Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les infections transmissibles sexuellement

Émission du 22 janvier 2009

Comment expliquer la recrudescence des infections transmises sexuellement chez les jeunes? Le dépistage des ITS est plus efficace qu’auparavant, mais il n’explique pas tout. Les jeunes vivent-ils une sexualité plus précoce qu’autrefois? Sont-ils insouciants, hypersexualisés? Notre constat, c’est plutôt que les jeunes ont grandement besoin d’entendre parler de sexualité.

« Dans ma famille, c’est plutôt ouvert, témoigne Vanessa Jalbert-Terrill, une adolescente qui se décrit comme sexuellement active. Avec ma sœur, mes parents, on parle de sexualité. Ce n’est vraiment pas un sujet tabou. »

Vanessa est l’exception qui confirme la règle. Peu d’adolescents échangent sur le sujet avec leurs parents. Gêne et malaise, besoin de différentiation de l’adolescent, manque d’ouverture des parents…

Plus souvent qu’autrement, les adolescents n’ont pas reçu l’éducation sexuelle nécessaire à la maison. Ils parlent de sexe entre amis, avec leur copain ou copine. Certains d’entre eux « oseront » faire appel à des spécialistes à l’école ou au CLSC. C’est le cas d’Omar Failal, qui discute aisément de sexualité avec sa copine. « S’il se passe quoi que ce soit, qu’on est craintif,  on va aller au CLSC, on va faire les démarches pour s’informer. »

« C’est tout à fait normal qu’un adolescent ne veuille pas parler de sexualité avec ses parents, explique Dre Louise Charbonneau, de la Clinique des jeunes au CLSC des Faubourgs. C’est pour ça que je n’arrête pas de dire qu’il faut en avoir parlé avant! »

Selon la spécialiste, l’éducation à la sexualité devrait commencer dès la petite enfance, être tout simplement « intégrée à l’éducation à la vie », à l’image des sociétés scandinaves. Les jeunes issus de ces pays ne pratiquent pas une sexualité plus précoce que les nôtres, mais les taux de grossesses non désirées et d’ITS y sont beaucoup plus faibles.

L’éducation sexuelle à l’école

Suite à la réforme scolaire, le programme de Formation personnelle et sociale (FPS), qui faisait une large place à l’éducation sexuelle, a été aboli. Désormais, contraception et ITS seront traités dans le cours… de sciences. Bonne ou mauvaise idée?

À l’école secondaire d’Anjou, on n’a pas voulu attendre les résultats de la réforme pour trancher, et on s’assure dès maintenant que les jeunes ont accès à l’information essentielle en matière de sexualité.

Nicole Boucher, infirmière scolaire (et?) clinicienne, s’en fait un devoir. « Moi, je ne suis pas une distributrice à condoms! Je suis là pour faire de la prévention et de l’enseignement éducatif. ». Tests de grossesse et contraception font partie de cet enseignement, mais aussi l’aspect relationnel et psychologique de la sexualité. L’infirmière a aussi fait appel aux services de Sexperts, un atelier sur la santé sexuelle donné par des étudiants en médecine et en sciences de la santé destiné spécifiquement aux jeunes du secondaire.

« On a une approche très interactive, explique Marie-Renée Lajoie, cofondatrice du projet. On a décidé d’aller vers les jeunes pour les aider à démystifier et à répondre à leur question sur la sexualité. » Au menu : beaucoup d’échanges, de discussions, de jeux, le tout dans une ambiance conviviale plutôt que didactique. Et ça marche!

« C’était très constructif, considère Cynthia Oliveira, qui a participé à l’atelier. Ça donne une bonne idée de ce que les gens pensent de la sexualité, sans qu’il y ait de jugement. Et on en apprend beaucoup sur plusieurs facettes de la sexualité. »

Omar Failal pousse la réflexion plus loin et suggère que l’éducation à la sexualité soit donnée dès l’entrée au secondaire, avant que les jeunes deviennent sexuellement actifs.

Les filles et les garçons?
Mode sexy, porno sur internet, vidéos provocants… Depuis quelques années, on entend beaucoup parler de l’hypersexualisation des jeunes. Mythe ou réalité?

« On dramatise, considère Nicole Boucher. Oui, un certain pourcentage de jeunes vont aller vers le volet ‘négatif’ de la sexualité. Mais beaucoup de jeunes vivent des relations très saines. Et ça, on en parle très peu! »

Quant aux pratiques sexuelles elles-mêmes, elles ont peu évolué, d’après Louise Charbonneau. « Les filles font encore l’amour parce qu’elles sont en amour. Les garçons, parce qu’à 17-18 ans, ils sont, comme ils disent, ‘au full top de leur puissance’. Je ne suis pas certaine que la nature humaine ait changé tant que ça! »

Plus ça change, plus c’est pareil? Les filles veulent plaire à leur copain, et plusieurs éprouvent des difficultés à dire non. « Ce qui est désolant, déplore Nicole Boucher, c’est quand les jeunes filles acceptent la fellation ou une relation anale parce qu’elles pensent ainsi garder leur virginité. Elles ne voient pas qu’acceptant un acte comme ça, elles ne seront plus vierges. La virginité, ce n’est pas une relation pénis-vagin. C’est accepter un acte sexuel. »

Ça, Vanessa Jalbert-Terrill l’a compris. Grâce à une éducation sexuelle qui a fait partie de son éducation à la vie? « Je sais comment refuser, dit-elle. S’il n’est pas d’accord et bien, too bad, c’est chacun pour soi. L’amour, ça se fait à deux. »

Ressources

Sexperts - Contactez l'organisme Médecins du monde Canada pour en savoir d'avantage
www.medecinsdumonde.ca