Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le cannabis pour se soigner

Émission du 28 octobre 2005

Depuis 1999, les Canadiens peuvent prendre du cannabis à des fins thérapeutiques, sous réserve d'une recommandation de leur médecin et de l'autorisation de Santé Canada. En effet, certaines études montrent la capacité du cannabis à alléger la douleur et d'autres symptômes. Mais les bienfaits du cannabis sont-ils plus importants que ses risques?

Le Dr Harold Kalant, professeur de pharmacologie à l'Université de Toronto et directeur de recherche au Centre for Addiction and Mental Health a présenté en 2002 un rapport au comité Nolin, le comité chargé de faire le point sur la légalisation du cannabis. Il soulève des arguments intéressants :

Aucune substance psychoactive ne peut être totalement sûre et peut causer différents types de préjudices au consommateur. Il faudra donc effectuer de nombreux tests cliniques pour établir les dosages exacts de cannabis à des fins médicales, fixer la marge de sécurité et déterminer l'efficacité comparative de ces composés par rapport aux autres traitements reconnus.

Bien que la marijuana soit relativement sûre par rapport à d'autres drogues, elle comporte malgré tout des risques importants en matière de santé et de sécurité : perte de vigilance, de précision dans les mouvements, de coordination et de jugement; dans le cas d'un usage régulier, états de panique occasionnels; inflammation chronique des bronches, possibilité d'un cancer des voies respiratoires; perte de la mémoire et d'autres fonctions cognitives; dépendance; précipitation de rechutes chez les schizophrènes et altérations faibles mais permanentes de la mémoire et de l'apprentissage chez les enfants dont la mère consommait du cannabis pendant la grossesse.

L'avenir de l'usage thérapeutique des produits à base de cannabis passe presque certainement par les cannabinoïdes purs, administrés par différentes méthodes ne posant pas de risques associés à la consommation de tabac.

Il est évident que l'effet du cannabis est beaucoup plus rapide lorsque la drogue est inhalée sous forme de fumée que lorsqu'elle est administrée par voie orale. Cependant, son effet est aussi nettement plus bref, ce qui représente un désavantage important dans le traitement de maladies de longue durée comme la douleur chronique, l'épilepsie ou la sclérose en plaques. Il serait injustifié sur le plan éthique d'appliquer un traitement susceptible d'entraîner des complications plus graves que les symptômes traités.

Jean-Paul Collet

Jean-Paul Collet, épidémiologiste et professeur à l'Université McGill, dirige l'étude COMPASS, une recherche d'envergure sur plus de mille usagers exemptés de Santé Canada et portant sur les effets secondaires du cannabis. Les effets à long terme de l'utilisation du cannabis sur la santé des patients souffrant de douleurs chroniques sont mal connus, que ce soit des patients eux-mêmes ou des professionnels de la santé. L'étude COMPASS vise à faire la lumière là-dessus. Par exemple, les patients aux prises avec des douleurs chroniques ont souvent recours à d'autres médicaments (analgésiques, antidépresseurs), et le cannabis, lorsque consommé sur une longue période, pourrait affecter l'efficacité de ces médicaments. L'utilisation à long terme du cannabis pourrait aussi avoir un effet sur le coeur, les poumons et le cerveau des utilisateurs. Or, bien que ces effets aient été étudiés chez des sujets « sains », il n'existe aucune donnée à ce sujet pour les patients aux prises avec des douleurs et consommant d'autres médicaments conjointement au cannabis.

Pierre-Charles Boudrias

Pierre-Charles Boudrias a été intervenant en toxicomanie au Centre Dollard-Cormier pendant 10 ans. Il travaille présentement à la direction de la santé publique de Montréal. Il a écrit dans le numéro spécial sur le cannabis de Drogue, Santé et Société de septembre 2004.

Il dénonce la difficulté pour les patients exemptés par Santé Canada d'utiliser le cannabis. Selon lui, « l'absence d'études cliniques contrôlées évaluant de façon rigoureuse l'efficacité et l'innocuité du cannabis fait en sorte que ce produit n'est pas approuvé pleinement par Santé Canada comme médicament. Le cannabis demeure une substance illicite et une autorisation à le consommer ne donne pas automatiquement au malade le moyen de se le procurer facilement. De fait, les problèmes d'approvisionnement demeurent à ce jour le lot quotidien des centaines de malades à qui l'on a pourtant reconnu le droit d'utilisation. » Car les patients canadiens admissibles au programme d'accès au cannabis thérapeutique doivent cultiver leurs propres plants ou désigner une personne qui le fera pour eux. Mais la condition physique de certains d'entre eux rend difficile cette activité.

M. Boudrias ne comprend pas cette réticence contre l'usage thérapeutique du cannabis. Ses vertus médicinales sont de plus en plus documentées. De plus, les Canadiens souffrant du cancer, du sida, de la sclérose en plaques, de lésions de la moelle épinière, d'épilepsie ont témoigné de l'importance du soulagement que leur procurait l'inhalation de marijuana. Les effets secondaires indésirables du cannabis sont peu marqués si on suit les doses thérapeutiques, surtout si on le compare aux autres médicaments pour le remplacer. Il est aussi moins coûteux et est indiqué pour une grande variété de maladies.

Malgré cela, l'Association médicale canadienne recommandait à ses membres, en août 2001, de ne pas prescrire de cannabis thérapeutique. Depuis, les médecins sont de plus en plus prudents et plusieurs centaines de malades ont peine à obtenir les signatures nécessaires et risquent de ne pas obtenir le renouvellement de leur exemption.

Elise Beaudin

Elise Beaudin est éditrice de la revue ABC de la marijuana médicale. Elle opère la première plantation de cannabis à des fins médicales au Québec, reconnue par Santé Canada. Pour des raisons de sécurité, l'endroit est 100 % béton et grillagé d'un bout à l'autre. « On cultive différentes génétiques, différentes sortes de cannabis pour différents patients. Une patiente quadraplégique ne fume que le Blueberry freezeland; les autres génétiques la font tousser. Le kimo contient de 22 à 25 % de THC; c'est la variété la plus forte que nous cultivons. » Le THC, c'est l'élément actif du cannabis qui calme la douleur des patients.

Un exempté de Santé Canada qui veut garder l'anonymat nous parle de la différence entre la marijuana cultivée par Elise Beaudin et celle qu'on achète dans la rue. « Dans la rue, la marijuana contient 15 % de THC ou moins. La marijuana médicale, elle, contient 19 % ou plus de THC. »