Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le deuil chez les personnes âgées

Émission du 9 octobre 2008

La mort est omniprésente dans la vie des gens âgés et, pourtant, on en parle très peu. Pour ne pas inquiéter leurs proches, beaucoup de gens âgés n’osent tout simplement pas exprimer leur peine, sombrant parfois dans l’isolement et la dépression.

Nous avons rencontré deux personnes, une femme et un homme, qui ont tous deux perdu leur conjoint après plus de cinquante années de vie commune. Ils lèvent le voile sur une réalité que trop de personnes âgées vivent en silence.

«J’ai dû apprendre à aller faire l’épicerie; mon mari faisait toujours l’épicerie. La première commande que j’ai dû faire, je marchais dans l’allée en pleurant», raconte Monique Bellefeuille.

Perdre son conjoint, après 50 ans de vie commune, c’est apprendre à vivre seule, à assumer les responsabilités du disparu, tout en portant une énorme souffrance. Mettre de l’essence dans la voiture, utiliser une carte de débit, régler les comptes, sont souvent le lot des veuves. Quant aux hommes d’un certain âge, ils peinent à cuisiner, à faire le lavage, et à garder le lien avec les amis, d’où le risque de sombrer dans l’isolement.
«Perdre son conjoint, c’est perdre les repères du quotidien, explique Jocelyne Lauzon, psychologue spécialisée en soins palliatifs. Les gens me disent : Je me rends compte qu’il n’y a plus rien de pareil. Le monde de maintenant et le monde d’avant, c’est complètement différent. Je perds tous mes repères, je suis désorganisée. Cette période de désorganisation fait partie des étapes du deuil.»

Une autre réaction fréquente chez le conjoint endeuillé est la culpabilité. «Je me suis posé souvent des questions dans les jours qui ont suivi, reconnaît Bernard Pépin, qui a perdu «sa Constance» après 62 ans de mariage. Je n’étais pas assez souvent avec elle, j’aurais dû faire ça, j’aurais dû contacter telle personne… Puis ma fille m’a dit : Papa, ne prends pas le blâme sur toi, ce que tu avais à faire, tu l’as fait.»

Le décès de Constance a été un choc pour Bernard Pépin, bien qu’il ait vécu plusieurs épisodes de maladie à ses côtés et qu’il ait vu sa santé décliner. Monique Bellefeuille aussi a ressenti la perte de son conjoint comme une épreuve qu’elle ne se sentait pas prête à traverser, un «mauvais rêve» dont elle espérait se réveiller. Même s’il est «normal» de connaître la perte d’un être cher passé les 70 ou 80 ans, l’événement demeure un drame. «La souffrance n’est pas moins grande parce qu’on est rendu au grand âge», confirme Jocelyne Lauzon.

«Mon mari, ce n’était pas une perle, c’était un diamant, dit Monique Bellefeuille. On s’est rencontré à 15 ans sur les bancs d’école… C’était un grand amoureux. Quand tu perds ton diamant, tu perds un gros montant. Ce n’est pas disable, ce n’est pas exprimable.»

Le deuil dure un an… au moins
Ce qui distingue le deuil chez les personnes âgées, c’est l’accumulation de deuils. Déjà, la personne a perdu d’autres proches, certaines habiletés physiques ou mentales qui peuvent l’empêcher d’être aussi autonome ou active qu’avant. Parfois, la perte du conjoint devient la «perte de trop». Et la dépression peut s’installer…
Comment savoir? Que peuvent faire les enfants et les petits-enfants pour aider la personne endeuillée? D’abord, laisser du temps. Et se mettre à l’écoute. Faire le grand ménage et vider les garde-robes au lendemain des funérailles est l’une des pires choses à faire. Laissez là les photos, les vêtements, les souvenirs. Et n’intervenez pas si maman porte la robe de chambre de papa… Monique Bellefeuille a conservé les photos de son mari sur ses murs pendant plus d’un an après son décès. Bernard Pépin s’endort chaque soir avec l’oreiller de sa femme contre lui, six mois après son départ.

«C’est tout à fait normal dans le processus de deuil, et il ne faut pas s’en inquiéter. C’est une façon de retrouver un petit peu de la présence de l’autre», rassure Jocelyne Lauzon. Et si maman persiste à porter le parfum de papa 6 mois, un an, après son décès? «C’est un mythe de penser que le deuil dure un an, tranche la psychologue. Dans la plupart des cas, le deuil dure plus d’un an, probablement parce que la première année, c’est l’année de toutes les premières fois : premier anniversaire de mariage, premier Noël, etc. Le deuil dure le temps dont on a besoin.»

À quel moment faut-il s’inquiéter, intervenir et trouver des ressources? «Si la personne est accablée, écrasée par le deuil, si elle a tendance à s’isoler, à couper les liens qu’elle avait autrefois, si elle présente des problèmes d’insomnie, de perte de poids... Dans certains cas, il peut s’agir d’une dépression», explique le docteur Arthur Aymot, gérontopsychiatre à l’Hôpital Sacré-Cœur.

Monique Bellefeuille a senti ce «glissement» et, avant de sombrer dans la dépression, a joint un groupe d’endeuillés chez Lumi-Vie, un organisme d’entraide de Laval. «Je sentais que j’avais besoin d’aide, dit-elle. J’étais découragée, je pleurais beaucoup, je n’avais pas d’entrain, mais pas du tout… Il fallait absolument que je parle, que je me défoule. Je ne pouvais plus continuer à rester toute seule dans mon coin.» À Lumi-Vie, Monique a pu partager sa peine, sans honte et sans gêne, et s’est fait des amis, qu’elle côtoie encore régulièrement.

Bernard Pépin, lui, est resté un homme actif comme il l’a été toute sa vie. Aquaforme, vélo, bénévolat, visite quotidienne au Marché Maisonneuve le gardent en bonne santé physique et mentale. «Ma femme, si elle me voyait, me dirait : ‘Bernard, continue à vivre. Je ne suis pas là, mais continue à vivre’ Nous sommes des exemples pour nos enfants, nos petits-enfants. Ils nous regardent, ils vont y chercher de la force. C’est ce je veux faire, moi : continuer à vivre, en pensant à elle, continuer notre œuvre.»

Deuil et dépression
D’après Vivre son Deuil, une association suisse, les personnes âgées constituent le groupe le plus à risque de développer des complications à la suite d’un deuil.
Au Canada, la dépression touche environ 20 % des personnes âgées, mais on ne sait pas si le deuil est le facteur le plus important. Ce qui est certain, par contre, c’est que la dépression est associée au déclin de la condition physique… et au suicide.
Le message à retenir? Consultez, en cas de besoin, votre médecin ou un organisme d’entraide sur le deuil.

Ressources

Lumi-Vie
www.lumivie.com
(450) 687-8311

Clinique de gérontopsychiatrie
Hôpital Sacré-Coeur
(514) 338-2222

Maison Monbourquette
www.maisonmonbourquette.com
(514) 523-3596