Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Marie-Claude Pigeon

Émission du 12 février 2009

Marie-Claude Pigeon, orthophoniste en milieu scolaire, a gagné plusieurs prix pour la création de matériel pédagogique destiné aux enfants qui ont des problèmes de langage. Il faut dire qu’elle est particulièrement bien placée pour les comprendre, et les aider à surmonter leurs difficultés, puisqu’elle est elle-même passée par là…

«Quand j’étais petite, je disais : ‘Je m’appelle Marie-Claude Pizon. Pizon, comme un pizon qui vole!’, raconte l’orthophoniste. Je me souviens qu’une bibliothécaire avait dit : ‘Ah!, comme elle est cute!’ Ça l’avait fait rire, mais moi, ça m’avait insultée!»

Aujourd’hui, Marie-Claude Pigeon n’hésite pas à partager cette expérience avec ses élèves. «Moi aussi, comme eux, je suis allée voir une orthophoniste. Je pense que ça les encourage de leur dire que, moi aussi, je trouvais ça difficile de prononcer tel ou tel son. Et que ça me fâchait quand les gens ne me comprenaient pas.»

Après avoir complété un baccalauréat en psychologie, Marie-Claude Pigeon s’est orientée vers l’orthophonie, une discipline qui combine relation d’aide, médecine et créativité.

L’orthophoniste en milieu scolaire vient en aide aux enfants aux prises avec un trouble du langage, tant oral qu’écrit. Avec les enfants plus jeunes, le spécialiste travaille beaucoup la langue parlée, telle la prononciation des sons. Ensuite, avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, l’orthophoniste fait le pont entre ces sons et les lettres; il aide l’enfant, par exemple, à fusionner les lettres ensemble.

’orthophonie, en deux mots, c’est rétablir la communication : de la reconnaissance d’un son jusqu’à l’art de raconter une histoire.

L’art de communiquer
C’est un secret de polichinelle : on apprend beaucoup mieux dans la joie que dans la douleur. Et peut-être est-ce encore plus vrai pour les enfants avec un trouble de langage, qui souffrent déjà d’une certaine forme d’isolement, sinon de stigmatisation. «Aller voir Marie-Claude» doit être perçu comme un plaisir plutôt qu’une punition. C’est pourquoi l’orthophoniste mise essentiellement sur un apprentissage par le jeu mais, pour ce faire, il a fallu qu’elle investisse beaucoup plus de temps et d’énergie qu’elle le croyait au départ.

«Quand je suis arrivée sur le marché du travail, il y a bientôt cinq ans, j’ai constaté, avec une collègue, à quel point il y avait peu de matériel disponible sur le marché. Chaque soir, on se mettait à la tâche pour créer du matériel pouvant répondre à nos besoins d’intervention.»

Le travail a porté fruits : aujourd’hui, le matériel de Marie-Claude est devenu une véritable référence pour les spécialistes du langage! Les activités y sont présentées de façon ludique, grâce aux magnifiques illustrations du père de Marie-Claude et de Guy Dubé, qui souffre lui-même d’un trouble du langage, la dysphasie. «Je le mentionne tout le temps à mes élèves. Je trouve que c’est important de leur donner des modèles positifs comme M. Dubé. Malgré ses difficultés de langage, il a réussi à avoir un travail valorisant, et par lequel il peut s’accomplir pleinement.»

Apprendre à communiquer, c’est donc apprendre à s’intégrer. Il ne suffit pas d’être capable de dire JE en classe d’orthophonie, encore faut-il pouvoir l’utiliser dans d’autres contextes. Marie-Claude travaille à cette intégration : les parents et les enseignants sont mis à contribution. Un système de renforcement a été établi : chaque élève a ses propres défis personnels à relever. Et un diplôme récompense éventuellement ces efforts.

Pour mener à bien cette tâche, Marie-Claude doit parfois troquer son chapeau d’orthophoniste pour celui de confidente. Un enfant troublé par un événement qui a lieu en classe ou à la maison, se montre moins réceptif aux apprentissages. «Quand l’enfant se sent mieux, on peut poursuivre notre travail. Mais c’est important d’être souple, de s’ajuster à la condition de l’enfant.»

À l’image de ce qu’elle a vécu elle-même? «Je leur en parle souvent. Moi aussi, j’allais voir une madame qui était orthophoniste! Je me suis pratiqué beaucoup, beaucoup, beaucoup; j’ai travaillé fort. Puis tu vois, maintenant, est-ce que j’ai encore des difficultés à faire les sons? Bien non! Toi aussi, si tu te pratiques beaucoup, tu seras capable quand tu seras grand.»