Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La pollution atmosphérique pompe l'air

Émission du 29 janvier 2009

L’été dernier, l’Association médicale canadienne a publié un rapport inquiétant sur les méfaits de la pollution sur la santé. Pour 2008, on évaluait que quelque 21 000 décès seraient attribuables à la pollution atmosphérique et que, si la tendance se maintient, jusqu’à 90 000 personnes en mourraient en 2031. La pollution de l’air est devenue un problème de santé publique, et affecte déjà gravement certaines populations plus à risque, comme les personnes qui souffrent d’asthme et de maladies cardiovasculaires. Voici pourquoi.

«Au début de ma vie d'asthmatique, je ne savais pas du tout que la pollution pouvait m'affecter, raconte Charlotte Barrette-Brisson. Il y a à peu près cinq ans, quand il y a eu des épisodes de smog, j'ai du quitter la ville à plusieurs reprises. J'ai additionné 1 + 1: quand il y a du smog, je fais de l'asthme, je suis malade et quand je quitte la ville, je vais mieux.»

«Beaucoup de mes patients se plaignent du fait que la pollution aggrave leurs symptômes, surtout pendant les alertes de smog», confirme le Dr Ronald Olivenstein, pneumologue à l’Institut thoracique du CUSM (Centre universitaire de santé McGill).

Les polluants atmosphériques peuvent provoquer une irritation et une inflammation, ce qui entraîne un rétrécissement des voies aériennes et cause des difficultés respiratoires. À la longue, ils affectent le système de défense immunitaire, situé au niveau des bronches, réduisant son efficacité à combattre les infections.

L’exposition aux polluants atmosphériques peut même affecter le développement du système respiratoire du fœtus, et donc ses capacités pulmonaires futures. «Ça peut causer des infections respiratoires plus fréquentes», précise le Dr Louis Jacques, médecin spécialiste en santé communautaire à la Direction de la santé publique de Montréal. L’impact des polluants sur la santé des enfants est bien documenté, soutient le spécialiste.

D’autres aspects du problème sont aussi de mieux en mieux connus, comme l’augmentation du risque de cancer du poumon à la suite d’une exposition prolongée aux polluants atmosphériques.

Sus aux poêles à bois!
La vie de Charlotte est littéralement rythmée par la qualité de l’air de Montréal. Selon le cas, elle prévient la crise d’asthme par toutes sortes de moyens : prise de médicaments, port d’un masque, réduction du temps passé à l’extérieur. Lors d’alerte au smog, Charlotte doit s’enfermer à la maison, toutes portes et fenêtres fermées, la climatisation en marche. Le bonheur, pour elle? Une journée de grands vents, qui chassent les polluants hors de l’Île. Son outil de prédilection : le site sur la qualité de l’air de la Ville de Montréal. «C’est un super-site, dit-elle. Les jours où il fait lourd, je sors respirer un peu sur le pas de ma porte et je vais vérifier sur le site, surtout si j'ai à me déplacer dans Montréal.»

 

À Montréal, la pollution atmosphérique est mesurée, en continu, dans différentes stations d’échantillonnage situées un peu partout sur l’Île. Ces mesures sont ensuite converties en indice de qualité de l’air : bonne, acceptable, ou mauvaise. Cinq polluants principaux sont surveillés : le dioxyde de souffre (industries); les oxydes d'azote et le monoxyde de carbone, (transports); les «particules fines» (transport et chauffage au bois résidentiel); ainsi que l'ozone, un polluant secondaire, qui se forme à partir d’autres polluants (transport).

Tout citadin a entendu parler des méfaits du monoxyde du carbone produit par nos voitures, de même que ceux des fumées toxiques qui s’échappent des cheminées de nos usines. Il faudrait pourtant se méfier tout particulièrement des «particules fines», lesquelles échappent à presque toute filtration et s’insinue facilement dans l’organisme. Or, au Québec, on estime que 45 % des émissions de particules fines sont attribuables au chauffage au bois.

«Un poêle à bois traditionnel émet, en 9 heures de combustion, autant de particules fines qu’une voiture qui roule 18 000 km par année, signale Claude Gagnon, chimiste au Réseau de surveillance de la qualité de l’air de la Ville de Montréal. Quelqu’un qui utilise son poêle à bois tous les jours, pendant l’hiver, pour chauffer sa maison, va émettre l’équivalent en émissions polluantes d’une centaine de voitures!»

