Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dr Jean Robert, médecin de rue

Émission du 9 octobre 2008

Directeur de la santé communautaire à l'Hôpital Saint-Luc pendant plus de 20 ans, le Dr Jean Robert s’est fait connaître dans les années 1980 avec la création de la clinique L’Actuel. Il pratique aujourd’hui dans les régions des Laurentides et de Lanaudière, mais s’occupe toujours des laissés-pour-compte du système de la santé. Toxicomanes et prostituées, victimes du sida ou de l’hépatite C profitent de ses soins… et de son oreille. Portrait d’un humaniste, qui se définit comme un médecin de rue.

«J’ai été chef de ci, directeur de ça, conseiller spécial auprès de je ne sais plus combien de ministre de la Santé, professeur à Paris, je suis allé un petit peu partout dans le monde, raconte le docteur Jean Robert. Je trouvais ça lourd à traîner, et ça m’éloignait de ce que j’aime faire : c’est-à-dire soigner des personnes.»
Les patients du docteur Robert souffrent souvent de l’hépatite C ou du Sida, deux maladies associées à la toxicomanie… et à une grande souffrance intérieure. Dépression, maladie mentale, suicide. Problèmes relationnels importants, tant familiaux que sociaux. Le fardeau, en deux mots, est lourd à porter. Et la maladie reste souvent le symptôme d’un mal encore plus profond. C’est pourquoi le Dr Robert prête son oreille autant que ses connaissances pour les soigner…

«Le plus important, c’est le contact, l’écoute, pense le médecin. Petit à petit, ils vont nous raconter leurs souffrances. C’est très gratifiant pour nous de les entendre et, progressivement, de les voir s’en sortir et apprendre à régler leurs vieilles souffrances.» Traiter l’hépatite C, selon le Dr Robert, c’est réveiller de vieilles blessures, tant physiques que psychologiques. Le patient doit faire son propre ménage intérieur pour comprendre que son problème ne réside pas tant dans la substance consommée que dans tout ce qu’il y a autour… Un parcours difficile. Les rechutes sont fréquentes; presque inévitables. Mais, d’une fois à l’autre, elles sont de moins en moins fortes, à mesure qu’on apprend à faire face à ses souffrances.

«Ce sont des mutilés de la vie, explique le Dr Robert, des personnes qui, dès leur plus jeune âge, ont beaucoup souffert physiquement et émotionnellement, qui ont été ballottées à gauche et à droite. Les seuls intervenants avec lesquels ils ont été en contact, ce sont des policiers, des avocats, des juges. Ils ont fait face à la répression. Et quand on commence sa vie en répression parce qu’on est allé en centre d’accueil, parce qu’on est passé devant un juge pour enfants… parce que, parce que…évidemment, on se méfie de tout le monde.»

«Ça fait peur l’amour quand t’en a pas eu quand t’étais jeune, témoigne Michel, un patient. Moi l’amour, c’était dans les petits sachets et dans les seringues. C’était ça que j’appelais de l’amour.»

Soigner la maladie… ou la personne?
«Le système est devenu de plus en plus habile à traiter les maladies mais, malheureusement, de moins en moins habile à soigner les personnes, considère le Dr Robert. Je caricature un peu, mais c’est un peu ça…  Mes patients, ce sont des gens qui sont rejetés par le système, ce sont des exclus.»

Un exemple? L’accès à une carte d’assurance-maladie, le passeport obligatoire pour accéder aux soins de santé. Une évidence pour la majorité des citoyens; un casse-tête pour les toxicomanes et les itinérants. Sans téléphone, sans domicile fixe, sans papiers en règle, il est difficile d’obtenir une carte d’assurance-maladie si on a négligé de la renouveler après un certain délai.

Que faire? Le Dr Robert a pris le taureau par les cornes et est devenu commissaire à l’assermentation. Concrètement, il peut donc signer les déclarations assermentées de ses patients (Je suis M. Untel, je suis né à tel endroit). Pour le médecin, les règles doivent servir le patient, jamais l’inverse, quitte à les contourner, à les réinventer… C’est le message qu’il a envie de transmettre aux jeunes médecins.

«Ouvrez vos yeux, enlevez vos oeillères, n’ayez pas peur d’innover, de sortir des sentiers battus, de contourner les règles universitaires rigides!»