Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Jack Semiatyki, le trait d'union entre l'environnement et le cancer

Émission du 13 novembre 2008

Les plastiques, pesticides et cellulaires causent-ils le cancer? Seule une poignée de chercheurs à travers le monde sont en mesure de répondre à cette question. Jack Siemiatycki, titulaire de la Chaire de recherche environnement-cancer Guzzo

«On peut affirmer avec certitude que l’environnement est un facteur qui peut causer le cancer, tranche Jack Siemiatycki. L’environnement comprend tout ce qu’on respire, tout ce qu’on mange, tout ce qu’on boit, tous nos rapports humains.»

Implants mammaires, médicaments, nourriture, polluants dans l’eau, dans l’air… L’étude des liens entre cancer et environnement couvre un vaste territoire, que les chercheurs commencent à peine à défricher.

«Dans les journaux, tous les deux jours, on voit un reportage sur le risque de cancer lié aux produits chimiques dans les bouteilles d’eau, ou aux téléphones cellulaires, ou à des lignes de haute tension, ou à telle ou telle chose. Ce qui donne l’impression qu’il y a énormément de recherche qui se fait dans ce domaine. Mais c’est absolument le contraire! Les rares rapports de recherche font les manchettes parce que les gens ont une grande soif d’en savoir plus.»

Un exemple frappant : les études sur le potentiel cancérigène du téléphone cellulaire, qui défraient les manchettes depuis vingt ans, mais sans apporter de réponses claires et définitives à cette question. À l’origine de cette controverse, un avocat américain dont la femme était atteinte d’une tumeur au cerveau, située juste derrière l’oreille, soit à l’endroit qui est le plus exposé aux radiofréquences du téléphone cellulaire.
L’homme s’est présenté à la télévision américaine armé d’une radiographie crânienne et d’une photo de sa femme au téléphone cellulaire. L’histoire a fait boule de neige et, quelques années plus tard, au début des années 1990, le Congrès américain a mandaté le National Cancer Institute pour mener une recherche sur le lien possible entre le téléphone cellulaire et le cancer du cerveau. Les résultats se sont révélés non concluants.

«À mon avis, il était un peu trop tôt pour mener ce genre d’études», fait valoir Jack Siemiatycki, qui a lui-même siégé au comité aviseur du NCI. L’usage du cellulaire était peut-être trop nouveau pour qu’on puisse en évaluer réellement les conséquences à plus long terme sur la santé des utilisateurs. «Quelques petites études en Europe, notamment en Suède, semblent démontrer la possibilité d’un lien : il y avait une tendance à un risque plus élevé chez les gens qui utilisaient le téléphone cellulaire par rapport aux gens qui n’en utilisaient pas», renchérit le chercheur.

Que faire? Appliquer le principe de précaution! Le chercheur recommande l’utilisation d’un sans-fil parce qu’on ne détecte presque pas de radiofréquences à un demi-pouce du cellulaire.

Le droit à la santé
Malgré les apparences, la recherche en santé environnementale est loin d’être aussi abondante qu’elle ne paraît. Elle joue pourtant un rôle de premier plan pour fournir des réponses et des solutions au grand mal du siècle qu’est le cancer.

«La recherche est un labyrinthe; on ne connaît pas les chemins qui vont nous amener vers la sortie, croit Jack Siemiatycki. Un jour, on va vaincre le cancer. On va le faire bout par bout. Les différents types de cancer - le cancer du poumon, le cancer du cerveau, le cancer du sein, etc. - ont des causes différentes. Pour chacun, il faut investiguer les causes et les éliminer, autant qu’on le peut, de notre environnement et de nos comportements.»

«On a déjà un bout de fait, renchérit le chercheur. On sait qu’en éliminant le tabagisme dans la société, on a éliminé une bonne partie du cancer du poumon et de certains autres. On sait qu’en éliminant l’amiante, on éliminerait un certain pourcentage des cancers. On sait qu’en éliminant la surexposition au soleil, on réduirait ou éliminerait certains types de cancer de la peau. Donc, on a déjà des pistes et on peut déjà éliminer, prévenir presque complètement certains cancers. C’est par la recherche qu’on va compléter le tableau.»

Or, pour les chercheurs, les obstacles sont de plus en plus difficiles à surmonter. Le coût des recherches épidémiologiques à vaste échelle, ce qui est souvent nécessaire en santé environnementale, est tout simplement astronomique. Et les investisseurs ne se bousculent pas au portail. Les chercheurs se heurtent à «la culture de protection de la confidentialité», un principe éthique fondamental, mais néanmoins un frein particulièrement puissant à ce type de recherches. Il faut mener des études à vaste échelle, pour accéder à des banques de données de dossiers médicaux et des informations de mieux en mieux protégées.

«Je respecte le droit à la confidentialité, affirme d’emblée Jack Semiatyki. Mais je trouve que le droit à la santé est aussi important que le droit à la confidentialité. On a aussi le droit de demander à nos chercheurs, à nos autorités, de nous éclairer sur les risques liés au téléphone cellulaire, aux pesticides, aux implants mammaires, à toutes sortes de facteurs. Si vous coupez la possibilité de réaliser ces recherches, vous vous privez des renseignements nécessaires pour prévenir ces maladies et pour contrôler les facteurs qui sont dangereux pour vous, pour vos enfants, pour vos petits-enfants.»

Juif d’origine polonaise, Jack Semiatyki est né dans un camp de réfugiés, en Europe. Il a grandi à Montréal, au sein d’une communauté décimée par les nazis. «J’ai été hypersensibilisé à la notion d’exploitation, de cruauté, de souffrance sociale. Est-ce que ceci a imprimé ma personnalité? Sans doute.»

Jack Siemiatycki comme un exemple vivant de ce fameux concept qu’on appelle «résilience»? L’homme bâtit un pont entre la démarche cérébrale du scientifique et l’objectif humaniste que toute recherche devrait sous-entendre... «J’ai toujours cherché à trouver des façons d’enlever des sources de souffrance, que ce soit par des polluants industriels ou par des comportements individuels. C’est ce qui donne le plaisir à une vie professionnelle : contribuer à la société.»