Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Cancer de la prostate: un coup en bas de la ceinture

Émission du 15 janvier 2009

Chaque année, au Canada, 25 000 hommes reçoivent un diagnostic de cancer de la prostate. Et près d’un sur cinq en mourra. Pourtant, si la maladie est dépistée suffisamment tôt, le pronostic est excellent. C’est le message que porte l’animateur Jean Pagé, qui a été atteint par ce cancer et a lancé un site Internet pour démythifier cette maladie. Voici le témoignage de quelques-uns de ces hommes courageux.

«J’avais invité, pour un déjeuner, Raymond Garneau, l’ancien ministre des Finances, Winston McQuade et Jacques Duval. Quatre personnes : un politicien, un commentateur sportif, un animateur du secteur des arts, un pilote automobile. On avait tous quelque chose en commun : on avait tous été opéré pour le cancer de la prostate», raconte Jean Pagé.

Le cancer de la prostate est une maladie fréquente, mais rarement mortelle, chez les hommes d’un certain âge… si elle est dépistée à temps. Le pronostic est excellent si le cancer demeure localisé à la prostate, avant qu’il se généralise. Le hic : le cancer de la prostate est un «tueur silencieux» : il se développe sans provoquer de symptômes.

Jean Pagé jouait 4 à 5 fois par semaine au tennis quand il a appris qu’il en était atteint. Il ne se sentait pas du tout malade! C’est l’une des raisons pour laquelle il milite aujourd’hui en faveur d’un meilleur dépistage. «Un toucher rectal, ça dure 10 secondes. Qu’est-ce que 10 secondes si ça peut te sauver la vie ?», tranche-t-il.
Dr Fred Saad, urologue-oncologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, recommande un examen de dépistage annuel pour les 50 ans et plus, et même dès 40 ans pour ceux qui présentent des facteurs de risque (race noire, historique familial, etc.).

«Le cancer de la prostate continue de tuer encore trop d’hommes. C’est le troisième tueur en Amérique du nord; il fait presque autant de victimes que le cancer colorectal. C’est une cause de décès significative. Il faut qu’on fasse quelque chose pour réduire le nombre d’hommes qui meurent du cancer de la prostate.»

La procédure est simple : un toucher rectal et une prise de sang. Si on détecte un cancer, on propose différentes options au patient, en fonction de son âge et du stade de développement de la maladie. Selon le cas, on se contentera d’en surveiller la progression ou de traiter, soit par la radiothérapie (en combinaison, ou pas, avec la chimiothérapie), soit par l’ablation de la prostate.

Georges Bélanger a choisi cette dernière option, notamment parce qu’il était encore jeune. À 64 ans, il lui restait de belles années à vivre devant lui. Mais la décision n’a pas été facile à prendre. Il lui a fallu, tout d’abord, se remettre du choc du diagnostic. Il se rappelle de sa détresse lorsque l’urologue lui a annoncé la mauvaise nouvelle. «Il m’a demandé si j’avais des questions. Mais on n’a pas de questions! On est à terre, vraiment on est à terre.»

Une fois le choc passé, les véritables questions surgissent. Les hommes se retrouvent alors démunis et tentent souvent de trouver des réponses en naviguant sur le net. Le problème, selon Fred Saad : une abondance d’informations, qui relèvent plus de l’opinion que de l’information, et qui effraient inutilement les patients.

Pour remettre les pendules à l’heure, le médecin a fondé le Groupe de soutien pour les hommes atteints d’un cancer de la prostate à Montréal avec l’un de ses patients, Claude Chicoine, il y a dix ans. «Notre première préoccupation était de démythifier le cancer de la prostate, explique ce dernier. Quand les gens entendent le mot ‘cancer’, ils imaginent ‘mort immédiate ou dans peu de temps’. Mais le cancer de la prostate peut prendre beaucoup d’années à se développer. Si on le traite à temps, on a plus de chance de mourir d’autre chose!»

Bref, le cancer de la prostate est, comme le souligne le docteur Saad, presque un «phénomène normal du vieillissement».

