Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Vacciner ou non son enfant?

Émission du 16 octobre 2008

Au cours des dernières années, plusieurs vaccins ont été ajoutés au protocole de vaccination recommandé par les autorités médicales : varicelle, grippe, méningocoque, etc. Dans l’autre camp, plusieurs groupes, très présents sur Internet, sans compter de nombreuses publications sur la question, remettent en question la vaccination. Ils font notamment valoir les sommes astronomiques en jeu et que les risques liés à cette pratique sont peut-être beaucoup plus importants qu’on veut bien le laisser croire.
Comme parent, entre le discours officiel et le mythe, comment faire la part des choses?

Voici quelques faits en réponse au témoignage de deux jeunes mères qui s’interrogent sur le bien-fondé de la vaccination.

Karine Prud’homme fait partie de cette minorité de parents québécois (de 2 à 4 %, peut-être plus, selon les sources) dont les enfants n’ont pas été vaccinés. La maman de trois enfants en bas âge – 4 ½ ans, 3 ans et 18 mois – réfléchit encore à la question, et pourrait éventuellement changer d’avis lors de leur entrée à l’école. Chose certaine, pour elle, la vaccination est un choix, et non une obligation. Et l’information fiable pour faire ce choix est difficile à trouver.

«Plus je lisais, plus je doutais, dit-elle. J’ai lu autant l’information officielle donnée par les autorités en santé publique que d’autres types d’informations, parfois très controversées. Ceux qui donnent l’information ont une position très forte, soit pour, soit contre, et ils ne veulent pas donner l’autre information. J’avais de la difficulté à avoir un regard éclairé sur la chose.»

Karine Prud’homme pense qu’il faut une certaine dose de courage pour aller à l’encontre du discours officiel, et que ceux qui le font ont travaillé fort pour s’informer et défendre leur position. «Il y a tellement de personnes autour de nous pour dire que c’est une erreur, que c’est dangereux, qu’on ne devrait pas faire ça! Il faut avoir une certaine assurance pour se dire ‘Non, je ne le fais pas’, et l’assumer.»

Dominique Demers, mère de deux enfants âgés de 3 ans et de 5 mois, a commencé à s’interroger sur la pertinence de la vaccination à la suite de son premier accouchement. «Quand on sort de l’hôpital et qu’on nous parle de prendre rendez-vous pour un premier vaccin, à deux mois… Je me suis questionnée; je ne me sentais pas bien avec l’idée de faire vacciner d’emblée.»

C’est en effet ce premier vaccin, en si bas âge, qui suscite un questionnement chez les parents, surtout pour le premier enfant, confirme Véronique Moreau, infirmière. «Les parents s’inquiètent surtout des effets secondaires. Ils ont des craintes et posent plus de questions.»

«Les gens sont plus informés et ont accès à beaucoup plus d’informations qu’auparavant, souligne Caroline Quach, microbiologiste infectiologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Qu’on parle de nourriture bio, de médicament ou de vaccin, c’est la même philosophie. Les gens veulent vraiment le meilleur pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Ils ne veulent pas les exposer à des risques indus. Ils vont faire des recherches, ils vont poser des questions au médecin avant d’accepter la vaccination.»

Qu’est-ce qu’un vaccin?
La vaccination consiste à injecter une partie non pathogène – qui ne causera donc pas la maladie - du virus ou de la bactérie de manière à ce que l’organisme développe les anticorps nécessaires pour lutter contre la maladie. On «éduque», en quelque sorte, le système immunitaire. Ainsi, l’organisme sera mieux armé lors d’une exposition éventuelle au virus ou à la bactérie; il ne contractera pas la maladie ou développera une forme beaucoup moins sévère.

Les vaccins contiennent aussi des agents de préservation, parfois des traces d’antibiotiques ou d’œuf (le vaccin contre la grippe est synthétisé dans des œufs), ce qui constitue un risque d’allergies pour certains enfants. Pour la plupart des enfants, ces substances sont tout à fait sécuritaires. Quant au thimérosal, ce dérivé du mercure qui a tant fait jaser il y a quelques années (on le soupçonnait d’être un élément déclencheur de l’autisme), il a été retiré des vaccins pour enfants (sauf celui de la grippe).

