Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Bernard Pepin : un homme haut en couleur

Émission du 16 octobre 2008

Qu’est-ce qui est blanc, beige ou vert pâle? L’intérieur des hôpitaux! Pas de quoi remonter le moral des patients… Et si on repeignait la salle d’examen en bleu lavande pour calmer l’angoisse? Le corridor dans un camaïeu d’orangés, question de propager un peu de bonne humeur? C’est ce que prêche et pratique, Bernard Pepin, un précurseur dans le domaine de la psychologie des couleurs. Depuis 15 ans, de nombreux établissements de santé ont fait appel à ses services.

«Une piqûre fait plus mal dans une pièce blanche, mais moins dans une pièce bleue. Et il fait toujours plus chaud dans une pièce orange que dans une pièce bleue ou violette, même si le thermomètre indique la même température!», s’exclame Bernard Pepin.

Le consultant en couleurs ne manque pas d’exemples pour illustrer sa pensée. Ainsi, le temps d’attente s’étire dans une salle peinte en blanc, tandis qu’on a tendance à perdre la notion du temps si on est entouré de vert émeraude. Le bleu et le vert kaki coupent l’appétit; l’orangé et le pêche l’ouvrent. Et bannissez le jaune, qui rappelle la bile, de tout endroit où le patient risque d’avoir la nausée…

«On parle de perception, d’un phénomène visuel mais aussi d’une interprétation du cerveau, souligne Bernard Pepin. Selon le vécu ou l’état de santé, on perçoit les couleurs d’une façon différente. C’est toute la question de la psychologie de la couleur.»

Architecte de formation, Bernard Pepin s’intéresse aux effets de la couleur sur l’humeur et le comportement depuis plus de 30 ans. Au début de sa carrière, il a travaillé pour le milieu hôtelier et a réaménagé quelque 1000 chambres, ce qui lui a permis de constater un fait étonnant. À prix et luxes égaux, et selon des aménagements comparables, de la texture des tapis à la qualité des matelas, certaines chambres étaient préférées à d’autres. Ce qui les distinguait? La couleur.

Bernard Pepin s’est plongé dans des lectures et découvert qu’il existait une «science des couleurs», un domaine en développement dans plusieurs pays, dont l’Allemagne et les États-Unis. Il s’y est rendu à plusieurs reprises pour y suivre des conférences et une formation spécialisée, et devenir «consultant en couleurs».

De «vert hôpital» à ocre chatoyant

Blanc «beigeasse», vert «peppermint», rose laiteux… Pourquoi les murs de nos cliniques, hôpitaux et centres pour personnes âgées sont-ils peints de couleurs délavées, sans odeur et sans saveur? «C’est une question de facilité d’entretien, explique Bernard Pepin. Mais aussi parce que ‘quand c’est blanc, c’est propre’! En réalité, c’est souvent désolant! Le blanc est dénué de sentiment et devient une cause d’anxiété pour quelqu’un qui doit vivre dans un lieu comme ça. Le blanc n’a pas l’aspect sécurisant que la couleur peut apporter si elle est utilisée judicieusement.»

Un exemple? La cafétéria de l’Hôpital Royal Victoria, «un concept anti-hôpital», selon M. Pepin. «C’est tout à fait comme si on sortait de l’hôpital et qu’on entrait dans un nouveau lieu, commente-t-il. Un oasis dans l’hôpital, où on oublie toute notion de souffrance et d’austérité.» De fait, l’endroit dégage chaleur et confort; l’espace est ouvert et favorise la circulation. Toute la gamme des orangés (les couleurs par excellence de l’appétit) y est déclinée, des riches terracottas à un vibrant ocre jaune.

«Je recherche la convergence de plusieurs aspects, fait valoir Bernard Pepin. Par exemple, en utilisant une couleur qui m’aide à stimuler l’appétit et à avoir une humeur positive, de façon à échanger avec les autres facilement.»

Bernard Pepin travaille en collaboration avec les praticiens de la santé. Concrètement, lors d’un projet de réaménagement, il demande que soit créé un comité d’experts afin de pouvoir évaluer adéquatement les besoins des patients et du personnel soignant. L’usage et les pratiques varient d’un lieu à l’autre dans l’hôpital; les réactions du patient aussi.

«Je ne prétends pas être thérapeute, admet volontiers Bernard Pepin. Je donne un soutien, un complément pour aider les usagers à se sentir à l’aise.»

Et la lumière fut!
Les scientifiques reconnaissent les effets de la lumière sur le métabolisme humain. Plus encore, bien qu’il n’existe pas de preuves scientifiques à cet effet, la lumière produite par certains spectres de couleur pourrait même agir sur la production de mélatonine, une hormone qui joue un rôle dans la régulation de l’horloge biologique et de l’humeur. La question a été discutée en 2006 lors du symposium international sur la lumière et la santé. Le Conseil national de recherches Canada accueillait l’événement, qui était organisé par la Commission internationale de l’éclairage.