Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les allergies alimentaires

Émission du 27 novembre 2008

Près de 8 % des enfants souffrent d’allergies alimentaires. Et c’est souvent tout un casse-tête pour les parents, les garderies et les écoles. En faisons-nous trop ou pas assez pour protéger les enfants allergiques? Nous avons posé la question à ceux qui sont confrontés au problème quotidiennement.

«J’ai deux filles : une de 9 ans qui a une allergie très sévère aux noix; elle peut en mourir en 5 minutes, et une de 7 ans et demi qui a une forme d’allergie différente aux produits laitiers, beaucoup moins dangereuse», raconte Chantale Bilodeau.

Pour prévenir tout risque, la jeune maman doit observer une rare vigilance et se livrer à toutes sortes d’acrobaties quotidiennes pour faire l’épicerie et préparer les repas. Au marché, elle lit systématiquement la liste des ingrédients de tous les produits. Et plus souvent qu’autrement, on mange «maison» à la maison : plats préparés et restaurants présentent un risque… et l’empathie des autres n’est pas toujours au rendez-vous.

«Ça m’arrive souvent d’avoir le goût de sortir au restaurant puis, finalement, de me dire : ‘Ah non! Je n’ai pas envie d’avoir à subir un refus de collaborer ou de me faire répondre qu’on ne peut rien me garantir’. Je n’ai pas envie de prendre le risque alors je vais plutôt cuisiner un repas spécial à la maison; je vais dire aux filles : ‘On se fait un gâteau au chocolat pour souper!’»

Si le cas de Chantale Bilodeau est un peu extrême, il est tout de même représentatif d’une tendance très forte dans les pays occidentaux, au point qu’on parle maintenant de phénomène de société. L’incidence des allergies est tout simplement passée du simple au double en 25 ans, et elles touchent tout particulièrement les enfants.
Pour protéger leurs petits, parents et familles, professionnels de la santé et de l’éducation, ont dû s’adapter, multipliant les précautions et, parfois, les règlements. Le problème pose aussi un défi pour l’industrie alimentaire, fabricants comme restaurateurs, flairant tantôt la bonne affaire, tantôt le risque de poursuite…

Les restaurants St-Hubert font figure de pionnier en la matière; depuis plusieurs années, ils offrent un cartable avec le menu détaillé à leurs clients allergiques. Un effort apprécié par Chantale Bilodeau : «Je peux savoir exactement ce que je peux choisir. C’est beaucoup plus facile parce que je n’ai pas à demander pour chaque plat s’il y a des produits laitiers, s’il y a des noix. C’est écrit en toutes lettres dans le cartable. Et je vais le relire chaque fois pour m’assurer que rien n’a changé.»

Chantale Bilodeau pratique le même exercice à l’épicerie : relire, encore et encore, les étiquettes, pour s’assurer que la recette n’a pas été modifiée. Les parents d’enfants allergiques doivent développer une authentique expertise en alimentation pour s’y retrouver. Pour chaque allergène, une vingtaine de synonymes peuvent être utilisés par le fabricant. Un exemple parmi tant d’autres : la caséine, un sous-produit du lait. Pour l’instant, la réglementation permet l’utilisation de ces allergènes cachés, sans obligation d’étiquetage de mise en garde.

De plus en plus de fabricants font aussi dans l’«auto-proclamation» avec des allégations telles que «Fabriqué dans une usine sans arachides». En l’absence d’une réglementation claire et d’un contrôle adéquat, il est bien difficile de s’y fier. Une exception : le pictogramme CAC, le seul véritable programme de certification au Canada. «C’est le seul programme qui a été développé en partenariat avec les associations de consommateurs allergiques, l’industrie agro-alimentaire et les autorités gouvernementales, explique Claire Dufresne, ex-directrice de l’Association québécoise des allergies alimentaires. Une tierce organisation, complètement impartiale, vérifie que les contrôles d’allergènes mis en place à l’usine de transformation sont bel et bien respectés. Pour le consommateur allergique, c’est une assurance de sécurité.»

Écoles et garderie : jusqu’où doit-on aller?
Écoles et garderies ont dû s’adapter à la réalité des enfants allergiques et prendre des moyens concrets pour les protéger. Les politiques varient d’un endroit à l’autre, mais elles respectent généralement quelques principes de base, comme l’interdiction de consommer des aliments très allergènes à l’école (arachides, noix, fruits de mer) et le non-partage des plats et des aliments.

