Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le diabète, ce tueur silencieux

Émission du 25 septembre 2008

Le diabète de type 2 augmente dramatiquement dans les pays industrialisés. Au Québec, 450 000 personnes sont diagnostiquées diabétiques. Et plus de 200 000 autres seraient touchées par la maladie… sans le savoir. Le problème? Dans les premiers stades de la maladie, la personne diabétique ne ressent ni symptôme ni malaise. Trop souvent, la maladie a le temps de faire des ravages avant qu’on pose le bon diagnostic.

Le Centre de santé et de services sociaux de Verdun a décidé de prendre ce mal silencieux très au sérieux. En 2007, on y a mis sur pied un centre de référence multidisciplinaire. Nutritionnistes, médecins, travailleurs sociaux, pharmaciens, infirmières et kinésiologues aident les patients à mieux comprendre la maladie.

«J’ai été diagnostiqué il y a 8 mois, mais j’avais des doutes depuis quelques années, raconte Robert Letendre. La fatigue… c’est plus facile à interpréter après le diagnostic! Et je dois confesser que j’étais sans doute irritable. Mon père faisait du diabète. Dans le fond, ces affaires-là, on ne veut pas vraiment les savoir!»

«Le diabète est une maladie chronique qui est très fréquente. On en entend tellement parler qu’on a tendance à la banaliser, pense Jean-Marie Ékoé, endocrinologue à l’Hôtel-Dieu du CHUM. Mais c’est une maladie sérieuse. C’est la première cause d’insuffisance rénale, c’est la première cause de cécité, c’est la première cause d’amputation non traumatique. Si vous allez dans une unité de soins coronariens, la probabilité que vous y rencontriez un diabétique est énormément grande.»

Qu’est-ce que le diabète?
Le diabète «sucré», son nom le dit, signifie qu’il y a trop de sucre dans le sang. D’une part, il y a un problème au niveau de la sécrétion d’insuline, qui sert à faire entrer ce sucre dans les cellules; d’autre part, le corps peut résister à cette même insuline.
Outre une composante génétique, obésité, sédentarité et alimentation riche en gras et en sucre sont à l’origine de la maladie. En consommant beaucoup de sucre, on épuise le pancréas, qui compense en sécrétant encore plus d’insuline pour ramener le taux de sucre dans le sang à la normale. Un dangereux cercle vicieux.

Recevoir un diagnostic de diabète, c’est souvent un choc. Et prendre en charge sa maladie est un défi majeur : le patient doit modifier radicalement des habitudes de toute une vie. «C’est quelque chose qui peut être très lourd à porter, confirme le Dr Ékoé. Il y a des patients qui me disent ‘J’aurais peut-être préféré qu’on me dise avoir le sida.’ D’autres disent que c’est pire qu’apprendre avoir le cancer. C’est un diagnostic qui va complètement transformer la vie de l’individu.»

«Chez le diabétique, le cerveau doit remplacer le pancréas, dit Robert Letendre, citant une professionnelle du Centre de Verdun. À partir du moment où vous comprenez que ce n’est pas une fatalité, on peut très bien retrouver une très grande qualité de vie.» Après avoir vécu une vie avec l’auto, le travail de bureau et le fast-food dans ses habitudes alimentaires, Robert Letendre a choisi de prendre sa santé en main. Son approche est un secret de polichinelle : manger mieux et bouger plus. Résultat? Il a perdu 40 livres et son diabète est maintenant sous contrôle.

Le patient au cœur de son traitement
Pour aider les diabétiques à faire face à la maladie, le Centre de santé et de services sociaux de Verdun a mis sur pied un programme de soutien composé de professionnels de la santé issus de plusieurs horizons, une approche recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Nutritionnistes, médecins, travailleurs sociaux, pharmaciens, infirmières et kinésiologues aident les patients à mieux comprendre la maladie et à la combattre, en intervenant simultanément sur différentes problématiques et leurs conséquences.

«Un diagnostic de diabète, c’est comme une tonne de brique qui nous tombe sur la tête, explique Pascale Dubois, interniste au Centre. Il y a beaucoup de choses à changer, et c’est pourquoi une équipe multidisciplinaire comme la nôtre existe. Il y a plusieurs modifications à faire dans les habitudes de vie, tant sur le plan de la diète que sur celui de l’exercice. Le programme du Centre place le patient au cœur du traitement; on cherche à le responsabiliser, en lui offrant tout le soutien dont il a besoin. Jamais en lui imposant une façon de faire.

«Un patient diabétique réagit comme tout le monde, souligne Caroline Saint-Denis, nutritionniste. Quand on se fait imposer quelque chose, on a tendance à ne pas le faire. Mais si tu impliques le patient dans son traitement, que tu lui expliques les causes et que tu l’amènes à cheminer, à se tester lui-même, il voit tout de suite le résultat. ‘Si je mange du sucre, ma glycémie a l’a l’air de quoi? Jusqu’à combien de glucides je peux manger avant que ma glycémie monte? Si je me donne une injection, ou quatre, c’est quoi la différence?’ En bout de ligne, le patient fait son propre cheminement, par essais et erreurs.»

«Quand je vais au restaurant, c’est habituellement pour fêter avec des amis, raconte Monique Leblanc, une participante au programme du Centre. Alors je m’arrange durant la journée pour ne pas exagérer dans mes glucides, pour être capable de tricher un peu, parce que c’est une célébration.»

PEUT-ON PRÉVENIR LE DIABÈTE AVEC DES MÉDICAMENTS?
L’étude DREAM, menée dans 21 pays, auprès de personnes à risque à qui on a administré des médicaments antidiabétiques, a tenté de répondre à cette question. Les résultats, publiés dans The Lancet en 2006, ont montré que les médicaments pouvaient aider, mais seulement dans la mesure où on modifiait aussi certaines habitudes de vie.

Après avoir testé plusieurs médicaments, Monique a dû se résigner aux injections d’insuline, une nouvelle qui est souvent vécue comme un échec par plusieurs diabétiques. Il faut savoir que la procédure a beaucoup évolué depuis quelques années. Les stylos injecteurs ont l’air de plumes, sont légers, faciles à transporter et à manipuler, y compris au restaurant. «Juste avant de manger, on soulève un peu son chandail et on se pique, c’est très discret», résume Pascale Dubois.

Si on réussit aujourd’hui à mieux contrôler la maladie, le meilleur moyen pour éviter les complications reste le diagnostic précoce, encore trop peu recommandé par les spécialistes qui considèrent encore la population en général comme étant mal informée. Du côté des médecins, ils sont probablement trop débordés par les cas à traiter pour se préoccuper de dépistage.

Monique Leblanc regrette de ne pas avoir appris plus tôt qu’elle était diabétique, de ne pas avoir suffisamment fait attention dans les années passées. Aujourd’hui, elle prend soin d’elle et profite de la vie.

«Si je ne fais pas attention, ce sont les yeux, le foie, les organes à l’intérieur, peut-être des plaies qui ne guériront pas, une amputation... Des tas d’autres maladies peuvent se développer… Ça m’a donné un choc… Puis, je me suis dit : ‘Le diabète, ça ne m’empêche pas de faire quoi que ce soit dans la vie! Je peux voyager, travailler, faire du sport!’»