À Montréal, d’après Santé Canada, environ 1500 décès prématurés par année seraient attribuables à la pollution de l’air.
 
Des effets dévastateurs sur le cœur
On connaît de mieux en mieux les effets des polluants atmosphériques sur les poumons, on découvre maintenant ceux qu’elle a… sur le cœur. La pollution provoquerait même plus de décès chez les personnes qui souffrent de maladies cardiaques que celles atteintes de troubles respiratoires.

«Je dis à mes patients qui s’entraînent de ne pas aller courir au centre-ville; ce n’est pas une bonne idée de jogger sur le boulevard René-Lévesque ou près du Métropolitain. Et de toute façon, ce n’est pas très agréable!», lance le Dr Martin Juneau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Études à l’appui, le médecin confirme l’existence d’un réel danger de ces polluants pour la santé cardiaque. Les particules fines, par exemple, ont un impact nocif immédiat sur le cœur; elles peuvent affecter gravement les personnes à risque, c.-à-d., les personnes âgées, les malades cardiaques, les diabétiques… et ceux qui vivent juste à côté des voies rapides.

Les polluants pénètrent dans l’organisme par les poumons, puis circulent dans le sang, pour finalement rejoindre le cœur. Plusieurs phénomènes peuvent se produire : une vasoconstriction, qui empêche un apport suffisant en sang, et donc en oxygène, au cœur; un épaississement du sang, qui favorise la formation de caillots; une arythmie cardiaque.

«Évidemment, à court terme, chez une personne normale, les effets des polluants ne sont pas très graves, précise le Dr Juneau. Mais pour une personne qui a un problème cardiaque, ou qui fait de l’angine, ça peut précipiter une crise, même un infarctus. À long terme, on sait que les particules fines favorisent le développement de l’athérosclérose.»

Malbouffe, tabac… pollution?
Pour les spécialistes, il ne fait aucun doute que la pollution atmosphérique est devenue un réel problème de santé publique. Un problème, donc, collectif, auquel on devra apporter une solution… tout aussi collective.

«Lorsqu’on fait des efforts pour dépolluer ou lorsqu’il arrive des événements qui forcent la diminution de la pollution, la fermeture d’une usine, par exemple, on observe une réduction fort importante des problèmes de santé», tranche le Dr Louis Jacques.

À Dublin, une importante baisse de la mortalité a suivi la réduction de la consommation de charbon. Pendant les Jeux olympiques d’Atlanta, on a interdit le transport par automobile pendant un certain temps dans une zone importante de la ville, et on a constaté une baisse très importante des hospitalisations dues aux maladies respiratoires, dont l’asthme.

Des exemples à suivre pour Montréal et les autres villes du Québec?
Le docteur Juneau, lui, pense que les médecins doivent faire leur part. «Si on pense à l’activité physique, à la malbouffe, à la cigarette, plusieurs d’entre nous avons été assez actifs! Il va falloir s’impliquer de la même manière sur les questions d’environnement et de pollution.»
 
Pollution atmosphérique : pire au Québec
Le service de santé de la Ville de Montréal a commencé à se préoccuper de la qualité de l'air dès le début des années 1960. Or, les niveaux de pollution mesurés à cette époque étaient tout simplement… phénoménaux. De 10 à 20 fois plus élevés qu’aujourd’hui!

Paradoxalement, les effets de la pollution atmosphérique n’ont jamais été aussi bien mesurés, connus… et meurtriers, en raison du vieillissement de la population et de l’augmentation des maladies respiratoires.

Plus de 9 000 hospitalisations, 30 000 visites aux urgences et 620 000 visites chez le médecin seraient attribuables à la pollution atmosphérique, d’après le récent rapport de l’Association médicale canadienne (2008). Les Québécois, de même que les Ontariens, seraient particulièrement touchés, avec 70 % des décès prématurés de ce type au Canada.

L’une des raisons? Nous recevons les émanations polluantes du Nord-Est américain.

Ressources
La pollution atmosphérique - Association médicale canadienne