Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L’anxiété chez les jeunes adultes

Émission du 2 octobre 2008

Les jeunes d’aujourd’hui ont la vie belle? Pas si vite! Beaucoup d’entre eux éprouvent un stress intense, au point de développer une angoisse qui envahit toute leur existence. Au Canada, on estime qu’un jeune sur dix souffre d’un trouble anxieux. Études, travail, loisirs, amis, chums ou blondes... La vie des jeunes d’aujourd’hui est bien remplie, mais aussi bousculée par la course à la performance. Voici ce qu’ils ont à nous dire.

Marie-Claire Dupuis, une étudiante douée de 20 ans, a été diagnostiquée récemment avec un trouble anxieux généralisée et un trouble obsessionnel compulsif. «Dans une crise d’anxiété, tu perds complètement le ‘pli’ de la réalité, raconte-t-elle. C’est un stress imaginé par ton esprit. Tu as des symptômes physiques; tu trembles, tu pleures, tu as le coeur qui bat la chamade, tu as un noeud dans l’estomac et tu as la tête qui pense à 100 milles à l’heure.»

La tête qui pense à cent milles à l’heure? C’est souvent l’une des premières manifestations significatives. Les doutes, les questionnements, les inquiétudes occupent tout l’espace, jusqu’à rendre véritablement malade. «Lors de ma première crise, je pensais beaucoup à mon départ pour l’Université. Je me demandais ce que je faisais là. Je remettais mes choix de vie en question», poursuit Marie-Claire. Un déménagement à Montréal, de nombreuses heures de travail, la pression des études…et celle de vouloir être la meilleure «blonde», la meilleure amie, la meilleure, encore et toujours. Un jour, la coupe a débordée : Marie-Claire s’est retrouvée en congé de maladie.

Charles, jeune étudiant universitaire, a souffert de graves crises d’anxiété sociale et apprend aujourd’hui à vivre avec une nouvelle confiance en lui-même. «Mon approbation passait par les autres, explique-t-il. J’étais incapable de sentir la désapprobation de quelqu’un et de me dire : ‘Et puis après?’ J’étais incapable d’ignorer la critique. Je ramenais tout à moi; c’est tout le temps moi qui avais tort. ‘Ce n’est jamais de la faute des autres, c’est toujours de ma faute’, toujours.»

«Ce n’était pas Charles qui prenait les décisions, tranche-t-il. C’était Charles qui se basait sur ce que les autres pourraient en dire. Je m’appuyais sur ma connaissance des autres; je me disais ‘Bon, Maxime, qu’est-ce qu’il dirait? Martine, qu’est-ce qu’elle dirait? Catherine, qu’est-ce qu’elle dirait?’ À partir de ça, je faisais une espèce de somme et je décidais.»

Charles souffrait, lui aussi, de symptômes physiques : les palpitations cardiaques, les sueurs froides, un sentiment de terreur insoutenable… Il a commencé à anticiper les situations qui pouvaient réveiller de telles sensations, et à les éviter, basculant ainsi dans l’agoraphobie. Acheter du lait, un disque, parler à un ami, à son meilleur ami… Les petites choses du quotidien sont devenues une intense source de stress. «Je pensais à mes rencontres avant de les vivre; ‘J’ai peur de rencontrer untel dans la rue; j’ai peur d’avoir l’air plate, d’avoir l’air... parce que je ne suis pas capable d’être moi-même. Je suis tellement emprisonné que je ne peux pas être celui que je suis d’habitude. J’ai peur que l’autre le voit et qu’il me juge, comme moi je me juge’.»

«Beaucoup vont venir pour des difficultés au niveau des interactions sociales, confirme Julie Turcotte, psychiatre à l’Hôpital Sacré-Cœur. Ils vivent des grands problèmes d’anxiété dans des situations sociales. Par exemple, s’ils ont des exposés oraux à faire ou s’ils doivent donner leur opinion dans des réunions d’équipe au travail.»