Dans la très grande majorité des cas, les effets secondaires liés à la vaccination sont tout à fait inoffensifs : irritabilité, légère fièvre ainsi que petites enflures et douleurs sur le site d’injection.

La vaccination à la carte

À l’instar de Karine Prud’homme, Dominique Demers a fait ses propres recherches. Rencontre, lecture et, surtout, contact avec un pédiatre ouvert, disponible et compréhensif. «Je n’avais pas vraiment envie de faire vacciner, admet-elle. Mais je me disais aussi que si tout le monde pensait comme ça, les maladies ne seraient pas éradiquées. Je me serais sentie coupable, aussi, au cas où il serait arrivé quelque chose, qu’ils attrapent une maladie et qu’ils subissent des conséquences assez graves. J’ai décidé de trouver moi-même ma propre solution.»
Dominique Demers a donc fait le tri parmi la gamme de vaccins offerts, donnant seulement ceux jugés essentiels, et un à la fois! D’accord pour la polio, la rougeole; pas d’accord pour la grippe et le rotavirus.

Qu’en pensent les médecins? «La vaccination à la carte, c’est peut-être un moindre mal. Si on n’arrive pas à s’entendre, on peut couper la poire en deux», concède Caroline Quach. La microbiologiste insiste toutefois sur les risques de complications liées à des maladies généralement bénignes, comme la varicelle (surinfections). Il faut aussi savoir que des maladies comme la polio et la rougeole, dont on entend rarement parlées, ne sont que contrôlées et non éradiquées, d’où la nécessité de poursuivre la vaccination à grande échelle afin de prévenir une éventuelle éclosion.

Mais d’un point de vue personnel, le jeu en vaut-il la chandelle? Si on a si peu de chances de contracter une telle maladie, pourquoi risquer les effets secondaires associés au vaccin? Un exemple, parmi d’autres. «Il y a une chance sur un million d’avoir une encéphalite à la suite de la vaccination contre la rougeole mais, si on a la maladie, il y a une chance sur mille de faire cette encéphalite», plaide Maryse Guay, médecin conseil à l’Institut national de santé publique. «Le poids de la protection, du bénéfice apporté par le vaccin, est beaucoup plus grand que le poids des effets secondaires possibles.»

«On ne se rappelle plus à quel point les gens mourraient de polio, à quel point les gens étaient défigurés par différentes maladies, renchérit Caroline Quach. Le tétanos, ça tuait! Ça tue encore en Afrique! La rougeole aussi! Parce qu’ils n’ont pas les moyens de vacciner les enfants. Ici, on est privilégié. La moindre des choses, c’est d’utiliser les ressources qui sont à notre disposition pour, justement, éviter le gaspillage de ressources plus tard. Une éclosion de rougeole, c’est beaucoup de soins, c’est des enfants hospitalisés, c’est compliqué et lourd pour une société. Alors que le vaccin, ça coûte trois fois rien à administrer.»

RRO et autisme
Une nouvelle étude vient de s’ajouter à la liste déjà longue des recherches portant sur les liens entre le vaccin RRO (rougeole, rubéole, oreillons) et les troubles envahissants du développement tels que l’autisme et le syndrome d’Asperger. Conclusion? Ce vaccin n’est pas une cause de ces troubles. L’étude menée à l'Université Columbia, à New York, a été publiée dans la revue Public Library of Science en septembre dernier.

Aux États-Unis, le plus haut tribunal du pays a autorisé les États à rendre la vaccination obligatoire. Au Canada, même si la vaccination est considérée comme une priorité nationale, elle demeure le choix des parents.

Ressources
Coalition canadienne pour la sensibilisation et la promotion de la vaccination

Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI)

Enquête sur la couverture vaccinale des enfants québécois en 2006, Institut national de la santé publique, Québec, avril 2007

Hold-up sur la santé, François Choffat, Éditions Jouvence, novembre 2005

Protocole d’immunisation du Québec (PIQ) et ses mises à jour, 2004 sqq, MSSS
www.msss.gouv.qc.ca/immunisation (Cliquer sur Outils d'intervention et PIQ)

Santé Canada, Agence de santé publique du Canada

Secteur Vigie et Protection, Direction de santé publique de Montréal
www.santepub-mtl.qc.ca

VRAN – Vaccination Risk Awareness Network
www.vran.org