Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition
Diffusion :
jeudi 20 h
Rediffusion :
mercredi 14 h 30
Durée :
60 minutes

Du 10 avril au 6 septembre 2014

Le portrait

François Reeves, la prévention à coeur

Émission du 6 novembre 2008

Si vous avez des proches qui ont des problèmes de santé cardiaque, vous apprécierez sans doute le livre Prévenir l’infarctus et y survivre, l’un des rares ouvrages en français qui fait le tour de la question. Son auteur, le cardiologue François Reeves, décrit amplement les causes, facteurs de risque et traitements liés à la maladie, sans oublier les habitudes de vie à changer! Plaidoyer pour une société en meilleure santé.

«J’ai perdu mon grand-père quand j’avais 11 ans. Une mort subite, un infarctus. J’ai trouvé ça dommage; j’aurai aimé mieux le connaître», raconte François Reeves, cardiologue d’intervention au Centre hospitalier universitaire de Montréal et à la Cité de la Santé de Laval. La perte d’un proche est à l’origine de bien des vocations médicales… François Reeves est devenu cardiologue d’intervention, un spécialiste dont le rôle se situe à mi-chemin entre le cardiologue conventionnel et le chirurgien cardiaque. La cardiologie d’intervention, c’est l’art d’insérer des cathéters dans les vaisseaux du cœur pour poser un diagnostic. C’est aussi la délicate intervention consistant à dilater les artères et ainsi redonner au cœur une chance de mieux fonctionner. Mais c’est aussi, du moins pour le docteur Reeves, une profession à dimension non seulement médicale, mais humaine.

«Il y a une personne autour de ce cœur dont il faut s’occuper après l’intervention, pour éviter qu’il revienne à répétition avec les mêmes problèmes.»

Mots d’ordre : éducation et prévention. Pour François Reeves, les médecins doivent se servir de leur voix, de leur crédibilité morale pour passer un message dans les écoles, dans toute la communauté.

«Ma carrière évolue de plus en plus vers une question de la transmission de la connaissance et de la diffusion, considère-t-il. J’arrive à 50 ans. Mes objectifs de carrière, sont, dans l’ensemble, atteints. Maintenant, pour ma deuxième moitié de carrière, je veux m’occuper de la transmission des connaissances, non seulement auprès des étudiants, mais du grand public.»

Chose dite, chose faite? Le virage est entrepris depuis deux ans, alors qu’on lui demandait de rédiger un livre sur la maladie coronarienne. «Au départ, je me suis demandé pourquoi faire ça. J’avais l’impression que l’information était très diffusée, mais j’ai réalisé, en allant sur Internet, qu’il y avait très peu de livres qui touchaient tous les tenants et aboutissants de la maladie coronarienne.»

Autre motivation : après vingt ans de pratique, le cardiologue continuait néanmoins à répondre aux mêmes questions des patients. «Il y a beaucoup de lieux communs qui persistent, même dans les médias. On insiste énormément sur le stress, mais pas tellement sur l’alimentation, l’obésité. Donc, il y avait une part des choses à faire.»
 
Intervenir, le plus tôt possible.
Malbouffe et sédentarité. La prévention de la maladie cardiovasculaire passe nécessairement par deux modifications majeures de notre mode de vie. Une prise de conscience non seulement individuelle, mais aussi sociale.

«Ce que je déplore, moi, personnellement, dans le cursus actuel de l’éducation au Québec, c’est qu’il y a très, très peu de temps pour l’éducation physique. Avoir une vision de la santé, ça doit partir de l’école. C’est une question d’éducation et de prévention.»

François Reeves aborde également la question de la pollution environnementale dans son livre, un facteur de risque encore mal compris. Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’il y a un lien certain entre les périodes de smog et une hausse du risque d’infarctus. «L’exemple le plus frappant, c’est la canicule de Paris, en 2003, qui a fait 15 000 morts. 75 % de ces morts-là étaient d’origine cardiovasculaire.» De quoi réunir professionnels de la santé et spécialistes des sciences environnementales autour de la même table… Une approche qu’endosse le docteur Reeves : «Je pense que c’est la tâche des médecins de prendre le flambeau et de se joindre aux gens qui font la promotion d’une qualité de l’environnement».

«Comme médecin, c’est important d’avoir une action curative et une action préventive. Rédiger ce livre a été l’occasion pour moi d’ajouter une petite pierre à cet édifice des connaissances en santé. Si tout le monde ajoute son «plus», la société s’éduque, se sensibilise, puis, finalement, est plus heureuse, parce que moins malade.»

Ressources
Prévenir l’infarctus et y survivre, Éditions Multimondes, 2007, 304 pages