Le symptôme d’un profond mal de vivre, comme le veut un certain discours? Pour la plupart, c’est tout le contraire, estime la spécialiste. «Ils veulent vivre pleinement, ils ne veulent pas se tromper. C’est souvent ce qu’on va percevoir : une peur de l’erreur, une peur de ne pas prendre la bonne décision. C’est la pression de performer.»

«L’insouciance d’autrefois n’existe plus pour les jeunes d’aujourd’hui, renchérit Jacques Hamel, professeur de sociologie à l’Université de Montréal. La plupart d’entre eux s’engagent très jeune dans des responsabilités, au point qu’ils croulent sous la pression! La majorité a un travail en parallèle aux études, parfois jusqu’à une trentaine d’heures par semaine. Souvent, ils veulent briller dans les deux milieux.»

Apprendre à vivre avec l’anxiété
L’anxiété est une émotion normale… qui se transforme en problème sérieux quand elle envahit toute l’existence de la personne. Selon les spécialistes, nous vivons bel et bien dans une société «anxiogène». Et cette course à la performance menace certains jeunes plus que d’autres. Certaines prédispositions, probablement héréditaires, expliquent en partie le phénomène. Aussi, l’apparition du trouble est généralement liée à un «événement précipitant», tel qu’un déménagement, une séparation, l’entrée à l’université, etc. Contrairement à une certaine croyance populaire, on sait aussi que les troubles anxieux affectent plus souvent les plus performants, les plus perfectionnistes, et non les «plus faibles».

«Dans ma famille, j’avais tout le temps été l’enfant fort qui sait ce qu’il veut, qui ne se pose jamais de questions, confie Marie-Claire Dupuis. C’est un profil que j’avais installé dans ma relation avec mes parents. Comme le confie son père, Marie a toujours été la défonceuse de murs, la fille qui sait où elle s’en va. Elle avait un front de bœuf! «Et là, pour la première fois de ma vie, j’avais besoin d’eux. Ils ont été très surpris, mais ils ont répondu à mon appel.»

Mais l’anxiété, aussi terrifiante et invalidante peut-elle être, aussi «gérable» peut-elle devenir…Outre la médication, la thérapie cognitive comportementale est considérée comme étant très efficace et reste l’approche la plus utilisée. D’une part, on travaille sur la perception de la personne, c’est-à-ire sa façon d’interpréter le réel. Souvent, ce n’est pas la situation en tant que telle qui est dangereuse, mais l’interprétation qu’en fait la personne. D’autre part, on détecte et analyse les comportements qui perpétuent l’anxiété, comme l’évitement ou l’hyperactivité. De façon très progressive, la personne est amenée à confronter ses peurs… jusqu’à ce qu’elles disparaissent complètement.

Prédisposition oblige, le sentiment d’anxiété demeure… mais les épisodes de panique pure diminuent, au fur et à mesure que la personne se prend en main. «Le but ultime de la thérapie cognitive comportementale, résume Julie Turcotte, c’est d’aider la personne à devenir son propre thérapeute.»

Charlotte Gagnon, la mère de Marie-Claire, a elle-même souffert de crises d’angoisse dans le passé. «Je pense que l’anxiété, c’est pour la vie. Il s’agit de l’apprivoiser, d’apprendre à vivre avec. C’est ce que j’essaie de donner à ma fille, même si ça demeure à côté de nous, tout le temps.»

Ressources
Revivre, Association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires
www.revivre.org

Ligne d'écoute, d'information et de références 
Montréal : (514) REVIVRE [738-4873]
Sans frais partout au Canada : 1 866 REVIVRE [738-4873]
Courriel : revivre@revivre.org


Clinique des troubles anxieux
Hôpital du Sacré-Cœur
(514) 338-4621

Hôpital Rivière-des-Prairies
Téléphone : (514) 323-7260