Au service de garde de l’école Paul-Bruchési, les repas chauds des enfants allergiques passent au micro-onde avant ceux des autres, et l’appareil est soigneusement désinfecté entre chaque service. Dans les centres de la petite enfance, qui fournissent le repas du midi aux enfants, les pratiques sont encore plus strictes. Le CPE Les Bourgeons-Soleil fait figure de modèle. Ici, tout est préparé sur place. On ajoutera, par exemple, une vinaigrette-maison aux légumineuses plutôt que d’acheter un produit déjà assaisonné, qui augmente radicalement le risque de la présence d’allergènes.

Les repas des enfants allergiques sont aussi préparés à l’avance pour éviter toute contamination croisée. Toute une méthodologie – contenants hermétiques pour le rangement de la nourriture, système de code de couleur pour les plateaux des enfants, etc. – est respectée à la lettre, et s’ajoute aux recommandations d’ordre général comme les fréquents lavages de mains.

Exagéré? Christine Gadonneix, nutritionniste et cuisinière au CPE, s’insurge : «Notre but, c'est qu’il n’y ait pas de réactions. La prévention, c'est le seul traitement pour ces enfants-là! Je suis contente qu’il n’y ait pas de réactions. J'en ai vécu une dans la première année de mon travail. J'ai été très déçue de moi-même, j'ai eu une faille à ce moment-là. Je ne veux pas que l'enfant soit en contact avec l'allergène, je veux qu'il soit bien.»

Gérer les allergies, une responsabilité individuelle ou collective?
«Tout le monde doit faire un effort, considère Claire Dufresne. Les allergies alimentaires c’est un peu comme une nouvelle maladie qui est en augmentation croissante, alors autant les personnes qui vivent avec la problématique doivent se responsabiliser beaucoup, mais autant la société doit fournir un minimum pour aider à la sécurité de ces gens-là.» 

Soit, mais jusqu’où doit-on aller? Faudrait-il, par exemple, interdire tous les aliments au un potentiel allergène à l’école?

«J’ai vu des écoles où on interdit aux enfants d’apporter des pommes et des fruits frais! Si l’enfant ne peut pas apporter de fruits, d’œufs, de lait, de noix, d’arachides, de poisson, de fruits de mer, qu’est-ce qu’il peut manger?», s’interroge le Dr Jacques Hébert, allergologue au Centre de recherche appliquée en allergie du Québec.

Selon le spécialiste, une certaine confusion persiste autour du phénomène des allergies et le personnel scolaire aurait tout avantage à recevoir une formation, tant pour comprendre comment intervenir en cas d’urgence que pour développer une politique adéquate.

Il faut savoir, par exemple, que plusieurs allergies, comme celles aux œufs, au lait et à certaines céréales, disparaissent avec le temps chez la majorité des enfants. Ce ne sont pas tous les aliments qui présentent le même risque : les allergies aux arachides, aux noix, au poisson et aux crustacés, peuvent être extrêmement dangereuses… mais les pommes et les fraises, elles, n’ont jamais fait mourir personne!

«Ma philosophie, c’est qu’il faut prendre les précautions élémentaires pour que l’enfant soit protégé mais il faut aussi que l’enfant apprenne à gérer son allergie, résume Jacques Hébert. Un environnement totalement épuré, ça n’existe pas!»

«On a identifié au-delà de 160 aliments différents qui peuvent causer des réactions allergiques. C’est sûr qu’on ne peut pas bannir tous ces aliments-là de la société, concède Claire Dufresne. Il faut avoir une gestion responsable des allergies.»

«La première chose à faire, c’est de rassurer les gens, considère Jacques Hébert. Une allergie alimentaire, ce n’est pas un coup de masse dans le front qui te jette à terre en 3 secondes! Les parents ont le temps, l’enfant a le temps, l’école a le temps, de réagir. Il y a de la place pour une intervention adéquate et immédiate. C’est une réalité qu’il faut prendre au sérieux, mais il faut aussi faire en sorte que l’enfant ne soit pas ostracisé, qu’il ait une vie normale dans la société, que ça ne devienne pas un boulet, seulement une façon différente de vivre.»

Ressources
Association québécoise des allergies alimentaires
www.aqaa.qc.ca