Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Joey Saganash, travailleur de rue autochtone

Émission du 19 février 2009

Beaucoup de jeunes autochtones quittent leur réserve dans l’espoir d’améliorer leur sort mais échouent, trop souvent, à la rue. Joey Saganash, métis né d’une mère Cri et d’un père blanc, s’est donné pour mission de les aider. Il travaille comme intervenant jeunesse à la patrouille de rue du Centre d’amitié autochtone de Montréal. Plongée au coeur d’un univers mal connu.
  
« J’ai eu mes petits problèmes moi aussi, raconte Joey Saganash. J’ai eu une vie avant celle-là! Je me suis ramassé dans des démêlées avec la justice; je me bataillais; je faisais tout plein d’affaires tout croches quand que j’étais jeune. »

À 21 ans, Joey promet à sa mère se reprendre en main. Et aujourd’hui, il sait de quoi il parle quand il s’adresse aux jeunes autochtones. « Je suis au courant des problèmes; je sais comment ça marche, la rue. J’ai beaucoup d’expérience. Alors je me suis complètement ‘reviré de bord’ et j’ai décidé d’aider ma communauté. »

Joey Saganash est né à Waswanipi, qui signifie « lumière sur l’eau », un village situé à environ trois heures de Val d’Or, mais il grandi à Montréal, avec sa mère, qui y a déménagé alors qu’il avait un an. Ses origines, autant que son histoire, lui permet d’obtenir la confiance des jeunes itinérants plus facilement qu’un « non-autochtone ».
« Je viens d’où je viens; je parle un peu le Cri, je parle français et anglais. Les gens me connaissent… Une fois qu’ils savent d’où que je viens, ils s’ouvrent un peu plus. »
« Beaucoup d’entre eux n’ont pas confiance en eux, ils ont un manque d’estime, poursuit l’intervenant. Alors il faut qu’on leur en donne. »

Dès 5 heures le matin, Joey et d’autres membres de la patrouille de rue sillonnent Montréal à bord d’une camionnette. Leur travail ressemble à celui de tant d’autres intervenants de la rue : ils prodiguent des premiers soins, distribuent seringues et vêtement, offre d’aller reconduire l’un à l’hôpital et l’autre au Centre de désintox. Au programme quotidien : une grande misère humaine.

« Depuis que je travaille ici, trois personnes que j’ai connues, que j’ai essayé d’aider, sont décédées, confie Joey. Ça n’a pas marché. Trois mois plus tard, il faut que tu ailles les identifier. Ça donne un gros coup; il faut vraiment que tu sois fort mentalement pour voir ces affaires-là. »

À l’instar de bien des leaders autochtones, Joey Saganash dénonce le cruel manque de ressources pour faire face à la situation. Selon lui, le Québec accuse un grand retard en matière de programmes sociaux destinés aux autochtones, lesquels sont, à toutes fins pratiques, à peu près inexistants. Et ainsi se poursuit, trop souvent, le cercle vicieux « drogue-violence-itinérance  » d’une génération à l’autre.

Joey Saganash s’en est sorti, lui, et compte bien en faire profiter encore les membres de sa communauté. « Pour moi, l’avenir est bon. Je vais persévérer, je vais foncer, je vais aider les gens en ville. C’est ce que je veux faire. Un peu plus tard, j’aimerais retourner dans ma communauté et partager avec eux mon expérience de la grande ville. »