Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La grossesse après 35 ans. Risqué?

Émission du 20 novembre 2008

Le nombre de femmes qui ont un enfant dans la trentaine a triplé depuis 20 ans au Canada : une femme sur quatre a un enfant après 34 ans. Le temps de finir les études, de se placer sur le marché du travail et de rencontrer le conjoint idéal, et on se retrouve enceinte à un âge, dit-on, plus risqué. Est-ce réellement le cas? S’il est vrai que la fertilité chute dramatiquement avec les années, la grossesse elle-même comporte moins de risques qu’on le laisse entendre…

«Avec une grossesse tardive, il n’y a pas beaucoup de temps pour se reprendre. Il y a quand même un deadline qui approche! Et ça fait partie de la petite inquiétude qu’on peut avoir au début», raconte Nathalie Paquette, qui a accouché de la petite Raphaëlle, 7 mois et demi, à l’aube de ses 41 ans.

L’histoire de Nathalie Paquette est classique : pendant plusieurs années, elle a beaucoup investit dans sa vie personnelle et professionnelle. Études, travail, voyages… Et elle a rencontré son conjoint actuel à l’âge de 37 ans, ce qui rétrécit d’autant la marge de manœuvre pour avoir un bébé!

Entre l’âge de 25 et 30 ans, 30 % des femmes seront enceintes dès le premier mois d’essai. Entre 35 et 40 ans, le taux de réussite est de 15 %. La fécondité diminue de moitié. Mais à l’ère de l’éternelle jeunesse, on a peut-être tendance à l’oublier... «Il y a une ‘illusion de la longévité’, considère Danièle Tremblay, psychologue. Aujourd’hui, une femme de 35 ans, c’est une femme qui est jeune! Et une femme de 40-45 ans aussi. Mais les organes sexuels ne suivent pas la même chronicité. Le développement psychologique ne suit pas nécessairement le développement biologique.»
Être une «bonne mère» est peut-être plus lié à l’âge «psychologique» que «biologique», défendent les mamans de 40 ans. «C’est dans notre cœur qu’on reste jeune», affirme avec conviction Nathalie Paquette.

Mais qu’en est-il des risques associés à une grossesse tardive? «On a deux grands défis, explique Louise Lapensée, gynécologue-obstétricienne. Obtenir un test de grossesse positif et ne pas faire une fausse couche. Après ça, si la femme est en santé, elle a toutes les chances d’avoir un bébé en santé. Une grossesse après 35 ans, et même après 40 ans, peut très bien se passer.»

La grossesse tardive n’est, en effet, associée qu’à une légère augmentation des risques de complication : diabète de grossesse, césarienne, placenta mal placé, accouchement prématuré.

Les progrès scientifiques ont évidemment contribué à cette situation. Différents tests permettent maintenant de dépister les anomalies génétiques, comme la trisomie 21. Et il faut savoir que le risque d’avoir un enfant trisomique, bien qu’il augmente avec l’âge, n’est que de 1 % après 40 ans.

Il existe également des solutions de rechange à l’amniocentèse, ce test tant redouté parce qu’il peut entraîner une fausse couche. Dans plusieurs hôpitaux (mais pas tous!), on tentera plutôt d’évaluer le niveau de risque par des analyses sanguines et une échographie pour mesurer l’épaisseur du cou du bébé. Selon les résultats, la femme peut choisir ou non de poursuivre avec une amniocentèse.

Comme tout semblait normal, et qu’elle avait déjà fait une fausse couche, Nathalie Paquette a choisi de se passer d’amniocentèse pour son deuxième essai… ce qui lui a valu un certain nombre de commentaires désobligeants. La maternité tardive, c’est aussi faire face au jugement des autres, tout en traversant des épreuves. Ces femmes doivent puiser une force rare à l’intérieur d’elles-mêmes.

«Après la fausse couche, j’ai souhaité tomber enceinte à nouveau, raconte la nouvelle maman. C’était très, très fort. J’avais vraiment vécu quelque chose. C’est comme si mon corps avait été marqué au fer rouge; dès que tu tombes enceinte, tu deviens maman.»

De la fécondation in vitro au don d’ovules
Après 40 ans, pour avoir un enfant, la moitié des femmes auront recours à des traitements de fertilité : surtout la fécondation in vitro, parfois avec don d’ovule. Car c’est surtout là que le bât blesse. Les femmes naissent avec une réserve déterminée d’ovules, et c’est lorsque cette réserve est épuisée qu’elles entrent en ménopause. Plus le temps passe, plus la réserve baisse, de même que sa qualité. Les meilleurs ovules sont en effet disponibles dès le début des menstruations!

