Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La désensibilisation aux allergies est-elle efficace?

Émission du 30 octobre 2008

Experte invitée: Dre Devi K. Banerjee
Allergologue-immunologue, Hôpital général de Montréal

Pollen, acariens, herbe à poux, chats et chiens… Les allergies peuvent sérieusement miner la vie des personnes atteintes, quand elles ne sont pas carrément dangereuses. Une téléspectatrice allergique aux piqûres de guêpe demande si la désensibilisation pourrait lui venir en aide.

La désensibilisation aux allergies s’adresse aux personnes pour qui les différentes méthodes conventionnelles – prise de médicaments antihistaminiques, usage d’un vaporisateur nasal, absence de contact avec les allergènes – se sont soldées par un échec thérapeutique.

Si les symptômes d’allergie (éruption cutanée, éternuements, conjonctivite, eczéma, etc.) demeurent présents et que la qualité de vie en est affectée, la désensibilisation peut être une option intéressante.

Qu’est-ce que la désensibilisation?
La désensibilisation consiste en plusieurs injections de doses croissantes d’un extrait d’allergène (herbe à poux, par exemple) préparées spécialement pour le patient.

On commence avec une dose très petite au début pour ne pas provoquer une réaction allergique chez la personne. Le patient recevra de une à deux injections par semaine pendant une période de trois à quatre mois.

Ensuite, on augmente la dose d’allergène en même temps qu’on allonge les intervalles entre les injections – généralement une par mois – pendant trois à cinq ans.

Le bon allergène
À la première visite chez l’allergologue, on examine d’abord le passé médical du patient et ses symptômes. Des tests cutanés sont aussi effectués; on dépose sur la peau un extrait d’allergène puis, afin de provoquer une réaction, on fait une toute petite égratignure au même endroit.

 

Les patients allergiques au venin d’insecte, comme l’abeille, ou aux différents pollens (arbres, graminées, herbe à poux, etc.), réagissent très bien à cette méthode.

Est-ce efficace?
La désensibilisation améliore l’état de santé de 60 à 80 % des patients, et peut avoir des effets bénéfiques prolongés sur plusieurs années. Elle serait tout particulièrement efficace chez ceux qui souffrent d’allergies au venin d’insectes, aux acariens ou aux coquerelles. Cette méthode donne également de bons résultats pour les allergies aux chats et chiens. Elle est cependant moins efficace pour le chien que pour le chat.

Pour l’instant, à cause du manque de données cliniques, elle n’est pas utilisée pour les allergies alimentaires. Les recherches se poursuivent.

Y a-t-il des risques?
Le risque le plus courant, bien sûr, est de provoquer une réaction allergique. Cependant, elle est généralement minime et limitée au site d’injection (sur le bras). Dans de rares cas (moins de 1 % des patients), le traitement peut déclencher une réaction anaphylactique.

Chez certains patients asthmatiques, les injections peuvent parfois empirer l’affection. Le risque de mortalité est presque inexistant : un taux d’une injection sur 2,5 millions.

À cause des risques de la procédure, le patient doit demeurer sous observation à la clinique durant les 30 minutes suivant l’injection.

Curative et préventive
La désensibilisation peut être curative si elle parvient à éliminer tous les symptômes d’allergie. Sinon, elle diminue les symptômes, ce qui procure un grand soulagement et améliore la qualité de vie des personnes allergiques.

Des études ont également démontré que la désensibilisation peut prévenir l’apparition d’autres allergies chez les enfants mono sensibilisés (allergiques à un seul allergène).

Adopter un chat pour se désensibiliser?
Contrairement à la méthode de désensibilisation par injections, s’exposer quotidiennement à la présence d’un chat risque d’augmenter les symptômes.

D’une part, seule une exposition contrôlée et progressive peut diminuer la réponse exagérée de l’organisme aux allergènes. D’autre part, les allergènes n’entrent pas en contact de la même façon avec l’organisme. Dans le cas de l’exposition au chat, ce sont toutes les muqueuses des voies respiratoires qui sont directement – et durement! – sollicitées.

Une autre méthode de désensibilisation
La méthode sublinguale, qui consiste à placer une goutte ou un comprimé sous la langue, est pratiquée en Europe depuis environ 20 ans. Elle serait aussi efficace que les injections, mais n’a pas encore reçu l’approbation des autorités canadiennes. On s’attend à ce qu’elle soit disponible d’ici trois ou quatre ans.