Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La grossesse au masculin

Émission du 6 novembre 2008

Si on sait beaucoup de choses sur la maternité, on connaît moins les sentiments de ceux qui auront un enfant pour la première fois. En l’espace d’une seule génération, le rôle du père a énormément changé. Au CLSC Saint-Henri, on a même décidé de réserver aux hommes une partie des rencontres prénatales.  Voici leurs confidences.

«Ma copine m’a brassé un petit peu dernièrement, raconte Michel Dupras, qui sera bientôt papa. Elle me dit ‘Parle-lui!’. Je sais bien qu’il y a un bébé dans son ventre. Mais, dans ma tête, je parle à un ventre! Pour moi, c’est un peu absurde.»

«Les mères font le bébé dans leurs corps alors que les pères font le bébé dans leur tête, explique Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité. Par la force des choses, comme l’homme ne porte pas le bébé, il va faire son cheminement par l’imagination. Et c’est un cheminement mental qui est très différent de celui de sa conjointe.»

Voilà qui justifie qu’on réserve un moment exclusif aux futurs papas! De manière générale, les programmes prénataux québécois s’adressent aux couples, et intègrent donc le papa. Mais le CLSC Saint-Henri a fait un effort supplémentaire; l’animateur du cours consacre 30 à 45 minutes en présence des seuls papas. Ils se sentent ainsi plus à l’aise d’exprimer leurs émotions, de raconter leur cheminement intérieur. La venue de l’enfant provoque beaucoup de remises en question. Travail, argent, relations de couple, relations avec les amis… Les discussions entre gars sur le sexe et les sports cèdent la place aux préoccupations liées aux soins du bébé…

 «Au cours des premiers mois de la grossesse, les gars font le ménage dans leur vie. Alors c’est très important qu’ils puissent échanger entre eux», fait valoir Raymond Villeneuve.

Le «nouveau papa», c’est un secret de polichinelle, est plus présent auprès de son enfant que son père ou son grand-père. Il ne fait plus «vivre» sa famille; dans près de 70 % des familles canadiennes, la mère joue aussi un rôle de pourvoyeur. Alors, nécessairement, le rôle du père se redéfinit, et évolue encore d’une génération à l’autre. L’identité paternelle est en construction; les nouveaux papas réclament plus de place, sans toujours savoir où elle se situe. Où ILS se situent.

Koffi Assigbe, père comblé d’une charmante petite «princesse», témoigne de l’angoisse vécue au cours de la grossesse de sa conjointe. «Ce que j’ai ressenti est très classique : ‘Est-ce que je vais être à la hauteur?’ Je me suis documenté, j’ai tellement lu sur le sujet! Ça m’a donné un sentiment de contrôle de la situation… Mais il y a toujours cette petite peur-là : ‘Est-ce que je vais être à la hauteur?’»

Papa blues
«Trop souvent, à l’hôpital, les pères vont nous dire que les intervenants les considèrent un peu comme un meuble, s’indigne Francine de Montigny, chercheure à l’Université du Québec en Outaouais et spécialiste des relations père-enfant. La chercheure a mené une recherche auprès de 300 pères québécois sur l’établissement de la relation père-enfant dans les mois qui suivent l’accouchement.

«Jusqu’à ce que les mentalités changent, les pères doivent rappeler qu’ils sont importants et qu’ils veulent jouer un rôle. Et si nécessaire, qu’ils n’hésitent pas à demander de l’aide.»

D’après la littérature scientifique, environ 16 % des pères sont à risque de développer une dépression post-natale. Un baby blues au masculin? «Est-ce que c’est nouveau comme phénomène?, interroge la chercheure. On ne le sait pas vraiment. Chose certaine, c’est nouveau qu’on s’intéresse à la santé mentale des hommes après la naissance de l’enfant.»

S’adapter à l’arrivée de l’enfant est un défi pour tout parent. Allaitement, soins à donner, nuits blanches… «Le père et la mère sont souvent très surpris de toute la fatigue ressentie, souligne Francine de Montigny. Avec cette fatigue-là, le père doit composer avec le retour au travail, soutenir sa conjointe, développer une relation avec son enfant. Il y a toutes sortes de stress conjugués autour de ça.»

«On a énormément d’attentes personnelles, confirme Raymond Villeneuve. On veut être bon au travail, dans son couple. On veut être extraordinaire et merveilleux comme père. On veut avoir plein d’amis, une croissance personnelle, spirituelle, affective. On veut faire tout ça, puis tout à coup, il y a un petit bout long comme ça qui arrive et qui te tasse tout ça! Ça peut être très déstabilisant et très insécurisant!»

Une présence essentielle
L’établissement de la relation père-enfant dépend beaucoup de la présence du père. En son absence, la mère devient rapidement une gestionnaire du quotidien, l’«experte» responsable des soins à donner à l’enfant. Et le père est relégué dans un rôle de parent d’appoint.

Les pères plus présents, qui ont, par exemple, bénéficié d’un congé parental, développent une relation plus étroite avec leur enfant, ce qui est particulièrement important pour son développement.

«Le père, ce n’est pas un clone de la mère, précise Francine de Montigny. Il a sa propre personnalité, sa propre façon de faire. Et c’est avantageux pour l’enfant d’apprendre à entrer en relation avec deux personnes différentes.»

C’est également le père qui, généralement, initie l’enfant au monde extérieur, qui le socialise, le politise. «Le père est aussi plus joueur, ajoute la spécialiste. Quand la mère baigne un enfant, c’est pour le laver. Quand le père baigne un enfant, c’est aussi un jeu. Chacun a ses particularités, ses forces, qui se complémentent.»

«Ce qui étonne beaucoup de monde, c’est de voir à quel point les pères tripent à s’occuper de leurs enfants!, insiste Raymond Villeneuve. On n’imaginait pas des pères qui pourraient parler autant de leur enfant, avec les yeux mouillés. Ça désarçonne un peu les gens de voir à quel point ce lien-là peut être profond et fort.»

Mathieu Riendeau et Koffi Assigbe vivent pleinement leur rôle de nouveau papa; ils ont pris la place qui leur revenait. Et pour ce faire, à les entendre, il suffit simplement de croire un petit peu en soi…

«Devenir parent, c’est pas dans les livres que ça s’apprend!, lance Mathieu. Comme le médecin nous le disait : ‘ Vous allez être les meilleurs parents pour cet enfant-là, faites-vous confiance!’»

«Aujourd’hui, je peux vous dire avec assurance et conviction qu’un père peut être très heureux avant, pendant et après la naissance de son bébé, affirme Koffi. Ce n’est pas un miracle. Il suffit de prendre les outils disponibles et de s’engager comme il se doit dans la vie du bébé, dans la vie de la famille.»

Plus de congés de paternité, mais moins de temps par la suite…
Depuis l’entrée en vigueur du nouveau Régime québécois d’assurance parentale, les pères sont de plus en plus nombreux à se prévaloir du congé de 5 semaines prévu par ce régime. En 2006, ils étaient près de 46 000 et représentaient plus du tiers (36 %) des congés.

Paradoxalement, à l’instar des mères, de plus en plus de pères souffrent d’un problème de conciliation travail famille. Depuis 10 ans, le temps consacré au travail a augmenté de six heures par semaine en moyenne chez les pères.

Ressources
Conseil de la famille et de l’enfance
www.cfe.gouv.qc.ca