais assez vite. Mais il y a plus : le regard des autres, surtout si on est producteur de porcs. «Ce qui fait le plus mal, ce qui les a fait le plus pleurer, ce ne sont pas les problèmes d’argent, confie Maria. C’est le jugement que la société porte sur eux qui les a tués, les a achevés.»

Les manifestations contre la pollution agricole se sont aussi multipliées. «Notre but, c’est de nourrir les gens, pas de se faire dénigrer! Mais il ne se passe pas une semaine sans qu’on parle contre l’agriculture!», renchérit Jean-Claude Poissant, éleveur de bovins. L’agriculteur convient qu’il doit s’adapter aux nouvelles réalités environnementales, mais plaide pour un peu plus de souplesse. «On a à peine le temps de s’adapter à une norme environnementale qu’une nouvelle apparaît», explique-t-il. Parallèlement, il doit encaisser les pertes de revenus, parfois radicales, entraînées par les fluctuations du marché. En mai 2003, en pleine crise de la vache folle, Jean-Claude Poissant vendait ses vaches pour une fraction de leur valeur, passant de 800 $ à quelque 80 $ la tête! Étrangement, les prix à l’épicerie, eux, n’ont jamais baissé. Face à ce genre de situation, de plus en plus d’agriculteurs baissent les bras. Mais là encore, le prix à payer est énorme.

La terre de chez nous
Les agriculteurs exercent un des métiers les plus admirés, après les pompiers et les infirmières, et ce, parce qu’ils nourrissent l’humanité (Source : Sondage Léger Marketing, 2006)

«Les fermes sont transmises de génération en génération, rappelle Maria. Il faut voir la fierté du producteur qui dit représenter la quatrième génération! Il a le regard brillant. Tout le contraire de celui qui se voit obligé de remettre ses clefs à défaut de continuer les paiements. À celui-là, on ne se gêne pas vraiment pour lui dire qu’il n’assure pas la transmission de la ferme.»

Mère Maria écoute la détresse des agriculteurs et tente à sa façon d’y remédier. Elle prête son oreille et sa voix, elle tente de bâtir des ponts. Pour l’un, c’est une visite à domicile ou un appel chez le médecin qui est nécessaire. Pour l’autre, une équipe de bénévoles vient prendre la relève pendant trois jours, le temps d’enterrer le mari qui s’est suicidé.