Rachel Beaudoin, 44 ans, attend son 4e enfant, grâce au don d’ovule d’une proche (Au Canada, depuis 2004, les donneuses ne peuvent plus être rémunérées, ce qui a mis un terme aux banques d’ovules privées).

Elle a tout d’abord eu un fils, alors qu’elle était très jeune. Par la suite, elle a subi une ligature des trompes qui ne permettait aucun retour en arrière. Puis, elle a rencontré son conjoint actuel, avec qui elle aura deux jumelles, en ayant recours à la fécondation in vitro. Un cheminement difficile, parsemé d’épreuves – dont les fausses couches - et très coûteux. Mais Rachel Beaudoin ne regrette rien et ne fait aucune distinction entre le bébé à venir et ses autres enfants. «C’est moi qui va l’accoucher, c’est moi qui la porte. C’est mon enfant. Je ne fais pas de différence entre mes 3 enfants, qui sont de mes ovules, et celle-ci, qui est d’un don d’ovule.»

Selon le Dr Lapensée, le don d'ovules s’avère une alternative très intéressante parce qu'il permet d'utiliser le sperme du conjoint et l'utérus de la femme, et ce, même à 40, voire 50 ans. Le don d’ovule réduit également certains risques, comme les fausses couches et les anomalies chromosomiques, qui sont liés à l’âge des ovules, et donc à celui de la donneuse.

Où poser la limite entre l’âge du cœur et l’âge du corps? À 50, 60 ans? Après combien d’enfants? Combien de traitements? À quel moment le projet d’enfant passe-t-il du bonheur à l’acharnement? Au Canada, on a décidé que c’était à 52 ans (don d’ovules). Aux États-Unis, il n’y a aucune restriction.

«Il y a des exemples de grossesses dans la soixantaine, moi j'ai certaines difficultés éthiques avec ça, concède Louise Lapensée. Je trouve que c'est un peu tardif. Déjà, porter un bébé à 40 ans, ce n'est pas toujours facile! On peut être plus fatiguée, avoir tendance à être plus impatiente. Mais plusieurs de mes patientes ont été enceintes à 45-50ans avec un don d'ovules, et la plupart d'entre elles ont fait ça comme des championnes! Si la santé de la femme est bonne, je crois que c'est tout à fait correct d’avoir un enfant tardivement.»

Être une bonne mère… une question d’âge?
Si elle reconnaît être plus fatiguée, Rachel Beaudoin fait toutefois valoir que, contrairement à la croyance populaire, la patience vient avec l’âge! «Je me vois avec mes enfants maintenant et je me revois avec mon fils quand j’avais 21 ans. Je ne suis pas du tout la mère que j’étais autrefois! J’aurais mieux aimé l’avoir plus tard pour pouvoir lui donner ce que je suis maintenant. La maturité y est pour beaucoup.»

«On peut être une bonne mère à 40 ans, on peut être une bonne mère à 45 ans, on peut être une bonne mère toute sa vie!, renchérit Danièle Tremblay. Il n’y a pas de problèmes. La fertilité symbolique, l’amour, la transmission des connaissances, ça fait partie de la maternité. La maternité, on ne la perd pas. On perd sa fertilité biologique mais on ne perd pas sa fertilité symbolique.»

Rachel Beaudoin en est la plus belle illustration : «Je me fais souvent dire ‘T’es folle, ça n’a pas d’allure!’ Parfois, on me dit que je suis courageuse. Dans le courage, il y a toujours un peu de folie! Oui, peut-être que je suis folle mais j’aime ce que je suis dans ma folie!»

La maternité tardive affecte-t-elle le développement des enfants?
Pas du tout! C’est du moins ce qui ressort d’une récente étude effectuée par Statistiques Canada. Les bébés nés de mère âgées de 35 ans sont en aussi bonne santé que ceux qui sont nés de mères plus jeunes : ils connaissent un développement, tant moteur qu’intellectuel, identique. En clair : ils disent leurs premiers mots et font leurs premiers pas en même temps!

RessourcesStatistique Canada - Étude: Santé et développement des enfants des femmes plus âgées qui sont mères pour la première fois

Article du site anglais de Radio-Canada - No major problems in babies born to older moms, StatsCan finds