Pour en savoir plus : Procure.ca
Pour venir en aide aux hommes atteints du cancer de la prostate, leur fournir une information adéquate et leur permettre d’échanger entre eux, Jean Pagé a fondé Procure.ca. «On est en train d’établir une chaîne de solidarité entre les hommes, dit-il. C’est très nouveau, et même révolutionnaire, d’après moi, parce que les hommes sont très secrets. C’est difficile pour les hommes de parler de leurs problèmes! Mais on est en train de changer ça tranquillement…»

Et la vie sexuelle?
Beaucoup de mythes entourent le cancer de la prostate, dont celui qui veut que les hommes doivent dire adieu au sexe. La maladie peut avoir un impact sur la vie sexuelle, mais ses conséquences sont généralement moins graves qu’on le laisse entendre.

La prostate produit le liquide qui sert au transport du sperme au moment de l’éjaculation. Sans prostate, pas d’éjaculation… ce qui ne signifie pas impuissance ni absence de jouissance.

«La prostate ne joue aucun rôle dans la libido, explique Fred Saad. On n’a pas besoin de prostate pour avoir une érection ni avoir la sensation d’un orgasme.» Pourtant, au moins 20 % des hommes éprouveront des dysfonctions érectiles à la suite d’une ablation de la prostate. Différents facteurs entrent en cause : l’âge et la santé générale du patient, les traitements et le stade de cancer ainsi que la technique opératoire, qui dépend elle-même de la grosseur de la tumeur. L’ablation de la prostate est une opération délicate; les nerfs érectiles sont situés juste sous cet organe.

«J’ai choisi mon chirurgien en posant la question ‘Quel est votre taux de succès par rapport à la récupération?’, raconte René Labossière. J’avais 52 ans à ce moment, je tenais à ma vie sexuelle!»

Même si toute la mécanique est demeurée intacte à la suite de l’opération, certains hommes se révèlent incapables d’avoir des relations sexuelles. L’impact psychologique peut être radical chez ces hommes; convaincus qu’ils ne pourront plus jamais «bander», c’est bel et bien ce qui finit par se produire… D’où l’importance du soutien de la conjointe et d’autres hommes ayant passé par là.

L’ablation de la prostate peut aussi provoquer une incontinence, des pertes d’urine, mais les nouvelles techniques opératoires permettent de réduire ce risque. «Moins de 5 % des gens auront des complications urinaires très incommodantes», indique le Dr Saad.

Dépistés, traités et soutenus adéquatement, la plupart des hommes ayant eu un cancer de la prostate reprendront par la suite une vie tout ce qu’il y a de plus normale.

«Tous les gens traités pour le cancer de la prostate que je connais se portent bien, témoigne Georges Bélanger. Avec les recherches qui se font, j’ai confiance que ça ira même de mieux en mieux. Je suis suivi tous les 6 mois par mon urologue. Suite à mon test de la semaine passée, étant donné que ça va bien, il m’a reporté à un an. Pour moi, c’est un an d’espoir.»

Un médecin contre le dépistage
Le dépistage du cancer de la prostate fait l’objet d’un important débat au sein de la communauté scientifique. Aux États-Unis, récemment, un médecin a publié un livre dans lequel il remet en question le dépistage du cancer, dont le cancer de la prostate.
Au cours des 25 dernières années, les diagnostics de cancers de la prostate ont radicalement augmenté suite au dépistage, ce qui n’a pourtant pas fait diminuer le taux de décès.

Bon an, mal an, 3 % des hommes meurent du cancer de la prostate.
D’où le questionnement du médecin : à quoi sert ce dépistage s’il ne sauve pas de vie? Le diagnostic entraîne une anxiété et, possiblement, des traitements qui peuvent porter à conséquence. Et ce pour une maladie qui, dans la plupart des cas, ne nous fera pas mourir, argumente le médecin.

Qui faut-il croire? Quel choix poser en tant qu’homme? Si vous êtes inquiet, êtes de race noire ou avez des antécédents familiaux, consultez donc votre médecin…

Ressources
Livre - Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi
Traduit de l'anglais étasunien par le Dr Fernand Turcotte.