Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Alcool BCBG

Émission du 12 février 2009

ALCOOL BCBG

Ces dernières années, on a tellement parlé des vertus du vin pour la santé cardiaque qu’on en a presque oublié les risques liés à une importante consommation d’alcool. Aujourd’hui, huit Québécois sur dix boivent de l’alcool régulièrement, jeunes et moins jeunes, femmes comme hommes, et ce, dans toutes les couches de la société. Où faut-il poser la limite entre plaisir et méfaits?

«J’ai toujours consommé une ou deux bières en revenant de travailler le soir. C’était un rituel quotidien; la récompense d’une journée bien remplie, raconte Michel Martin. Mais quand j’ai dû prendre un recul vis-à-vis mon travail et m’accorder plus de temps libre, j’ai commencé à consommer plus tôt dans la journée, et ça pouvait s’étirer…»

La «petite récompense» se calculait maintenant en six-packs : Michel buvait 5 à 8 bières tous les jours, et peinait à s’en passer. Jusqu’à ce qu’il décide de reprendre sa vie en main.

Josée Fortin a réduit radicalement sa consommation d’alcool, passant de 14 ou 15 consommations par semaine à un maximum de neuf, et se sent maintenant en bien meilleure forme. «Un petit verre le mercredi entre amis, un autre le jeudi. Tu reçois le samedi soir… Un petit verre par ci, par là, ça ne paraît pas, mais ça monte vite! On ne parle pas de se virer à l’envers ou de se ramasser à moitié soul! C’est le mode de vie de tout plein de gens.»

Consommation d’alcool dans la population vs risque de dépendance
20 % pratiquent l’abstinence.
60 % ne courent aucun risque.
15 % sont évalués «à risque».
5 % développent une toxicomanie.

Si on consomme de l’alcool, comment savoir si on fait partie des 60 % de chanceux ou des 20 % de malchanceux?
«La dépendance à l’alcool, c’est un diagnostic, tranche Louise Nadeau, directrice scientifique, Centre Dollard-Cormier, Institut universitaire sur les dépendances. La personne a-t-elle des problèmes consécutifs à sa consommation? Ressent-elle un désir de boire qu’elle ne peut pas contrôler? Ce sont des critères de dépendance.»

Autres signaux d’alarme : un phénomène de tolérance à la substance et l’apparition de symptômes de sevrage en cas de privation. «La personne aura besoin d’une dose de plus en plus grande d’alcool pour ressentir le même effet, explique Michel Landry, directeur recherche et développement universitaire, Centre Dollard-Cormier. Et elle peut commencer à consommer le matin parce que son corps est en manque. Là, on est rendu à un niveau de dépendance élevé.»

Pour la plupart des adultes en bonne santé, consommer un verre ou deux par jour ne représente aucun problème (pour un maximum de 10 pour les femmes et de 14 pour les hommes, par semaine), d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais certains d’entre nous doivent se montrer plus prudents. Le bagage héréditaire est un facteur de risque très important; s’il y a de l’alcoolisme dans la famille, mieux vaut surveiller sa consommation...

«Il y a des gens qui développent une dépendance après avoir bu plusieurs années; d’autres pour qui c’est beaucoup plus court, précise Louise Nadeau. C’est une question qu’on commence à mieux cerner, celle de notre inégalité vis-à-vis l’alcool.»
Les femmes à risque de cancer du sein, par exemple, devraient rigoureusement limiter leur consommation d’alcool. Pris en grande quantité, l’alcool augmente sérieusement les risques d’hémorragies cérébrales, de cancer de la gorge et de l’œsophage, sans parler de la cirrhose du foie. Il est aussi, bien sûr, associé à de nombreux problèmes psychosociaux : violence, dépression, suicide, etc. Une fois passée l’euphorie, l’alcool agit comme un dépresseur. À chacun d’évaluer la quantité à ne pas dépasser… le lendemain de la veille.

Gérer sa consommation
À l’instar de Josée Fortin, dont la consommation hebdomadaire est passée de 15 à 9 verres, plusieurs d’entre nous auraient tout avantage à réduire leur consommation d’alcool. Réduire, pas nécessairement s’abstenir. Il existe maintenant une alternative aux AA : Alcochoix, un  programme pour aider à tracer la fameuse ligne entre plaisir et excès.

Comment savoir? Quand on néglige certaines responsabilités, quand on a hâte que la journée finisse pour pouvoir prendre son petit verre… «À ce moment là, on peut s’interroger, peut-être que ça commence à prendre un petit peu trop d’importance dans notre vie», estime Louise Desfonds, travailleuse sociale, programme Alcochoix, au CSSS Laval.

Gérer sa consommation, c’est prendre conscience des situations à risque et apprendre à combler, autrement, des besoins légitimes comme la détente et le plaisir. C’est ce qu’a fait Josée Fortin : «J’ai réalisé que le verre de vin était souvent relié à une émotion, à un besoin, mais qu’on peut combler ce besoin d’une autre façon. Un peu comme la faim. Parfois, on va manger du chocolat ou des chips parce qu’on a besoin d’avoir quelqu’un près de nous, parce qu’on a besoin de se défouler après une mauvaise journée. On veut avoir un aliment réconfortant. Je pense que l’alcool a cet effet-là aussi. Maintenant, j’ai d’autres façons de me faire plaisir, de me sentir bien.» Au menu de Josée? Entraînement et lecture au coin du feu.

Gérer sa consommation, c’est aussi prendre le dessus sur son petit «mulot» intérieur, comme le surnomme Michel Martin. C’est faire face à ses propres anxiétés, et SE choisir… «Il y aura toujours des bouteilles extraordinaires à consommer, rappelle Louise Nadeau. Et il y aura, chaque fois, une décision à prendre : ‘C’est ici que j’arrête’, et je retourne la délicieuse bouteille. Parce que c’est elle ou moi. Ce n’est pas elle qui va gagner, mais moi. C’est un plaisir, et ça doit rester un plaisir, jamais devenir un besoin.»

 
Le Québec : une société… mouillée!
D’après Éduc’Alcool, le nombre de Québécois qui consomment quotidiennement de l’alcool a doublé depuis 5 ans… ce qui ne fait pourtant pas de nous des alcooliques!
Le taux d’alcoolisme est comparable d’une province canadienne à l’autre. C’est plutôt notre façon de boire qui nous distingue de nos confrères anglophones.
À l’instar des Français et des Italiens, nous sommes une société «mouillée»; nous buvons régulièrement, surtout avec les repas, et plus rarement de façon excessive. Les sociétés «sèches», comme le Canada anglais, les États-Unis et les pays scandinaves, boivent moins souvent, mais… en quantités beaucoup plus importantes lorsqu’ils le font!

Ressources
Programme Alcochoix +